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| | If I was your daddy, I should jump into the sea | |
| | Auteur | Message |
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Brise d'Oz Etudiante


Nombre de messages: 169 Age: 23 Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: If I was your daddy, I should jump into the sea Jeu 13 Aoû - 13:55 | |
| (la scène se passe il y a un an, au moment du décès du père de Brise)
Il était 10h34 du matin, très exactement. Les hôtesses de l'air passaient et repassaient en souriant bêtement, leurs uniformes bleus et verts impeccablement ajustés. Le revêtement des fauteuils, également vert et bleu, faisait écho à la moquette, tristement verte et bleue, et à la couverture que Brise avait posé sur ses genoux, désespérément verte et bleue. Le décors était à vomir, les hôtesses étaient à vomir, cette avion tout entier lui filait la nausée. Il pleuvait sur Edimbourg, grise et sale, et il pleuvrait certainement à Londres, tout aussi grise et sale que le reste de l'Angleterre, et, plus généralement, que le monde entier.
On l'aura comprit, Brise était d'humeur massacrante. Elle avait quitté Sywhaîd très tôt dans la matinée, en compagnie d'Apkar, qui avait renoncé à son projet d'entrer dans la brume pour la raccompagner à Londres. Brise ne lui avait rien demandé, mais elle avait accepté sans faire de difficultés. Elle savait qu'elle aurait besoin de soutient une fois à Londres, et Apkar était ce qui pouvait s'approcher le plus d'un ami à des kilomètres à la ronde. Le jeune homme faisait mine de dormir, son pull sur la tête. Brise lui envoya un grand coup de coude, auquel il répondit par un vague grognement avant de se tourner résolument vers le hublot.
Edimbourg/Londres, une petite heure de vol qui semblait s'étirer indéfiniment dans le ciel plombé de cette matinée de septembre. Brise venait de passer un an à Sywhaîd. Elle aurait tué pour une semaine à Londres. Père et mère. Mais voilà, son père avait préféré anticiper et crever prématurément de quelques saloperie au nom imprononçable. Et maintenant Brise rentrait à Londres dans le sang et la fureur. Le sang de son père et la fureur de sa mère. Elle soupira faiblement. Aussitôt, Apkar émergea, tout échevelé, des méandres du pull dans lequel il s'était enroulé.
- Sérieux Brise, arrête.
Il se dégagea difficilement du vêtement tir-bouchonné, le teint pâle et les traits tirés. Il venait d'arriver d'Archavir lorsque Brise avait reçu le télégramme (un télégramme!) de sa mère. Aussitôt avertit, il avait renoncé à ses projets, reprit son sac-à-dos et avait fait demi-tour de bonne grâce pour rejoindre Brise à Edimbourg. La jeune femme avait mollement protesté. Il avait insisté. Et depuis deux heures, il supportait sans mots dire les soupirs et les grincements de dents d'une Brise sur les nerfs.
- Dors, mange, bourre-toi la gueule, je sais pas moi, mais là ça devient lourd.
Brise roula des yeux en soupirant à nouveau (ce qui lui valut une bonne bourrade dans le dos et un regard quelques peu effaré de sa voisine de droite). Apkar était au courant de sa situation familiale. Pourtant il ne semblait pas encore réaliser l'ampleur du drame qui était en train de jouer à Londres. Brise serra les dents. les semaines à venir promettaient d'être difficiles.
- Ouai, ouai, grogna-t-elle en se massant les tempes.
- Tu veux que je te commande un martini, railla-t-il en faisant mine d'appeler une hôtesse, provoquant par la même occasion toute une série de toussotements indignés de la part de leur voisine de droite.
Apkar lui adressa un sourire innocent avant de lui lancer :
- Est-ce que ça vous tente aussi ?
Brise fut forcé de lui rabattre son pull sur la tête, leur voisine étant à présent terriblement proche de la crise d'apoplexie. Elle lui adressa de vagues excuses (ce qui ne sembla guère la rassurer, vu la manière dont elle regarda Brise), avant de se pencher sur Apkar et de lui chuchoter à l'oreille :
- Ecoute, j'apprécie ce que tu fais pour moi, mais je t'en prie, Apkar, ferme là où je te jure que je te baillonnes... - Avec quoi ? Ton carré hermès ? lui cracha-t-il à la figure, en écorchant le mot "Hermès", qu'il prononçait "herrrrrrmse". - Avec ta propre langue si il faut, menaça Brise en s'enfonçant dans son siège.
Oui, les semaines à venir risquaient d'être longues. Vraiment très longues. |
|  | | Brise d'Oz Etudiante


Nombre de messages: 169 Age: 23 Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: If I was your daddy, I should jump into the sea Ven 14 Aoû - 12:49 | |
| Assise bien droite dans son tailleur Dior, sans maquillage, les yeux vides, Brise était assise près de sa mère, silencieuse. La tension était si pesante dans la pièce que même le notaire semblait mal à l'aise. Il réajusta nerveusement sa cravate, avant de lisser du plat de la main la grande enveloppe posée sur le bureau. Le testament.
Une enveloppe brune, banale, si... incongrue...
Incongru, oui, c'était le mot pour toute cette mascarade. Ces rideaux grenats, ce bureau massif, monstrueux, cette enveloppe ridicule, jusqu'aux fauteuils de velour pourpre et la moquette lie-de-vin. Et les dorures du plafonds, si pesantes, si ostensiblement solennelles... Un décors de carton-pâte pour la grande comédie familiale. La veuve et l'orpheline, livides, jamais moins unies que dans la douleur, n'avaient pas échangé un regard depuis leur arrivée. Le visage dur et la mine déterminé, Bridget s'était murée dans une sorte de rage muette qui menaçait d'exploser à tout instant. Brise, plus hermétique que jamais, gardait les yeux rivés sur l'enveloppe. Pas un seul de ses muscles ne tremblait.
Le notaire leur jeta un coup d'oeil furtif avant de décacheter habilement l'enveloppe. Le bruit du papier froissé brisa douloureusement le silence ouaté du petit cabinet. Bridget serra convulsivement les poings tandis que le regard de Brise se faisait plus aigu. Pendant un instant, le temps sembla comme suspendu, figé en un triangle infernal dont la pointe était l'enveloppe, la banale enveloppe brune que le notaire ne se décidait pas à ouvrir.
- Assez, aboya Bridget, et le temps soudain s'emballa, comme pour rattraper son retard.
En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le testament était là, sur le bureau. Toujours aussi flegmatique, Brise coula un regard méprisant à sa mère, dont le beau visage était déformé par une farouche avidité. Bridget était très belle, bien plus que Brise. Mais sa beauté était trouble, facilement altérée. Brise possédait pour sa part un charme discret mais puissant, qu'elle contrôlait parfaitement et dont elle usait avec doigté. Elle leva à nouveau les yeux sur le notaire, qui s'éclaircissait difficilement la gorge.
Elle n'attendait rien de cette lecture. Son père ne la contactait plus que pour affaires, ces derniers temps. Il y avait peu de chance qu'il lui lègue quoi que soit, d'ailleurs Brise ne manquait de rien et était parfaitement capable de s'assumer seule, ce depuis des années.
- Ahem... Le notaire parcourait le testament des yeux, de plus en plus nerveux. Et bien, c'est assez inhabituel.
Bridget le fusillait du regard, cependant que Brise s'était nonchalamment laissée retomber en arrière, dans son fauteuil.
- Monsieur d'Oz a manifesté le désir de... ahem, faire de sa fille, il jeta un regard perçant à Brise qui sentit son coeur s'emballer, l'unique gestionnaire de l'ensemble de son capital, moyennant quoi...
Il ne put terminer sa phrase. Bridget, blanche de rage, s'était levée. Brise, interloquée, se redressa lentement dans son fauteuil, les mains soudain tremblantes. Elle serra violemment les poings, et ses jointures devinrent livides.
- Il... heu, il lègue donc ses diverses compagnies, ses actions et... - Au fait, cracha Bridget, dont le regard se teintait d'une lueur d'hystérie. -Il-nomme-votre-fille-unique-héritière-pour-ses-qualité-de-manager-et-son-excellent-sens-des-finances-en-échange-de quoi-elle-s'engagera-à-vous-verser-une pension-annuelle-de... récita le notaire à toute vitesse avant d'être brusquement interrompu par une Bridget folle de rage.
- PARDON ?
Elle se tourna vers Brise, toujours assise, muette de stupeur, les poings serré sur l'accoudoir de son fauteuil.
- PARDON ? - Madame d'Oz, je suis navré, calmez-vous... - ME CALMER ? ME CALMER ? - Pas la peine de tout répéter deux fois maman, cracha Brise d'une voix trop calme pour être naturelle.
Bridget aspira un grand coup, comme pour se mettre à hurler, mais resta la bouche béante, hoquetant d'indignation, les yeux exorbités. Elle n'avait plus rien de la femme élégante et pondérée qu'elle feignait d'incarner en société. Le notaire, partagé entre la stupeur et la fascination, était resté assis, le testament serré contre son coeur. Bridget, fulminante, le lui arracha des mains avant de le parcourir fébrilement. Son visage se décomposait à mesure qu'elle avançait dans sa lecture. Dans un grand final digne des plus fameux drames classiques, Bridget déchira théâtralement le testament avant de le jeter sur Brise, les yeux fous :
- JAMAIS? TU ENTENDS ? JAMAIS !
Sur ce elle quitta le bureau dans un grand tourbillon de cheveux blonds, ses talons claquant violemment sur le parquet du couloir. Brise était toujours assise, les lèvres serrées en un rictus de haine et de colère. Maintenant que sa mère avait quitté la pièce, elle pouvait laisser libre court à ses émotions. En l'occurrence une rage froide et métallique, bien plus effrayante que l'hystérie aggravée de sa mère.
- Vous aviez un double bien sur ? Demanda-t-elle d'une voix glaciale, qui fit aussitôt chuter la température de la pièce de plusieurs degrés. - B... bien sur. Félicitations, Mlle d'Oz. Vous voilà à la tête de l'une de plus grandes f... fortunes d'Angleterre. - Je sais, répondit Brise d'un ton tranchant, formidablement hautain, avant de quitter la pièce à son tour. Royale.
Elle tira aussitôt son portable de son sac.
- Ramènes-toi, j'ai besoin d'un verre, jeta-t-elle sèchement dans le combiné à l'adresse d'Apkar.
Celui-ci eu le bon goût de ne pas protester. Brise téléphona ensuite à son avocat, puis au gestionnaire de sa propre compagnie, avant d'éclater en sanglots convulsifs sur la banquette arrière de sa limo. [b][code] |
|  | | Brise d'Oz Etudiante


Nombre de messages: 169 Age: 23 Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: If I was your daddy, I should jump into the sea Lun 17 Aoû - 11:04 | |
| Apkar était vautré à l'arrière d'un taxi, la tête de Brise sur l'épaule, les yeux dans le vague. La jeune femme s'était endormie sur la banquette du bar chic où ils avaient échoués, assomée par l'alcool et la colère. Mauvaise combinaison, pensa Apkar, à en juger par les vagues violettes qui cernaient les yeux de son amie. Brise était épuisée, sonnée, choquée. Sans cesse sollicitée. Elle devait gérer à la fois les avocats, la compagnies, les actionnaires, et surtout sa mère, qui surgissait tel un diable hors de sa boite partout où Brise avait le malheur de poser le pied. Apkar veillait à effaçer tous les messages incendiaires qu'elle laissait sur la messagerie de l'appartement, de peur que Brise ne saute par la fenêtre. Il était effaré par la virulence de Bridget. Sa haine semblait sans limite.
Apkar avait perdu ses parents très jeunes. Il n'avait pas connu son père, mais il gardait de sa mère le souvenir d'une femme courageuse et brillante, à sa façon. Il avait toujours cru que Brise exagérait, quand elle parlait de sa mère, le souvenir de sa propre enfance venant se calquer sur celle de son amie. A présent, il ne pouvait que se rendre à l'évidence. Bridget haïssait sa fille parce qu'elle avait peur d'elle, mais aussi parce que Brise était plus courageuse et plus brillante que sa mère ne le serait jamais.
Apkar soupira en se passant la main sur le visage. Il avait du mal à se faire à la vie londonnienne, sans pourtant se résoudre à abandonner Brise dans la tourmente. Lorsqu'il lui avait proposé de l'accompagner, un mois plus tôt, il ne s'attendait pas à de tels chambardements. Il pensait rester quelques jours en Angleterre, le temps que Brise règle ses affaires, avant de repartir à Sywhaîd avec elle, comme prévu. Une bonne occasion de découvrir la capitale tout en soutenant Brise discrètement. Mais tout avait dérapé le jour de la lecture du testament, deux semaines plus tôt. Depuis, Brise se battait seule face à une armada d'avocats envoyés par sa mère, tout en essayant de remettre à flots la compagnie de son père. Apkar, lui, essayait tant bien que mal de maintenir Brise à la surface, alors que la jeune femme était à deux doigts de la noyade.
- 'n'est arrvé ? demanda-t-elle d'une voix étouffée tandis que le taxi se garait en bas de l'immeuble. - Ouai, ouai, répondit Apkar doucement, on est arrivé. Debout ma grande. - Amusez-vous bien, ricana le chauffeur de taxi en adressant à Apkar un clin d'oeil chargé de sous-entendu. - Vieux dégueulasse, grogna le kazhake en jetant un billet sur le siège passager.
Il souleva Brise tant bien que mal, et la jeune femme jeta au chauffeur un regard torve. Apkar claqua la portière avec violence et soutint Brise jusqu'à l'appartement, où elle s'effondra sur le canapé avec un gémissement de douleur.
- Me suis tordue la cheville, jcrois, lâcha-t-elle avec une grimace.
Elle était très blanche, les traits tirés, la tête renversée en arrière sur les coussins du canapé. Apkar se prit à nouveau la tête dans les mains, inspira un bon coup et s'éclipsa pour vérifier le répondeur. Bridget avait laissé trois messages dont deux d'insultes, et un, plus protocolaire, dans lequel elle invitait Brise à rencontrer son avocat (lequel?) dès le lendemain. Apkar grogna avant d'effacer tous les messages.
- T'as rendez-vous demain avec un des gignols de ta mère, cria-t-il à Brise qui retirait difficilement ses chaussures.
Après quoi il disparu par sa chambre quelques instants, pendant lesquels Brise se massa distraitement la cheville. Il réapparu bien tôt dans l'encadrement de la porte, une longue feuille à rouler dans une main, et un peu d'herbe dans l'autre. Lui aussi avait les traits tirés, et le teint blafard. il était vêtu avec élégance (Brise avait fait du shopping) et sa mine défaite lui donnait l'air d'un dandy déchu. La voisine du quatrième était dingue de lui. Il eu un fin sourire, un peu triste, auquel Brise répondit faiblement.
- Merci, Apkar, murmura-t-elle d'une voix lasse. Merci pour tout... |
|  | | Brise d'Oz Etudiante


Nombre de messages: 169 Age: 23 Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: If I was your daddy, I should jump into the sea Mar 18 Aoû - 23:53 | |
| Brise était assise sur son lit, en culotte, emmitouflée dans une grande chemise d'homme qui avait du appartenir à Gaël, autrefois. Un oreiller dans les bras, elle regardait par la fenêtre, pensive. Apkar était assis le dos contre la porte, un tas de lettres entre les mains. La mine concentré, il triait le courrier de Brise.
- Tu devrais me payer pour ça, grogna-t-il en jetant sous le lit une lettre de mister Leaght, avocat consultant à Brixton, aussitôt suivie d'un prospectus sombre vantant les mérites d'un service funèbre "de qualité".
Brise le repêcha en allongeant le bras, délaissant la lettre de l'avocat (la nouvelle recrue de sa mère, 35 ans, célibataire et terriblement virulent. A croire qu'il n'avait que ça à faire). Elle ricana en parcourant le prospectus des yeux, avant d'en faire un avion qu'elle envoya voler par la fenêtre ouverte. Elle vivait à Londres depuis deux mois à présent. Elle était enfin parvenue à prendre possession de son héritage (sa mère ayant fait des pieds et des mains pour retarder la procédure administrative. Brise savait qu'elle était en train de monter un procès à son encontre, mais elle n'était pas inquiète. Le testament était incontestable), et à présent elle faisait de son mieux pour remettre de l'ordre dans les affaires de son père. Il était 7h30 du matin, un lundi, il pleuvait et Apkar triait son courrier. Elle eu un sourire amère, qu'Apkar interpréta à sa manière :
- Quoi ? C'est pas le blé qui te manque, tu devrais même me verser une pension. Ouai, un genre d'argent de poche, et... - Et je te prostituerais à des vielles femmes dégueulasses en quête d'exotisme, le coupa Brise en se renversant dans le lit. Je garderais vingts pour cent et on monterais un business, continua-t-elle avant de recevoir une pantoufle sur la tête.
Brise éclata de rire, ce qui était rare ces derniers temps. Le petit monde de la finance, agité par une Bridget retorse et sans scrupules, commençait à s'intéresser à Brise, d'un peu trop près. Elle recevait des offres, des propositions de vente, des menaces. Un journaliste financier avait même cherché à la contacter à plusieurs reprises. Oui, tout ce beau monde s'agitait autour de la riche héritière, et Brise faisait de son mieux pour rester en dehors de l'hystérie collective. Elle ne sortait qu'avec Apkar, ou quelques proches amis parmi lesquels son avocat, Dan, qu'elle connaissait depuis plusieurs années, et qui travaillait nuits et jours pour contrer les nombreux incapables dépêchés par Bridget. Ils étaient tous épuisés.
Apkar décacheta la dernière lettre (d'importants rapports concernant l'entreprise de Brise), avant de se laisser glisser sur la moquette, les bras croisés derrière la tête. Brise tendit la main et effleura sa joue, geste furtif et délicat qui le fit sourire. Le lien quasi fraternel qui s'était développé entre eux à Archavir s'était retrouvé renforcé par les évènements tragiques qui avaient frappé Brise. Apkar avait renoncé à rentrer en Turquie pour un temps, inquiet pour son amie et déterminer à lui imposer son soutient. Brise, toujours si fière et si hautaine, faisait mine de subir sa présence, murée dans sa fierté. Mais l'un et l'autre savait qu'elle se reposait énormément sur lui, et que sans sa présence amicale et rassurante, elle aurait probablement craqué.
Isma leur envoyait régulièrement des lettres interminables dans lesquelles elle racontait par le menu la vie paisible d'Archavir. Apkar ne leur faisait guère défaut, puisque la saison de la chasse était passée, et que la ville ne bougerait pas avant l'été suivant. Il était donc libre de rester à Londres, même si Isma déplorait son absence. "Apkar est l'homme le plus prévenant du monde, son absence m'est difficile, même si je sais qu'elle t'es nécessaire", écrivait-elle à Brise qui s'empressait de lui répondre par des missives brèves et synthétiques, parfois vaguement complétées par Apkar.
- Je suis sur que je te rapporterais un max de fric, lança soudain Apkar en se redressant sur les coudes. Si tu me prostituais, je veux dire. - Ha, ça du fric, j'en ai par dessus la tête, grogna-t-elle en enfonçant son visage dans la chaleur de l'oreiller.[b] |
|  | | Brise d'Oz Etudiante


Nombre de messages: 169 Age: 23 Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: If I was your daddy, I should jump into the sea Lun 7 Sep - 13:03 | |
| Apkar attendait Brise sur le trottoir, maussade sous la pluie battante qui brouillait ses traits tirés. Adossé au porche de l'immeuble de Dan, le jeune homme fumait distraitement un bidies qui dégageait une épaisse fumée au parfum lourd d'eucalyptus. Il était élégamment vêtu, Brise y veillait et il ne s'y dérobait pas. Un petit côté débraillé venait cependant pimenter l'ensemble, lui donnant l'allure racée d'un aristocrate décadent. Fin et athlétique, Apkar jouait son rôle de jeune premier à la perfection. Néanmoins, il commençait à se lasser de Londres, des trench-coats et de l'indolence des anglaises. Il avait aimé, un temps, jouer les héritiers en Armani, mais ses bonnes vieilles bottes d'équitation et ses T-shirts démodés lui manquait cruellement.
Ils étaient à Londres depuis cinq mois. Le procès qui opposait Brise à sa mère avait commencé six semaines plus tôt, et semblait à présent se poursuivre à l'infini sous la bruine persistante de la capitale, un jour remplaçant l'autre dans une inconfortable monotonie. Si Apkar était dans un premier temps resté avec plaisir aux côtés de Brise, il ne l'accompagnait plus à présent que par une sorte de devoir familial, une fierté opiniâtre qui lui interdisait de renoncer. Brise avait tenté à plusieurs reprise, et assez mollement il faut le dire, de le renvoyer à Archavir, où les recherches d'une nouvelle terre d'accueil s'intensifiaient avec la fin de l'hiver. Apkar avait refusé à chaque fois, ravalant sa frustration d'homme des steppes. Londres le noyait sous des litres de pluie sans odeur, diluant les contours des rues et le réduisant à l'inactivité, pendant que Brise, de plus en plus faible et éthérée, s'acharnait à remettre en ordre ce que sa mère s'employait à détruire.
Apkar soupira, les yeux perdu au delà du rideau de pluie qui lui barrait la vue. Brise s'entretenait depuis plus d'une demi heure avec Dan, là-haut. Apkar aurait pu les suivre, mais il avait refusé, préférant le battement entêtant de la pluie aux interminables discours de l'avocat. Le procès tirait à sa fin, disait-il, optimiste. Bridget n'aurait bientôt plus les moyens de poursuivre ses attaques, il pourraient quitter Londres. Bientôt, bientôt, bientôt. Cela faisait deux semaines qu'Apkar et Brise attendait "bientôt". Le jeune homme n'y croyait plus guère, et Brise ne semblait plus croire en rien, quoi qu'il advienne. Apkar jeta son mégot sur la trottoir avec un soupir d'impatience.
Comme pour répondre à son mouvement d'humeur, Brise franchit presque aussitôt la lourde porte de l'immeuble. Sombre, exsangue, la jeune femme repoussa le battant avec effort, avant de s'adosser au mur de pierre, face à Apkar. Les yeux brillants comme prit par la fièvre, Brise laissa échapper un sourire dans lequel transparut toute sa volonté et sa détermination farouche. Pour la première fois depuis des semaines, elle semblait satisfaite. Apkar lui jeta un regard interrogateur, sans dire un mot. D'une voix fébrile, Brise lui annonça :
- L'avocat, enfin, l'un des avocats de ma mère à appelé Dan ce matin. Le procès leur coûte les yeux de la tête, ils abandonnent les charges. Tout le monde me donne vainqueur, ils ne préfèrent pas prendre de risques. il va y avoir un accord à l'amiable, demain.
Elle avait parlé d'une traite, son regard intense planté dans celui d'Apkar.
- On s'envole pour Archavir lundi, Apkar, lundi ! - Lundi, répéta-t-il d'une voix lointaine, sans comprendre. - Oui, oui, oui, lundi, on quitte Londres, Apkar ! Brise lui agrippa les épaules et se mit à le secouer comme un prunier, avec une force surprenante étant donné sa mine de tuberculeuse en phase terminale. Apkar !
La voix de Brise se fêla, et elle se jeta dans les bras de son ami qui, hébété, digérait encore la nouvelle. Lundi... il savoura le mot, le visage subitement éclairé, un large sourire aux lèvres. Dans un mouvement d'euphorie fulgurante, il attrapa Brise et la souleva de terre, avant de la faire valser, sous la pluie, dans un tableau charmant (quoique un peu maladroit) tout droit sortit d'un roman à l'eau de rose. Brise lui martela la poitrine de ses poings, en criant quelques chose comme "arrête-c'est-ridicule-on-se-croirait-sans-coup-de-foudre-à-Notting-Hill-ARRÊTE !", ce qui ne le calma pas le moins du monde. Cette interminable et grotesque mascarade allait enfin se terminer, et ils pourraient quitter Londres et son cortège d'avocats lugubres. Ils rentraient à Archavir, laissant loin derrière eux le souvenir grimaçant d'une Bridget folle de rage. |
|  | | Brise d'Oz Etudiante


Nombre de messages: 169 Age: 23 Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: If I was your daddy, I should jump into the sea Mar 8 Sep - 13:22 | |
| Brise et Apkar étaient assis sur une vielle souche, large et majestueuse, en plein milieu de nulle part. Autour d'eux s'étendait un paysage lunaire, tout en cratères et en rocailles. La souche, unique vestige de ce qui avait du être un arbre immense et majestueux, paraissait quasi-minérale, grise et érodée comme un morceau de montagne. Dans ce coin oublié de la Turquie orientale, à la frontière de la Georgie, le temps semblait suspendu, l'air immobile. Le flanc de la montagne descendait en terrasses vers la mer, jusqu'à la côte scintillante qui remontait vers Hopa, dernière étape civilisée avant les collines abruptes de la Georgie. C'était là, quelques part dans l'ombre de la frontière, qu'Archavir prospérait en secret.
Apkar avait décrété que c'était ici, sur cette souche tortueuse, qu'ils devaient s'arrêter. L'ascension avait été éprouvante pour une Brise pâle et chancelante, mais le jeune homme ne s'était pas laissé attendrir. Il connaissait Brise et la savait dotée de ressources insoupçonnées. Elle n'avait pas flanché, il ne l'avait pas aidé, et ils étaient à présent assis côte à côte au dessus du littoral Turque, sous un soleil encore jeune. Leurs bagages reposaient en tas un peu plus bas, ils n'avaient pas eu le courage de les hisser jusqu'à la souche où ils s'étaient eux-même laissé tomber, à bout de souffle. Brise s'était cassé la figure en montant, et elle portait sur le menton une large éraflure que ni elle ni Apkar n'avait été en mesure de soigner par la magie. Maussade, elle regardait vers la mer, les genoux ramené contre sa poitrine.
La relation un peu trouble et émaillée de rivalité qui unissait les deux sorciers était de celle qui ne se discute pas. Ni l'un, ni l'autre n'avait tenté de mettre des mots sur une amitié aussi fulgurante qu'elle était sincère. Ils concevaient l'un pour l'autre une admiration secrète, qu'ils tentaient de masquer à leurs yeux comme à ceux des autres par de constantes joutes verbales, menées avec un humour incisif. Brise n'était pas du genre à dévoiler ses sentiments, quand à Apkar, il les maquillait sous des boutades mi-figues, mi-raisins à travers lesquelles il était difficile de démêler le vrai du faux. Si bien qu'il n'était pas aisé de comprendre, pour un oeil extérieur, les raisons qui avaient poussé Apkar à soutenir Brise 5 mois durant, et celles qui avaient amené la jeune femme à le suivre jusqu'à cette fameuse souche, au milieu de nulle part. Eux-même n'en étaient pas bien sur. Brise concevait pour Apkar l'attachement d'une orpheline sans ancrage à qui l'on tend une corde. Elle avait trouvé en lui un frère de coeur et d'esprit, et même si elle ne se l'avouait pas encore, elle le considérait comme sa seule et unique famille, tour à tour détestée et adulée. Apkar, lui, considérait Brise comme la femme la plus extraordinaire qu'il eu jamais rencontré. Habitué aux paysannes kazakhes brunes et chatoyantes, la blonde flegmatique exerçait sur lui une fascination qu'il déguisait sous des taquineries et des provocations sans fin. Sans être attiré par son charme glacial et insidieux, il appréciait sa compagnie brillante et lucide, et se retrouvait dans la volonté et la détermination sans faille de la jeune femme. Enfin, il appréciait être utile à quelqu'un, avec cette joie égoïste de celui qui se sait indispensable, ou presque.
Tous deux épuisés par des mois de combats acharnés, ils avaient à peine bougé, et pas émis une seule parole depuis la fin de leur ascension. Ils attendaient. Brise se doutait vaguement qu'une troupe de cavaliers allait bientôt surgir des collines pierreuses pour les conduire jusqu'à la nuit d'Archavir, et au delà le campement spartiate des habitants de la ville nomade, mais elle n'avait plus la force de guetter les chemins clandestins qui menaient en Georgie. Elle n'aspirait qu'à dormir, et avant tout à oublier l'odieuse campagne qu'avait mené contre elle sa propre mère, durant près de six mois. Elle n'avait pas les idées claires, le regard hanté par des nuits d'insomnies. Encore incertaine quand à son avenir, elle espérait profiter des quelques mois à venir pour faire le point et décider de la suite de son parcours. Elle comptait en cela sur l'aide d'Isma, prévenue de leur arrivée imminente et prête à reprendre son rôle de précepteur pour la demoiselle d'au delà des terres et des mers, comme l'appelait beaucoup d'Archaviriens.
Soudain, Apkar lui donna un coup de coude, laconique. Du menton, il lui indiqua la troupe de cavaliers qui venait de franchir un petit ravin, en file indienne sur leurs robustes chevaux des steppes. Les gardiens d'Archavir venait à leur rencontre, et Brise laissa échapper un soupir de soulagement. Elle serait bientôt en sécurité, à l'abri de tout sauf de ses cauchemars derrière l'écran de ténèbres de la nuit d'Archavir. Elle attrapa son sac et le hissa difficilement sur ses épaules, un sourire serein aux lèvres. Elle allait enfin pouvoir tourner la page. |
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