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 Nouvelles de Tibère

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Tibère Acciario
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MessageSujet: Nouvelles de Tibère   Dim 26 Avr - 10:21

Tibère était retourné à Rome. Où aurait-il pu aller ? Il était l’empereur après tout…

Il reparut dans le quartier sorcier un matin ensoleillé, un peu frais. Lumière claire et ciel bleu pastel. Le paradis. Rome. Mahalalel dans ses bras. Elle avait accepté, ils avaient parlé juste avant de quitter Sywhaîd.
Ça avait donné :
«- Ma’. La vie est belle.
-Tibère. T’es un enfoiré. T’es un monstre, un violeur, t’es cruel et cinglé, tu penses pas comme les autres. Un tyran assoiffé de tragédie. Tu souris comme un prédateur, t’es mauvais et la plupart des gens te haïssent. Tu as montré toute ta mesure l’autre soir et franchement c’était pas beau à voir.
-Ouais. J’ai la rage, Ma’.
-Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
-Rome. Allons rebâtir l’empire, ma belle. »


Ils s’étaient installés dans l’ancien appartement, le QG des empereurs. Vue sur Rome.

Pendant quelques jours ils s’étaient reposés tous les deux. Mahalalel dormait dans le canapé, ils regardaient la télé, les infos et les documentaires. Tibère fumait des clopes et buvait du café à longueur de journée. Il se calmait. Il écoutait de la musique, ne voyait personne, redevenait peu à peu aussi normal qu’il pouvait l’être. Il soignait sa rage.

Petit à petit, les autres étudiants, les autres habitants, ceux qui le connaissaient, avaient appris son retour. Des rumeurs circulaient à son sujet, les gens parlaient. Ceux qui ne l’aimaient pas (ils étaient nombreux) pestaient contre son retour. Ceux qui l’appréciaient (ils étaient nombreux) tentaient de venir le voir.
Tibère ouvrait la porte à certains et il était content de les voir.

Un vendredi, 17h.
« Hé, Tibère. C’est Donnaio, ouvre mec ! »

Donnaio. Surnommé ainsi pour Donnaiolo, « le tombeur ». Un petit gars toujours tranquille, un type marrant qui était ami avec tout le monde et qui dealait des ingrédients louches pour des potions étranges. Tibère ouvrit la porte et lui sourit.

« Putain l’Empereur, t’es en peignoir ! Sors un peu quoi, on a appris que t’étais revenu, tu serais même pas passé nous dire bonjour ?
« J’me fais désirer, tu sais bien. »


Donnaio éclata d’un rire communicatif et entra sans se gêner pour se poser sur le canapé. Immédiatement, sans qu’on sache de où il sortait ça, un pétard surgit dans sa main, qu’il tendit à Tibère.

« J’viens de la recevoir, tu m’en diras des nouvelles. »

Donnaio passait son temps à dire cette phrase avec un sourire jusqu’aux oreilles et un air plus que convaincu. Il était content, toujours. Tibère l’aimait bien.

Voilà comment il se calmait. A rester tranquille dans son salon, en peignoir une vodka à la main. Un pote avec lui qui racontait des vannes pourries qui les faisaient marrer des heures.

Simone aussi était passé, un jour. Un des mecs avec qui Tibère et Claude s’étaient battus, quand il était venu à Rome avec Zofia. Ils avaient été potes, avant, avant tout ça.
Le blond avait frappé à sa porte et Tibère l’avait fait entrer avec un sourire provocateur, un sourire tibèrien.
« Salut. On m’a dit que tu étais revenu vivre ici… »
« Ouais. »
« Ecoute, pour la dernière fois, avec ta meuf… J’suis désolé. J’sais pas ce qui m’a pris, mec. Tu me crois ? Je suis désolé. »


Tibère avait souri en montrant les dents, fait simplement un pas en avant et attrapé Simone par le col. Lui avait envoyé un coup de tête à lui démonter la mâchoire et grondé :
« Tu sais pas ce qui t’as pris ? Peut-être que tu t’es dit que puisque les empereurs étaient finis, tu pouvais te la péter avec tes nouveaux potes en venant nous emmerder… Lucino… Tu traînes avec Lucino maintenant ? Ce merdeux ? »

Il avait éclaté de rire et lâché Simone.
« J’en ai rien à foutre. Casse-toi. »

Plus tard dans la journée, Donnaio était passé, ils avaient parlé de Simone et c’est à l’occasion de cette conversation que Tibère avait déballé les dernières nouvelles.
« Mais tu lui a mis une de ces patates ! Il était tellement sonné qu’il s’est pris un poteau en sortant de l’immeuble ! Il t’avait fait quoi ?
« La dernière fois que je suis venu ici, il nous a insultés. Claude, ma copine et moi.
« Ha ouais. Ouais, j’me rappelle. Ta copine… elle était enceinte, non ? »


Le regard de Tibère s’était durci mais Donnaio avait passé outre. Il était trop curieux et peut-être aussi trop amical pour imaginer que Tibère l’attaque, lui.

« Mais elle est où là ? Et le gosse ? C’était le tien ?
« Fais pas chier, Don. Elle est en Ecosse, là où j’étais depuis deux ans. Elle a accouché du gosse, il va bien j’imagine.
« T’imagines ? Bah Tibère, tu fous quoi ? Pourquoi t’es pas avec eux ?
« J’en veux pas, d’ce gosse. J’aimais cette fille mais j’veux pas de gamin et puis de toute façon c’était mort. Tu sais comment je peux être… Elle était pas assez forte pour ça. Au début, je croyais, mais elle a lâché prise. Trop dingue pour elle.
« Toi, t’as du faire une belle connerie, j’te connais.
« Plus belle que ce que tu imagines…
« Allez, raconte ! »

Et Tibère avait raconté. Veronica, les disputes avec Zofia, la fois où il avait vu Elio, et puis le grand soir et le jugement. A la fin, Donnaio était resté silencieux quelques minutes. Puis :
« T’es vraiment un grand malade mon gars.»

Et ils avaient ri tous les deux et pensé à autre chose. Chez Don, la tolérance était poussée si loin qu’il accepta sans problème le comportement qu’avait eu Tibère. Et puis après tout, il n’avait rien à voir là dedans, l’empereur ne lui avait rien fait.

Un mardi, 20h30.
Enfin, un soir, Donnaio était passé avec plusieurs personnes, des mecs amis des empereurs avec qui ils faisaient des fêtes parfois. Avant.
Sourire aux lèvres, il s’écria :
« Alors, l’empereur Tibère, tu veux pas arrêter de faire la princesse là ? Bouge-toi, on va passer la soirée chez Sandro. »

Et voilà. Tibère est de retour.

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Tibère Acciario
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Dim 3 Mai - 14:46

Un mercredi, 3h12.
Tibère donna un coup de volant brusque et évita de justesse le break familial qui venait de surgir. Il entrevit le visage de deux petits enfants apeurés à l'arrière et éclata de rire en accélèrant. A côté de lui, Don buvait au goulot d'une bouteille de martini. A l'arrière étaient entassés Sandro, un type aux longues dreads surnommé Wed et un gars appelé Leon. Ils sortaient d'une obscure soirée, venaient de décider de partir en voiture et de rouler au hasard. La majeure partie de leur itinéraire était dictée par le fait d'éviter les flics, parce que Tibère utilisait un sort pour savoir à peu près conduire et n'avait pas de permis. La seule chose qu'il avait, d'ailleurs, c'était une impressionante quantité d'alcool dans le sang et dans le coffre de la Renault rouge. C'était la voiture de Claude, qui avait appartenu à son père en France. Claude était le seul des empereurs à avoir le permis, ce qui était bien utile.

"Bordel, s'pèce de malade, ralentis !
"Que dalle ! T'as jamais vu Fight Club ?"


Tibère pila soudain, envoyant tous les passagers vers l'avant. Don se cogna violemment le front contre sa bouteille et jeta un regard de reproche à l'empereur.
"Quoi, Fight Club ?"

Tibère redémarra doucement et accéléra de nouveau, jetant la petite voiture sur la route sans se soucier des autres véhicules. Il se remit à parler, sourire aux lèvres et jetant à peine quelques coups d'oeils à la route.
"A un moment, Brad Pitt et Edward Norton sont dans une caisse et puis, je sais plus de quoi ils parlent mais en tout cas Brad Pitt lâche le volant..."

Il joignit le geste à la parole. Don eut la réaction attendue de tout mec sain d'esprit : il essaya de récupérer le volant. Tibère eut la réaction attendue de sa part : il fila une beigne au sauveur. Derrière, Sandro et Wed essayaient de raisonner Tibère tandis que Leon, inconscient de la situation, rigolait comme un bossu.
Sans se soucier du petit gars gesticulant à ses côtés, Tibère continua :
"Et il accélère encore, mais j'sais plus ce qui..."

La voiture quitta la route et alla s'encastrer dans une maison. Tibère ferma les yeux et se dit qu'à cette vitesse, il allait mourir. Il n'avait pas tort.
Mais bien entendu, quand on est jeune on est invincible et il y a toujours un truc qui vous sauve la mise. Enfin, souvent. Ce soir-là, ce fut Sandro qui avait dégainé sa baguette et amortit l'impact du mieux qu'il put. Le tout très froidement, un peu comme un super-héros. Pendant quelques semaines, il se vanterait d'avoir sauvé la vie de ses potes et s'extasierait sur sa réaction froide et efficace avec fierté.
Tibère sortit de la voiture et déclara :
"Voilà, c'était ça la phrase que je cherchais : On a frôlé la vie !"

Il éclata de rire et les autres ne purent pas s'empêcher de le suivre. La porte de la maison que la voiture avait percuté s'ouvrit, les inondant de lumière. Tibère cria "On a frôlé la vie !" et les cinq italiens partirent en courant.


Le lendemain, 15h36.
"Putain, j'ai détruit la voiture de Claude. Il va me tuer, en plus c'était la R5 de son père !
"Il paraît que les jeunes français adorent ce modèle de voiture.
"J'm'en fous !"

Le lendemain matin, tout le monde avait repris ses esprits. Tout le monde avait mal à la tête, la bouche sèche... Il s'avéra que la patte de Mahalalel avait morflé (mais une bonne nuit de repos arrangerait tout) et que le nez de Leon en avait pris un coup. Ce qui ne l'empêchait pas de rester calme, immobile et posé, et de digresser sur les voitures qu'aimaient les jeunes français.
"Faut lui en retrouver une. J'suis sûr que c'est possible !"

Tibère s'agita un peu, se demanda quoi faire puis décida finalement qu'il avait le temps pour s'en occuper. Jusqu'à cet été, Claude ne pouvait pas sortir de son trou écossais pourri (oui, Tibère est amer) et il ne saurait rien. Il lui trouverait bien une nouvelle voiture d'ici là.

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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Sam 9 Mai - 20:48

Un lundi, deux semaines plus tard.
L’Empereur s’assit à son bureau et se mit en devoir d’écrire une lettre à David et Claude.

« Ave !
Je suis à Rome, tout va bien. J’ai repris notre studio et retrouvé ta Renault, Claude. Je traîne beaucoup avec Don et Leon, je glande. J’imagine que je vais me trouver un boulot mais j’ai le temps. Et vous ? Est-ce que la communauté s’est remise de mon coup d’éclat ? Décidément, les sywhaîdiens sont bien frileux… Enfin bref, passons. Vous comprenez tout ça, mes doux amis les empereurs, n’est-ce pas ?
Je vous aime. Passez le bonjour à Zofia et Elio, mais vous étonnez pas si elle le prend mal ! Elle non plus, elle est pas si forte finalement. »


Il reposa son stylo, relut sa lettre avec un petit sourire satisfait. Tibère se doutait que Claude souffrait, il l’avait bien vu avant de partir. Il se doutait aussi que David gérait, comme d’habitude, et espérait, avouons-le, que les sywhaîdiens aient encore l’esprit hanté par sa folle nuit. Mais il préférait la jouer léger, ne pas s’appesantir là-dessus. Voilà, ses amis le connaissaient entièrement maintenant, même du côté noir, et il avait confiance en eux et savait qu’ils ne le laisserait pas. Ils auraient du mal, ouais, mais ça finirait par aller. Et puis Tibère n’avait pas envie de repenser à cette histoire, il s’était bien amusé et maintenant, il allait reprendre, à Rome.

23h45.
Un grand rire méchant résonna dans la pièce et les conversations baissèrent d’un ton. Tibère s’approcha d’un petit rouquin à l’air mécontent et les têtes se tournèrent vers lui. Il se pencha très près de l’autre et lui fit un sourire cinglé, et le seul bruit audible devint la musique qui venait du salon. Le rouquin recula un peu précipitamment, heurta de la hanche la table de la cuisine et Tibère ricana.
Il était chez Lila, une fille qui était dans la classe des Empereurs et de Wed, quand ils étudiaient encore. Elle avait continué, d’ailleurs, et arrivait à un plutôt bon niveau. Faut dire que l’Ecole de magie de Rome n’était pas mauvaise, le seul souci était l’environnement qui incitait un peu trop les âmes perdues à festoyer. Bref. Ils étaient donc chez Lila, ensemble, Tibère, Donnaio, Leon et Wed.
Le rouquin était un ami d’une amie, un inconnu pour tout dire. Et il avait fait une remarque désobligeante sur Tibère, remarque que l’italien irascible avait malheureusement entendue.
« Un problème, peut-être? »

Une fille vint au secours du roux, lui prit le bras en essayant de l’éloigner, lui murmurant de ne pas répondre. Tibère l’écarta d’une légère poussée sur l’épaule accompagnée d’un regard noir et elle recula. Disons qu’elle n’avait pas envie de jouer les héroïnes.
Tibère rit de nouveau, menaçant… et changea brutalement d’attitude. Son visage se détendit, il recula d’un pas et sourit, puis finit par se détourner et s’apprêter à sortir de la cuisine. Derrière lui, le rouquin ricana doucement et commença :
« On m’a déjà parlé de toi, Tibère l’Empereur… »

Tibère s’arrêta à mi-chemin, baissa la tête.

« Il paraît que t’es un fou furieux… »

Tibère se retourna doucement et les autres retinrent leur souffle. Parce qu’en effet, Tibère avait une réputation de fou furieux et que ces épaules crispées, là, ça valait rien de bon.

« Mais tu m’fais pas peur à jouer les malades ! »

Un soupir s’échappa de toutes les poitrines des gens massés autour d’eux. Tibère sourit gentiment. Se jeta avec une rapidité surprenante sur l’autre et l’agrippa par le col pour le plaquer contre le mur. Regardant le roux dans les yeux, il tendit le bras vers l’arrière et attrapa un verre qu’il brisa contre la table. Et tandis que le petit gars pâlissait à vue d’œil, il lui passa doucement, amoureusement, un bout de verre brisé sous la gorge.
Avant, Tibère n’aurait pas fait ça. Avant, il aurait joué, l’aurait provoqué, raillé. Il aurait sûrement fini par cogner. Mais avant, Tibère n’aurait pas menacé un mec de cette façon. Sauf qu’il était, depuis l’épisode de la cour, empli d’une violence contenue qui ne demandait qu’à sortir. Cette violence avait toujours existé chez lui, mais ces derniers temps elle était plus explosive et surtout… bien plus dangereuse.
Le rouquin déglutit, sa gorge bougea sur le morceau de verre. Il sembla vouloir parler mais Tibère murmura un « Chhh… » doucereux et passa la langue sur ses lèvres. Personne ne faisait un geste dans la pièce. Lila entra et lâcha l’assiette qu’elle tenait entre ses mains, le fracas résonna contre les murs et le rouquin sursauta. Sans qu’il puisse se contrôler des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Alors, Tibère lâcha le morceau de verre, éclata d’un rire hystérique suraigu et quitta la cuisine.

00h21.
Ils étaient rentrés à pied. Wed était resté chez Lila parce qu’il essayait de la serrer et que ce serait mauvais pour son image auprès d’elle qu’il reparte avec Tibère… et donc ils n’était que trois : Tibère, Leon et Donnaio.
Don tempêtait contre Tibère en lui reprochant d’avoir fait flipper tout le monde, d’être malade, ce genre de reproches qui ennuyaient royalement l’Empereur.
« Mais qu’est-ce qui t’as pris ? Hein ? Tu voulais l’égorger ou quoi ?
« Non. J’voulais le faire pleurer.
« Putain, espèce de pervers… Tu crains… »


Don secoua la tête, découragé. Un peu étonné de ce comportement, aussi, il avait l’habitude des provocations de son ami mais là… faire pleurer ce mec, presque pour rien… Leon, qui était resté silencieux depuis le début, déclara soudain d’une voix tranquille :
« On s’en fout, c’était qu’un rouquin. »

Les deux autres lui jetèrent un regard surpris, reçurent en retour un sourire malicieux et éclatèrent de rire. Ils étaient habitués, à force, aux remarques idiotes et hors sujet de Leon. Il en avait fait une spécialité, faut dire, et passait son temps à sortir des phrases complètement idiotes avec une bonne dose d’autodérision et d’ironie. Cela plaisait beaucoup à Tibère.

Ils arrivèrent enfin devant l’immeuble. Don et Leon habitaient ensemble de l’autre côté de la place centrale du quartier sorcier, où se trouvaient tous les immeubles des étudiants et ils s’apprêtaient à s’éloigner quand Tibère saisit le bras de Leon.
« Non. Dormez chez moi.
« Pourquoi ?
« Vas-y, j’ai pas envie de finir la soirée tout seul, il est que minuit et demie… »

Don recula de quelques pas, fit un geste vague du bras et dit qu’il était crevé et allait dormir et que Leon avait qu’à aller finir la soirée avec Tibère.


1h52.
“Show me the way to the next whisky bar...”
La voix de Jim Morrison, en fond sonore, berçait les deux italiens. Ils étaient affalés dans le canapé aux ressorts défoncés, qui s’enfonçait au milieu. Appuyé l’un contre l’autre à cause du trou, fumant chacun un pétard, ils commençaient à s’endormir tranquillement. Après son coup de sang chez Lila, Tibère était calmé, cool et presque normal. Leon, de son côté, était comme toujours, posé, le regard malicieux et l’air tranquille.

Tibère se leva très lentement, posa son mégot dans le cendrier et marcha jusqu’à la fenêtre pour regarder les lumières sur la place. Il entendit derrière lui Leon se lever à son tour et se retourna pour le détailler.
Leon était un peu plus petit que Tibère et d’une minceur de mannequin féminin. Plus maigre encore que Claude qui avait tout de même des muscles, un peu de carrure, alors que Leon semblait une brindille. Il portait souvent des vieux t-shirts à l’effigie de rockers des 70’s et des jeans élimés et possédait une épaisse chevelure presque rousse qu’il ébouriffait copieusement, quand il ne faisait pas une banane dans le plus pur style rockabilly. Tibère le trouvait beau. Ou plutôt, il lui trouvait du charme, dans sa façon de bouger, de parler, de regarder les gens.

L’italien secoua un peu la tête, passa la main dans ses boucles brunes et retourna s’enfoncer dans le canapé.

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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Sam 9 Mai - 21:33


DONNAIO


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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Ven 15 Mai - 22:43

Le lendemain, 14h23.
Les deux italiens émergeaient à peine de leur sommeil dans le canapé. Le soleil avait commencé à les empêcher de dormir en paix dès 10h du matin, mais la seule tentative de Tibère de se lever pour aller fermer les rideaux s’était soldée par un échec cuisant. Il était retombé sur le canapé, terrassé par le mal de tête, et avait préféré se rendormir, la tête sous le bras de Leon. C’est dans cette position que Donnaio les avait trouvés à 14h en entrant sans prévenir. Il était resté figé, avait hésité une seconde puis éclaté d’un rire tonitruant qui avait donné à l’Empereur des envies de l’étrangler. Mais pas le courage de se lever, il l’avait laissé rire.

15h.
Don était reparti. Il s’était assis dans un fauteuil, avait tenté de parler un peu. Leon et Tibère lui avaient lancé en chœur un « Ta gueule ! » bien senti. Il avait voulu leur jeter un sort qui leur enlèverait la gueule de bois mais Tibère avait dit d’une voix pâteuse qu’il préférait « payer le prix de son ivresse ». Enfin, il avait voulu allumer une cigarette mais la fumée les avait dérangé. Pour finir, le jeune sorcier avait fini par repartir avec dans l’idée d’aller voir comment Wed s’en sortait avec la jolie Lila. Il avait promis de revenir le soir venu, avec des nouvelles.
Il leur avait gentiment laissé des cachets de non-sorciers, seul remède anti-gueule de bois qu’acceptait Tibère, ainsi qu’un prospectus de voitures d’occasion pour penser à remplacer celle de Claude, et un film appartenant à David qu’il devait ramener depuis des années.

15h45.
Enfin, enfin ils étaient debout. Les gestes lents, la voix cassée, les yeux rougis, mais debout. Tibère leur versa à tous deux un verre d’eau, y ajouta les cachets, tandis que Leon regardait distraitement la pochette du film.
« Hé, Reservoir Dogs ! C’est un film de Tarantino ? Je l’ai pas vu ! On le regarde ? »

L’Empereur leva les yeux vers Leon, sourit devant son air enthousiaste et fit un geste vague vers le lecteur.
« Vas-y. Il est énorme ce film, c’est un de mes préférés. »

Le jeune homme lança donc le film et se remit dans le canapé, à côté de Tibère.

16h23.
Tibère avait déjà vu le film et passait plus de temps à observer Leon qu’à regarder l’écran. Son pote était captivé, les yeux fixés sur l’image, souriant de temps en temps. Il ne parlait que pour demander le nom des musiques qui passaient, et encore ! sans tourner la tête ! L’Empereur découvrait tout juste ce côté concentré, attentif, de Leon. Il se plaisait à observer à la dérobée les changements d’expression de son visage, de son attitude…
Enfin, les derniers coups de feu furent échangés, les corps tombèrent au sol et Tibère secoua la tête (juste avant de regretter, il avait oublié sa monstrueuse gueule de bois). Leon. Un soupçon commença de poindre, prit lentement forme. Leon ? Le jeune homme tourna un regard malicieux vers lui et Tibère prit sa décision. Rapidement, comme toujours.
Il voulait Leon.

Depuis son retour dans la vie publique romaine, il avait beaucoup traîné avec lui. L’avait observé, avait aimé son humour débile et ses manières. L’idée avait bien commencé, au moins un peu, à naître dans son esprit… mais, vacciné par Zofia, il n’y avait pas fait attention. Seulement maintenant qu’il avait mis le doigt dessus, impossible de se sortir ça de la tête. Leon, il voulait Leon.
L’heure était donc venue de tenter un rapprochement. Qui ne tente rien n’a rien, pas vrai ? Tibère se tourna donc franchement vers Leon, le regarda au fond des yeux et lui décocha un pur sourire aguicheur. Leon se troubla. Sourit en retour et baissa les yeux dans un mouvement excessivement féminin. Tibère pensa « gagné » et se pencha sur le brun sans complexe. Quoi, il aimait bien être direct, parfois ! (souvent) C’est alors que Leon sembla se reprendre et posa la main, à plat, sur le torse de l’Empereur. Le repoussa fermement et lui fit un clin d’œil… lubrique. Il se leva du canapé et marcha vers le centre de la pièce, d’où il se tourna vers Tibère et sourit, provocateur. Il n’en fallut pas plus pour que l’ombrageux italien se lève et marche d’un pas ferme vers lui pour s’en aller le coller contre le mur. Quand on résiste à Tibère, on ne le provoque pas, allons ! A ce petit jeu là, on peut vite perdre…
Les deux italiens étaient face à face, Leon bloqué contre le mur et Tibère penché sur lui, l’œil brillant. Ce qui n’empêcha pas le premier de demander d’un air innocent :
« Dis donc, comment tu savais que j’aime les mecs ? »

Surprise ! Tibère n’en savait rien. Il avait juste suivi une envie, comme ça. Juste pour voir… Mais ça tombait bien ! Tout serait plus simple… Le brun murmura un « je n’en savais rien… » indolent et tenta une nouvelle approche. Leon se laissa faire. Le frôla et souffla : « Ce serait trop facile… » avant de se dégager et de quitter l’appartement. Trop rapidement pour être retenu. Tibère resta rêveur quelques secondes et couru à la fenêtre pour le voir traverser la place d’un pas leste et entrer dans son immeuble, juste en face.

Ha, il voulait jouer ? Très bien. Tibère était direct, mais il savait aussi apprécier le jeu et… il fait dire qu’il trouvait bien séduisant que ce garçon ne veuille pas se rendre sans combattre. Toujours derrière sa fenêtre, il eut un sourire carnassier.
« Très bien, Leon… Puisque tu veux jouer… »
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Sam 16 Mai - 18:50

22 Avril. 23h.
Comme toujours, la fine équipe. Donnaio, Leon et Tibère. Gravitant, Wed et la jolie Lila qu’il a fini par avoir. Ils marchent dans la rue, n’ont pas de but et suivent un Tibère grandiloquent qui agite les bras et court partout.
Ils sont affamés, ils n’ont plus un rond et ils ont trop bu. Le matin, Tibère était venu à 7h sonner chez Don et Leon et leur avait dit :
« Partons. Promenons-nous. »

Ils avaient suivi. Leon avait été un peu perplexe au début parce que c’était juste la veille que Tibère avait voulu l’embrasser, mais l’Empereur n’avait rien dit à ce sujet alors il l’avait fermée aussi.
Ils avaient fait du stop, s’étaient fait balader dans Rome et les banlieues. Avaient exploré un quartier inconnu. Leon avait jeté un caillou sur une voiture et explosé la vitre, ils avaient couru ils ne savaient où. Tibère avait touché les fesses d’une fille et frappé son mec. Ils n’avaient pas mangé, ni en partant ni de toute la journée. Tibère, lui avait jeûné la veille également, et même l’avant-veille en y réfléchissant.
Tibère était affamé, il avait envie de boire, il avait envie de Leon, il avait envie de conduire une voiture. Tibère crevait de faim et d’envie de se jeter partout et il riait dans la rue. Il criait et riait, agitait les bras et les autres couraient après lui en essayant de le suivre. Tibère sortit un mouchoir de sa poche et l’alluma et continua de marcher à grands pas en hurlant aux gens de sortir de leurs lits et il avait une torche au bout du bras gauche.
« Sortez ! Sortez, citoyens de la grande cité et repoussons les murs ! »
Il gueulait à perdre haleine des phrases au hasard et soudain se tut. Le mouchoir lui brûlait la main, il le jeta et le laissa embraser une poubelle. Il s’arrêta face à ses amis, les jaugea d’un air concentré, concentré… Les jaugea, les jugea. Et puis décida :
« Une voiture. Maintenant. Partons. »

Lila protesta. Wed aussi. Tibère leva une main désinvolte et sourit, alors la brune s’enhardit à dire que non, que c’était une idée trop dingue et Tibère rougit et hurla. Il hurla à Lila de la fermer, bordel de merde, et de dégager le terrain. Lila et Wed partirent et Tibère regarda de nouveau Don et Leon et répéta exactement la même phrase, voiture, maintenant, partons.
Ni Don ni Leon ne savaient de quoi parlait Tibère, s’il parlait d’un voyage ou d’une balade, de quelle voiture il parlait, pourquoi maintenant, tout ça. Mais l’empereur était déjà reparti de sa démarche chaloupée à marcher au milieu de la route en se tortillant de douleur tellement il avait faim.

Ils remontèrent une rue puis deux et soudain devant eux se trouvait une hideuse Volvo 240 grise, moche à crever. Tibère se jeta dessus, brisa une vitre en s’entaillant le coude et Don s’occupa de raccorder les fils. Ils s’entassèrent dans leur voiture volée, qui leur appartenait maintenant et Tibère démarra à une vitesse infernale et sortit de la ville sans que les deux autres lui demandent où il allait. Il ne cessait pas de marmonner, parfois on saisissait des mots incertains et son regard était fiévreux. Il frottait frénétiquement son coude, en tirait du sang et léchait ses doigts et répétait qu’il crevait de faim, merde, qu’il était affamé.

23 Avril, 9h.
Ils roulaient, ils roulaient à tombeau ouvert et le bras de Tibère était rouge de sang et son visage pâle et gris. Les deux autres ne disaient toujours rien et se contentaient de lire les panneaux pour essayer de savoir où ils allaient. Mais en vérité ils n’allaient nulle part. Ils traversèrent l’Aquila à fond de train, s’enfoncèrent dans les montagnes et en sortirent, le nez gris de la voiture dirigé vers le sud et Tibère ricanant au volant en hurlant en anglais, en italien, en hurlant qu’ils allaient foncer, encore et encore.
Ils finirent par être obligés de s’arrêter à Avezzano, au sud de Rome, après le détour par l’Aquila. Ils n’avaient plus d’essence et pas un centime pour en acheter et Tibère était en pleine crise et voulait rouler. Il marchait les bras écartés dans la station essence et gueulait de toute sa voix des phrases sans suite, il gueulait « Ouais, ouais, roulons mes amis, allez, redémarrons et allons voir là-bas comment c’est, je veux aller à la mer, ouais ! » Il n’avait pas mangé depuis trois jours et ne sentait même plus son ventre, il était pâle et extatique et ricanait sans cesse. Don et Leon avaient faim eux aussi et la fièvre de l’Empereur commençait à les prendre et eux aussi brûlaient maintenant de reprendre la route et de jeter l’horrible Volvo le plus vite possible sur les autoroutes d’Italie.
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Tibère Acciario
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Sam 23 Mai - 20:18

Leur prochain but était donc de trouver de l’argent. De l’essence, de la nourriture…
« Et des clopes ! Trouvez-moi une clope bordel ! »

Tibère était couché de tout son long sur le capot de la voiture, se frottant le dos contre la tôle chaude et se caressant le ventre, obscène comme un chat. A chacun de ses mouvements il étalait le sang qui coulait de son coude sur son t-shirt et n’arrêtait pas de frissonner. Ils étaient tous épuisés et affamés. Leon s’efforçait de détourner ses yeux du sandwich que mangeait une fille pas loin d’eux et Don frappait nerveusement du pied sur le bitume.

14h.
Ils n’avaient pas bougé. Tibère était rentré dans la Volvo et s’était enfoncé dans une longue rêverie silencieuse. Leon était parti sans un mot depuis une heure. Don avait mal au ventre, il était fatigué et commençait à se demander où allait mener toute cette histoire. Non mais, il aimait bien Tibère mais… voilà, ce mec était fou et parfois, valait mieux pas le suivre. Tout le monde le disait, il n’y avait que David et Claude pour être vraiment potes avec lui, et voilà où ça les avait menés ! La prison ou l’exil… Non, valait mieux laisser Tibère faire ses trucs et avoir la rage et courir partout en criant.
Don alla s’asseoir à côté de Tibère dans la voiture et dit :
« J’en ai marre de ces conneries. J’vais tenter ma chance en stop pour remonter à Rome. »

L’empereur se contenta de tourner très lentement la tête et de le fixer en silence. Il s’en foutait complètement. Puisque Donnaio se dégonflait et ne voulait pas le suivre, hé bien qu’il parte mais qu’il ne l’empêche pas de jouer.
Don le regarda quelques secondes, attendit une réponse puis, n’en recevant pas, se détourna et partit à grands pas. Il alla se poster sur la route vers Rome et finit par être pris en stop et retourner chez lui.

Pendant ce temps, Leon était revenu vers Tibère avec un paquet de cigarettes et un sac de bonbons qu’ils dévorèrent. Leon n’avait pas mangé depuis la veille, mais Tibère jeûnait depuis plus de trois jours et il le laissa manger plus de la moitié.
« Faudrait faire un truc pour ton bras, Tibère. »

L’empereur venait d’enlever le bout de verre qui y était fiché et la blessure, profonde, saignait abondamment. Son teint était gris et il semblait à bout de forces. Mais il secoua la tête et regarda ailleurs.
« Non, ce qu’il faudrait faire c’est trouver une nouvelle bagnole. »

Leon soupira, regarda autour de lui.
« En plein jour ? C’est mort. On va se faire choper.
« Bon, alors il nous faut de l’essence. »


Ils poussèrent la Volvo jusqu’à une station essence et l’amenèrent devant une pompe. De derrière la vitre de son petit magasin, le pompiste les surveillait d’un air méfiant et les regarda remplir le réservoir. Il avait un téléphone à la main et ça agaçait prodigieusement Tibère. Et si le vol de la voiture avait été signalé ? Enfin, la caisse fut prête à redémarrer, ils montèrent dedans, le pompiste sortit de son magasin, Tibère démarra le moteur. Le pompiste agita les bras et cria qu’ils devaient payer avant de bouger. Tibère appuya sur l’accélérateur, frôla l’homme et disparut sur les chapeaux de roues. L’homme composa un numéro sur son téléphone, parla quelques minutes et repartit servir ses clients.

15h.
Ils roulaient depuis une demi-heure et Tibère n’avait pas ralenti. Ils avaient quitté la ville, pris une autoroute à 3 voies vers la mer. L’Empereur cravachait la voiture pour rouler à 150km/h, elle peinait et commençait à faire un bruit étrange mais peu importait, ils roulaient vers l’eau, les plages, la mer. Surtout, pas la mer la plus proche de Rome, non. Ça, c’était trop facile.
« Le type a du appeler les flics et leur donner les plaques.
« Ouais. On est grillés. On va tracer vers la mer et changer de caisse là-bas. »


Tout leur paraissait facile. Ils n’avaient pas de souci, ils étaient en vadrouille et sauraient bien se débrouiller, même sans argent, même affamés et épuisés, même avec le bras ouvert. Même avec les flics au cul.

23h30.
Une fine fumée grise s’échappait doucement du capot entrouvert de la Volvo. Elle était abandonnée sur le sable comme un étrange bateau, grise et vide sous la lumière de la lune. Les vagues venaient lécher ses roues. Plus loin, Tibère et Leon marchaient vers les rues illuminées, tournant le dos à la voiture. Ils avaient fini par arriver à Pescara, avaient longé les plages et pour finir Tibère s’était carrément engagé en voiture jusqu’à l’eau où ils avaient décidé de tenter leur chance en ville.

24 avril, 1h10.
Pescara était une ville détestable, d’après Tibère. Les gens qu’ils croisaient les regardaient de façon très bizarre. Tous ces couples, ces femmes si soignées, ces hommes posés et corrects… Ces cafés pour vieux fêtards qui voulaient se sentir encore jeunes… Et au milieu de tout ça, Tibère et Leon qui marchaient doucement en fumant une clope et en laissant partout des traces du sang de Tibère. Qui vacillaient de faim et de fatigue en cherchant des yeux une voiture isolée et facile à voler.
Ils finirent par tomber sur une petite Fiat dont le propriétaire avait carrément laissé les clefs. Autant dire une provocation. Tibère s’installa d’autorité au volant, démarra en ricanant. Pâlit et se pencha par la fenêtre pour vomir. Là, il ne pouvait plus faire comme si il ne sentait ni la faim ni la fatigue ni tout le sang perdu. Leon prit sa place, conduisit la Fiat dans un autre quartier et se tourna vers l’Empereur :
« Hé, Tib. Ça va aller ?
« Bien sûr que ça va aller, tu m’as pris pour qui ?
« T’as pas mangé depuis 4 jours… Et tu conduis sans dormir depuis avant-hier. Et tu perds du sang depuis avant-hier aussi.
« Ta gueule, pousse-toi du volant, on se casse. »


Leon regarda son ami. Il avait les traits tirés, les yeux exorbités et les lèvres sèches. On aurait dit un junkie en manque, un cinglé échappé d’un asile, un clochard, enfin n’importe quoi mais pas un type normal.
« Non. »

Il vit monter la colère dans ses yeux. Vit ses poings se serrer et entendit ses dents grincer. Tibère répéta à Leon de se pousser, Leon n’en fit rien. Tibère s’approcha de Leon, le regarda dans les yeux, lui adressa un sourire sadique. Leon eut du mal à ne pas reculer en voyant ce sourire et pour se dépêtrer de cette situation, choisit la seule solution qui lui vint à l’esprit : il embrassa Tibère. Longuement, doucement, presque tendrement. Tibère se laissa faire une seconde, gémit comme une fille et reprit en main la situation. Il plaqua sauvagement Leon contre la portière de la Fiat et lui adressa un sourire de prédateur.
« Non.
« Quoi, non ? »


Leon, comme la dernière fois, appuyait fermement ses deux mains à plat sur la poitrine de Tibère. L’Empereur recula un peu, se rassit normalement dans son siège pour le regarder, et Leon en profita pour redémarrer la petite voiture et se mettre à rouler. Tibère restait silencieux, semblait avoir admis que l’autre l’aie repoussé. A un moment, il ouvrit la bouche pour dire que c’était son anniversaire, aujourd’hui, qu’il avait 25 ans et qu’il s’en foutait. Leon se contenta de garder le silence, les yeux fixés sur la route et les mains serrées sur le volant.

24 avril, 6h00.
Leon freina devant l’immeuble de Tibère et soupira longuement en laissant retomber sa tête sur le siège. La route avait été pénible. Il avait tracé, roulé le plus vite possible en ligne droite pour retourner à la capitale, sous les imprécations d’un Tibère délirant de fatigue et de faim. Vers 3h00, l’Empereur avait perdu connaissance. Il ne s’était toujours pas réveillé. L’état de son bras inquiétait Leon, son ami semblait avoir perdu beaucoup de sang. Et il refusait de se faire soigner par magie.

7h00.
Leon avait appelé Donnaio à la rescousse et tout les deux avaient porté Tibère jusqu’à son appartement. Ils l’avait couché dans son lit, avait bandé son coude et épongé le sang. Enfin, tandis que Leon surveillait l’empereur fou, Don était parti garer la Fiat volée dans une ruelle pour qu’on ne la retrouve pas trop vite.
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Dim 31 Mai - 20:49

24 avril, 16h30.
Tibère venait de se réveiller et avait trouvé à son chevet un Leon endormi. Il avait souri doucement : ainsi donc, Leon avait préféré dormir par terre pour le veiller plutôt que d’aller se coucher ? Et ensuite il disait qu’il s’en foutait… L’Empereur resta couché dans son lit quelques minutes, réfléchissant. Et soudain une pensée lui traversa l’esprit, le faisant se lever en trombe :
« Hé, c’est mon anniversaire ! Ce soir on fait la fête ! »

Surexcité, il se mit à courir partout dans l’appartement, arrachant peu à peu son pansement au bras et riant comme un fou. Dans son emportement il brisa deux bols et fit un immense trou de cigarette dans un fauteuil, le tout en laissant couler partout le sang qui s’échappait de son bras, mais il était impossible de le calmer.

23h.
Ils étaient regroupés sur la place centrale du quartier sorcier. Un sort permettait de diffuser de la musique, Tibère avait allumé un grand feu sans que personne n’ose l’en empêcher et il courait, criait, dansait. Des sorciers affluaient, attirés par le bruit et la lumière. Un certain nombre d’entre eux restaient, amenaient des bouteilles et peu à peu la fête s’installa.
Tibère avait refait son bandage et de ce fait ne semait plus son sang partout. Il avait mangé et dormi et avait l’air en grande forme, promenant partout son regard charmeur et ses rires fous. Très vite, il dénicha une fille, une grande aux cheveux très noirs et à l’air boudeur. Jolie. Il la prit par la taille et alla s’exhiber à Leon, lui adressant de provocantes œillades et jubilant de la jalousie du jeune homme. Des gens lui offrirent de l’alcool, un type vint le provoquer et voulut se battre (Tibère eut du mal mais il l’explosa littéralement et deux gars durent le conduire à l’hôpital) et tout le monde eut une frayeur quand le feu grandit soudain. Tibère venait, donc, de se battre avec le mec et avait subitement décidé de jouer avec le feu. Il l’avait fait grandir d’un sort, l’avait fait s’étendre et s’amplifier. Pour s’amuser. Les façades autour de la place s’éclairèrent soudain d’un éclat orangé, celui qu’il aurait voulu voir sur les façades de Sywhaid. Si il avait réussi… Mais il avait foiré, parce que là-bas il y avait des gens capables de l’arrêter. Pas ici.
Un profond sentiment de jubilation le saisit tandis qu’autour de lui les autres prenaient un air paniqué. Il fit un geste pour continuer à étendre les flammes et Mahalalel aboya. Pas un simple jappement comme elle le faisait d’habitude, non, un concert furieux d’aboiements sonores et de grondements rageurs, et l’exaltation de l’Empereur retomba comme un soufflé. Il abaissa le bras, le feu se calma et les gens aussi. Ceux qui avaient vu pourquoi le feu s’était emballé s’éloignèrent de Tibère, les autres se demandèrent un instant ce qui s’était passé et pensèrent à autre chose.

2h.
Tibère était complètement bourré. Ce qui ne l’empêcha pas de baiser à peu près correctement la brune et de la virer de son appartement avant de redescendre faire la fête. La fille ne lui adressa plus jamais la parole, il s’en foutait. Leon crevait de jalousie, il en triomphait. Il le croisa dans la foule qui avait fini par s’amasser (les étudiants sont toujours partants pour la fête) et lui adressa un sourire éclatant. Leon l’agrippa par le bras et l’embrassa avec violence avant de le lâcher et de disparaître. Tibère tonna de rire et repartit en courant.



27 mai.
Plus d’un mois avait passé. Leon et Tibère avaient continué de flirter gentiment sans arriver pour autant à une concrétisation. Tibère commençait à s’impatienter. Il correspondait régulièrement avec les deux autres empereurs coincés en Ecosse, faisait des projets pour leur retour à la faveur de la Brèche estivale, crevait d’envie de les revoir enfin, tous les trois réunis.
Ce jour-là cependant, Tibère reçut une lettre qui le laissa perplexe. La première partie était écrite de la main de David, la seconde de Claude.

« Ave Caesar !
Tout va bien pour toi ? Nous, on est allé au mariage de Veronica avec Logan avant-hier… Claude m’a dit que c’est avec elle que t’as trompé Zofia ? Hé ben, explique moi comment tu fais pour corrompre un canon pareil ? Cette jeune fille est absolument superbe ! J’en suis resté tout rêveur… Par contre, une chose m’inquiète : Claude a parlé à Kennedy et je sais pas ce qu’ils se sont dit mais… »


Ici, Claude reprenait :

« Bon, je vais t’expliquer moi-même. Tu vois, Kennedy ? La pauvre fille que t’as violée comme un gros dégueulasse ? Bah elle a reçu des visions de ton esprit, elle me les a transmises et là… je sais pas trop quoi en penser. Oh, elle finira par s’en remettre, ouais… mais merde, Tibère ! T’es vraiment un enfoiré de malade, je sais pas si tu te rends compte de l’horreur de ce que t’as fait ? T’es un monstre ! Comment on peut être potes ? Je devrais te détester si j’étais pas autant engagé dans ce triangle qu’on forme et si j’étais pas incapable de m’en dégager. »

La lettre finissait ainsi, sans que Tibère en sache plus. David avait l’air parfaitement jovial et normal mais Claude semblait lui en vouloir. Mais cette dernière phrase qui disait qu’il ne le détestait pas… à demi-mot, mais il le disait quand même ! Quand est-ce qu’ils allaient enfin se retrouver comme avant ? Sans rien entre eux de mauvais, de gênant, sans ressentiment et juste cet immense amour qu’ils se portaient ? Vivement cet été, quand ils allaient se revoir, ils pourraient enfin aller mieux ensemble. Et puis Zofia pourrait passer quelques jours, Léola aussi. Tout pourrait se régler.

29 mai, 15h.
Donnaio fit irruption dans l’appartement et posa un regard aigu sur Tibère.
«Dis-moi, t’aurais pas oublié la caisse de Claude, toi ? T’étais sensé lui en retrouver une… »

L’italien sourit en se renfonçant dans son fauteuil.
« Ouais, mais faut que je trouve de l’argent, j’peux pas en voler une sinon il va avoir des problèmes avec les flics… »
« Et où tu veux trouver de l’argent ? »
« Tu connais des gens, non ? Branche moi sur un plan. »


Et c’est ainsi que Tibère, pas vacciné par ses précédentes expériences, fit pour la seconde fois son entrée dans le merveilleux univers du trafic.
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Mer 10 Juin - 20:20

1 juin, 16h37.
Une nouvelle fois Donnaio entra sans frapper dans l’appartement de Tibère, qu’il trouva affalé dans le canapé devant un western. Clint Eastwood tirait comme un chef et Tibère souriait. Don voulut parler mais fut interrompu par un geste du bras de son pote et se vit réduit à s’asseoir en silence dans un fauteuil.

17h45.
Le générique de fin de « Et pour quelques dollars de plus » défilait à l’écran. Tibère tourna enfin un regard interrogateur vers un Donnaio scandalisé. Il avait voulu parler, au bout d’un moment, et l’Empereur lui avait lancé un sort de mutisme sans même le regarder, sans même quitter des yeux l’écran de sa télé. Maintenant que le film était fini, Tibère leva le sort et sourit :
« C’est un bon film, hein ? »
« T’as de la chance que j’aime bien Clint Eastwood sinon tu pouvais te le carrer au cul, le plan que je t’ai déniché. »

Le regard de Tibère changea, se fit plus intéressé. Il se pencha en avant et sourit à Don, d’un sourire qui lui fit froid dans le dos et lui donna envie de retirer ce qu’il avait dit. Don n’était plus très sûr de vouloir donner le plan à Tibère, de vouloir confier cette « affaire » à ce mec qui était, indéniablement, cinglé. Mais il le fit quand même.
« Un gars que je connais cherche quelqu’un pour s’occuper d’un autre gars. Il veut quelqu’un de confiance qui n’a pas froid aux yeux. »

Pour la partie « pas froid aux yeux » on pouvait compter sur Tibère, pas de souci. Mais pour la partie « quelqu’un de confiance » Donnaio se posait quelques questions. Mais il avait promis à Tibère qu’il lui trouverait quelque chose. Un moment, il avait pensé à l’inclure dans son propre trafic d’ingrédients illicites mais c’était trop risqué. Tibère n’était pas assez discret.
« S’occuper d’un autre gars ? C'est-à-dire ? »
« Oh, pas le tuer, bien sûr. Mais simplement aller lui dire que s’il ne rembourse pas vite fait ce qu’il doit, ça risque de mal tourner. »


Le sourire de Tibère s’élargit. Ça, ça lui plaisait. Beaucoup, même. Il ne se rendait même pas compte du risque qu’il y avait, juste du potentiel d’amusement que ça pourrait lui procurer.
« Et c’est payé comment ? »
« 10 000 euros. 5000 maintenant, 5000 plus tard. »
« C’est pas assez. »
« Mec, tu peux pas te permettre de dicter tes conditions, là. Le gars veut pas débourser plus, il veut juste savoir ce que tu vaux. Si tu fais bien ton boulot, peut-être que t’auras autre chose. »


Tibère s’absorba dans une longue réflexion. Finit par demander :
« Pourquoi il demande pas à quelqu’un qu’il connaît de s’en occuper ? »
« Il veut pas prendre de risques, et là, ça va être chaud pour les flics de remonter à lui si tu te fais choper, vu que tu le connais pas. Et que t’es pas du genre à parler. »


Tibère réfléchit encore. 10 000 euros. Mouais. Il tendit la main à son pote et la lui serra avec un sourire professionnel de vendeur de voitures.
« C’est OK. »
« Je te donnerais des détails plus tard, quand j’aurais vu le gars pour lui dire que t’es d’accord. »


5 juin. 12h.
Tibère et Don étaient une fois de plus affalés dans le canapé. Ils se passaient paresseusement un pétard et Tibère était en train de dire :
« J’espère que ton plan est pas pourri. »

Don sourit et fit un clin d'oeil.
« Bah. Pourquoi ? »

Les yeux bleus de Tibère lancèrent un éclair tandis qu’il se relevait avec une étonnante vivacité. Il saisit Donnaio par le col et souffla :
« Parce que si j’ai le moindre problème, je te ruine la face à tel point que ton petit surnom ne sera plus qu’un souvenir, « le tombeur »… »

Don déglutit et sa gorge émit un clic parfaitement audible. Tibère lui sourit, sourire de requin.

8 juin, 11h du matin.
Alex Zaccagni, jeune père de famille accro à la poudre et pas décidé à payer les extravagantes quantités qu'il en consommait, pesta contre la sonnerie stridente de la porte qui l’avait tiré de devant sa télévision. Marmonnant entre ses dents il ouvrit la porte et se retrouva face à un inconnu total qui, sans même dire bonjour, lui tendit une enveloppe et tourna les talons. Zaccagni en resta coi, puis retourna dans sa maison pour ouvrir l’enveloppe. Il y trouva un DVD qu’il s’empressa d’insérer dans son lecteur dernier cri.
A l’arrière-plan, un décor en carton représentant une plage de sable blanc. En fond, une musique joyeuse et une voix fredonnante. Devant le décor, une chaise et sur la chaise, une enfant brune attachée, le visage rougi de pleurs. Sa fille. Sa petite fille.
Une haute silhouette maigre apparut soudain à l’écran, le visage masqué d’une ridicule cagoule de Spiderman. La silhouette tenait à la main une tenaille.

Zaccagni retint un hurlement.

La silhouette s’avançait vers sa fille. Elle introduisait la paire de tenailles dans la bouche de sa petite fille. L’instrument fouillait un peu et son enfant poussait un cri de souffrance pure, Zaccagni voyait ses mains se tordre de part et d’autre de la silhouette en noir. Et puis il se redressait et montrait à la caméra, de sa main gantée, une dent. Une molaire. Dernier plan sur sa fille la bouche en sang gémissante de douleur. Rire fou incontrôlable. Puis plus rien.

Zaccagni se jeta sur l’enveloppe. Y trouva une dent. La molaire de sa petite fille chérie. Il releva des yeux terrifiés sur l’écran, vit qu’une pancarte était apparue, sûrement tenue devant la caméra par la silhouette noire.

« La prochaine fois, c’est une main. Ou un œil. Honore ta dette, amigo… et pas un mot aux flics ou quand il n’y aura plus rien à enlever sur ta fille, je trouverais ta femme. »

Même jour, même heure.
Tibère était assis à califourchon sur une chaise dans un hangar à l’écart de la Ville. La grande salle isolée était propre, le sol bétonné, les fenêtres obstruées. Face à lui, une autre chaise et sur cette autre chaise, la petite fille brune attachée et inconsciente. Il se leva lentement, tira de sa poche un chiffon grisâtre et essaya doucement le sang qui maculait le menton de la fillette.

Même jour, 16h.
L’employeur de Tibère lui avait fourni un téléphone portable et même si l’Empereur détestait cet objet, il était bien obligé de s’y plier. La sonnerie retentit, le tirant d’une rêverie obscure et sombre. C’était Don, par qui le patron passait pour toutes ses consignes. Mesure de sécurité, sûrement.
« Tibère ? Je sais pas ce que t’as foutu mais en tout cas le pauvre gars a rappliqué ventre à terre et a filé la thune. Maintenant, il veut sa gamine et il chiale comme un bébé, mon jean est trempé. Le patron demande que tu ramènes la petite au 44 Via Del Torero. Tu la déposes et tu te casses. »

17h.
Tibère était de retour à la maison. Don devait passer dans la soirée et lui ramener sa deuxième liasse de billets. Une de 5000 avant, une de 5000 après. Un long sourire de chat étira ses lèvres tandis qu’il lançait son album de Creedence et s’abîmait dans la musique.
Il n’avait pas de regret, pas un seul. Maintenant, il avait de l’argent, assez pour une bagnole d’occasion et pour vivre un peu. Si il en avait encore besoin, hé bien il proposerait de nouveau ses services, apparemment… il était plutôt doué. Et pour ce qui est du fait d’avoir torturé une petite fille… Tibère rouvrit les yeux et son sourire se transforma en un rictus de prédateur. Tant pis pour la gamine. Tant pis, comme il avait dit tant pis pour Kennedy, pour Elio, pour Zofia.
Tant pis pour le monde entier. Le rire hystérique et mauvais de Tibère l’Empereur résonna contre les murs et dans les appartements voisins les étudiants frissonnèrent.

(en mode carnage ou quoi)
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Dim 14 Juin - 13:59

9 juin.
Quand Tibère se réveilla sa première pensée fut pour un verre d’alcool. Il s’étira entre ses draps, grogna et se leva péniblement. Le cycle continuait, la roue tournait toujours et comme toujours, la période alcoolique revenait. Ça ne l’inquiétait toujours pas, Tibère savait qu’il s’en sortirait comme d’habitude, au bout de quelques temps. La dernière fois, à Sywhaid… Avec Annalda, Brise et Asa… Tibère secoua la tête. Il n’aimait pas repenser à Sywhaid. Ce trou pourri. Non, il se mentait, bien sûr, Mahalalel eut un jappement moqueur. Ils avaient été bien à Sywhaid. Mais Tibère ne regrettait pas d’en être parti, il avait fait une sortie magnifique, une sortie d’empereur, et il continuait comme un empereur ici dans sa Ville.
Seulement, certaines personnes lui manquaient. David et Claude. Zofia et Elio. Léola et Veronica, l’adorable Veronica. Même Logan et Asa qui le détestaient mais qui étaient des adversaires de choix, tout comme Mathys.
Tibère s’ébroua nerveusement, fit jouer les muscles de ses épaules et alla droit à la cuisine où il descendit un verre de rhum.

11 juin.
Tibère n’avait pas bougé de son appartement depuis sa folle incartade avec l’enfant. Il avait compté une fois les billets, les avait rangés. Il n’avait rien d’autre à faire qu’à acheter une voiture à Claude, après deux années à Sywhaîd l’argent ne lui semblait plus si… important.
Il buvait. Assis dans son salon devant la télé, il se contentait de boire en suivant les images d’un œil absent. Personne n’était passé le voir. Faut dire que Don, quand il était passé lui filer la deuxième liasse de billets, avait eu l’air plutôt choqué par les méthodes de l’Empereur. Torturer une enfant… ça, c’était plus de la folie d’adolescent tyrannique. Ça, ça relevait de la folie dangereuse et Don commençait à se poser des questions sur Tibère. Mais Don était trop naïf, trop candide. Il reviendrait, il passerait outre, il oublierait. Quand à Leon… le colocataire de Don avait déjà du être mis au courant de l’affaire mais cela n’inquiétait pas Tibère. Leon était… laxiste, oui. Il trouverait peut-être même ça drôle, ce con ! Tibère de son côté se mit à rire tout seul. Mais oui, Leon trouverait ça drôle ! Il s’en foutait de toutes ces valeurs, tout ça. Tibère l’Empereur qui torture une petite fille… Quelle importance ? Voilà ce que penserait Leon.

L’italien se leva lentement, vacilla un instant et finit par retrouver son équilibre pour envoyer un hibou à l’immeuble d’en face. Là où vivaient Leon et Don. Le hibou s’engouffra par la fenêtre et dix minutes plus tard, Leon frappait à la porte.
« Salut. »
« Et Don, il vient pas ? »
« Don avait pas envie de bouger. En plus, je crois qu’il veut que je jauge le terrain avant, il pense que t’es devenu fou. »
« Et toi, t’en penses quoi ? »
« Je pense que tu l’as toujours été. »


Leon éclata de rire et entra dans l’appartement.

15h30.
Les deux italiens descendirent du bus et se retrouvèrent devant le Velociclo. Un immense garage de voitures d’occasion. Là au moins, Tibère était sûr de trouver une voiture qui lui irait. Il avait pensé à racheter une Renault, une R5 rouge, mais… autant assumer jusqu’au bout et en trouver une autre. Le coup de racheter la même voiture, ça faisait un peu trop « camouflage de la bêtise ».
Ils entrèrent dans le parking, errèrent pendant presque une heure. Ils hésitèrent longuement devant une Ford Anglia noire, décidèrent qu’elle était trop petite. Passèrent devant un combi Volkswagen et Tibère se mit presque à pleurer en voyant qu’il n’avait pas assez d’argent. Et à la fin, jetèrent leur dévolu sur une Volvo (« elles nous poursuivent ! » dit Leon). Une Volvo 240 d’un rouge sombre, pas très chère, vieille et solide. Allez, on la prend.

C’est donc au volant de leur nouvelle voiture que les deux jeunes gens regagnèrent le quartier sorcier, tout fiers.

12 juin, 17h45.
La couverture glissa d’un coup sec du visage de Tibère. La lumière aveuglante le réveilla aussi sûrement qu’un seau d’eau glacée et il se redressa brutalement pour découvrir… Leon qui dormait comme un bienheureux et venait de réquisitionner la couette, mettant ainsi à sac la petite « tanière » de l’Empereur.
Il se leva en titubant, le crâne comme pris dans un étau. Quelle nuit, mes aïeux, quelle nuit ! Ils avaient été invités à une soirée monumentale chez un ami et étaient rentrés à pieds à 9h, le matin même, encore trop bourrés pour prendre la voiture. A peine entrés, ils n’évaient pu que s’écrouler l’un et l’autre dans le canapé. Et voilà qu’ils avaient dormi à deux. A cette pensée, l’intérêt de Tibère pour Leon reprit de plus belle. Et en plus, il résistait depuis plus d’un mois…
Tibère se pencha sur Leon et l’embrassa de force, l’empêcha de le repousser. Il lui saisit les poignets, les tenant étroitement.

22h.
Cette fois, le réveil fut plus doux.

23h30.
Les deux italiens firent leur entrée dans la maison de Wed sans complexe. Annoncèrent à la cantonade qu’ils sortaient ensemble et peu importent les rumeurs et tout ça. Rien à foutre.
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Lun 29 Juin - 18:09

13 juin, 13h32.
Tibère et Leon se réveillèrent en même temps. Ouvrirent les yeux et se sourirent. Et au moment où ils allaient s’embrasser gentiment, Leon explosa de rire.
« Mais merde, on dirait trop un couple gay-friendly, genre on est des gars romantiques nous ! »

Sans pouvoir s’en empêcher, Tibère éclata de son rire un peu fou. Il avait pas tort, Leon, c’était quoi ce réveil de couple ? Une pure lueur de méchanceté passa dans ses yeux bleus et avant que son amant aie pu la repérer et reculer, il agrippa ses cheveux noirs et lui enfonça la tête dans l’oreiller en dégageant la couverture.

14h25.
Tibère était dans le salon, fumait une cigarette en suivant d’un œil distrait les informations. Il leva un œil quand Leon fit son apparition d’un pas traînant, une grimace sur ses charmantes lèvres et la main au creux de ses reins.
« Espèce de sauvage ! »

L’empereur se contenta de s’esclaffer.

20 juin, 18h.
Tibère était assis à son bureau et s’apprêtait à écrire une lettre à Claude. Derrière lui, Leon était debout, torse nu et une serviette sur les cheveux. Dans le canapé se trouvaient Don et Wed.

« Ave !
Alors, on se voit bientôt hein ? Je suis actuellement avec Don, Wed et Leon et on s’apprête à organiser une méga grosse chouille pour fêter votre retour ! Hombres, je suis motivé à bloc !
Sinon, les nouvelles ? Vous venez avec Léola ? Et essayez de demander à Zofia si elle veut passer… Bon, trêve de sujets qui m’ennuient. Je sors avec Leon depuis un peu plus d’une semaine. Ha, et j’ai racheté une bagnole, j’ai claqué ta R5 dans un mur, Claude. Notre nouveau vaisseau de l’espace est rouge et c’est une Volvo (désolé, fais-toi une raison, la Renault tenait mal la route, à plus de 6 dedans on versait dans les virages, elle est mieux où elle est : au paradis des bagnoles)
Répondez-moi vite ! même si vous arrivez bientôt, je suis trop impatient »

Tibère reposa son stylo et eut un sourire satisfait. Les deux autres allaient venir, ils allaient passer une partie de l’été avec lui puis repartir. Et même s’ils lui manquaient, c’était mieux comme ça. Ils avaient besoin de se retrouver à trois, mais ensuite ce serait mieux qu’ils s’éloignent un peu. Pour le moment.
Tibère veillait sur Rome, Claude et David veillaient sur Sywhaîd. Sur les gens qui étaient devenus ses amis, ses ennemis. Sur son fils. Lui ne pouvait pas le faire, il devenait trop dingue enfermé là-dedans.
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Lun 29 Juin - 18:09

22 juin, 12h30.
Tibère était très agité. Il n’avait pas reçu de nouvelles des empereurs depuis sa dernière lettre et était impatient de savoir où ils en étaient du trajet, si ils arrivaient bientôt… Il ne pouvait s’empêcher de marcher partout dans son appartement et finit par aller faire un tour dans le quartier. Il avait gardé son verre à la main mais le buvait lentement pour avoir du whisky le plus longtemps possible.
Un bruissement d’ailes attira son attention et il se décala juste avant que le hibou qui descendait vers lui ne lui fasse renverser le précieux liquide. Une lettre de Claude et David ! Fébrile, il l’ouvrit et lut rapidement :

« La Brume ne s’est pas ouverte. Elle est restée fermée, on est coincés à l’intérieur et on sait pas quand elle se rouvrira. »

Juste ça. Tibère resta les yeux fixés sur le bout de papier, le souffle court. Le hibou lui donna un coup de bec pour avoir à manger et Tibère vida son verre d’un trait, attrapa le volatile et lui brisa les deux ailes. Puis il le laissa se traîner sur le sol et rentra d’un pas lent vers son appartement.

Le soir-même il partit seul en voiture, se retrouva dans une soirée de non sorciers à quelques kilomètres de la ville, se battit avec pas mal de gens, se retrouva dans un état assez lamentable et finit dans le lit d’une fille qui l’insulta quand il partit le lendemain matin.
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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Dim 19 Juil - 16:35

23 juin, 11h30.
Tibère gara la voiture devant son immeuble et resta quelques instants au volant, le front appuyé sur ses mains. Il était épuisé, il se sentait minable et pour couronner le tout, il avait envie d’un verre. Il avait besoin d’un verre. Cette nuit… il avait trompé Leon, et même si ce n’était pas le genre de choses qui le troublaient, il se sentait mal. Et cette fille, cette pauvre fille démolie qui l’avait traité de salaud quand il avait quitté la chambre… C’était pitoyable.
Tibère faillit se mettre à pleurer, mais il se retint. Il fallait qu’il se retienne, qu’il se maîtrise. Hé bien, Claude et David ne seraient pas là cet été, et alors ? C’était terrible, il se sentait abandonné et avait peur de ne plus jamais les revoir, parce que si cette garce de Brume ne voulait pas s’ouvrir… Mais il devait se tenir.
Il finit par sortir de sa voiture et remonta dans son appartement où il alla se coucher.

Il finit par annoncer à Leon qu’il l’avait trompé. Et alors même qu’il pensait, assez tristement il faut dire, que leur relation était finie, Leon avait éclaté de rire et s’était empressé de faire de même sous le nez de l’empereur. Puis la question avait été close.
Il avait aussi finit par accepter l’absence de ses deux amis, même si parfois des crises de rage le reprenaient parfois. Il s’était remis à boire trop sans que personne puisse l’en empêcher et avait réussi miraculeusement à échapper aux emmerdes. Pas de bagarres trop graves, pas de flics ni de boulot louches, pas d’accidents de bagnole.

15 juillet.
Mahalalel releva brusquement son long museau effilé. Il y avait quelqu’un derrière la porte. Elle tourna la tête vers Tibère, le regarda dormir. Une de ses oreilles rousses et immenses se dirigea vers le couloir. Elle entendait bouger et de sous la porte le rai de lumière était entrecoupé par quelqu’un se déplaçant. Très lentement, les sens en alerte, le chacal se leva et trotta vers l’entrée. Mais la Corde était trop courte, et de toute façon l’intrus s’éloigna rapidement.

Quand sa moitié se réveilla, elle lui en parla, et même si Tibère se moqua gentiment en la traitant de paranoïaque, elle le sentit sur ses gardes.

Douze jours plus tard, Tibère trébucha de nouveau.

27 juillet, 22h30.
Le papier avait bien pris. Tibère le déposa délicatement sous le sac poubelle et coinça la porte du local. Il se trouvait dans le hall d’un immeuble dans un quartier de banlieue de Rome, un quartier qu’il ne connaissait pas et où personne ne le connaissait. Rapidement, il sortit du hall et se posta devant le bâtiment, attendant de voir.
Les poubelles avaient pris. Il se mit à sourire en entendant enfler le ronflement puissant du feu. Bientôt, le hall s’illumina d’une lueur orangée. Il se concentra, les yeux fermés et l’esprit lancé vers le feu, là-bas, le feu qui se liait à sa dominance élémentale. Le brasier se mit à enfler et monta dans les escaliers, prit d’assaut les appartements. En une dizaine de minutes, aidé par Tibère, le feu avait commencé de dévorer l’immeuble entier et personne n’avait eu le temps de réagir. Un hurlement jaillit d’une fenêtre, tellement aigu qu’il en devenait insoutenable. Une femme réussit à sortir et Tibère la vit débouler par la porte en éteignant les flammèches qui prenaient sur son pyjama de coton. Il éclata de rire et la longue chevelure blonde de la femme se mit à flamber.
Les pompiers mirent exactement quatorze minutes à arriver, depuis le moment où le feu avait vraiment commencé. Dans ce laps de temps, sept personnes avaient été prises par les flammes et quatre d’entre elles étaient mortes. Tibère avait vu les pompiers les emmener, enveloppées dans un emballage comme des objets, et il s’était dit que c’était lui qui les avait tuées. Ça l’avait calmé. Ça l’avait même, pour tout dire, rendu beaucoup plus serein et même Mahalalel n’avait rien dit. Mahalalel savait que Tibère allait encore une fois devenir fou, qu’il allait encore une fois déconner sévère. Et qu’elle ne pourrait rien y faire.

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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Lun 10 Aoû - 20:06

29 juillet, 2h du matin.
Tibère était seul dans son appartement. Mahalalel dormait et lui était en pleine forme. Depuis l’épisode de la cour, depuis que Tibère lui avait cassé la patte, ils étaient étrangement dissociés. Elle ne lui en voulait plus et ils s’aimaient. Mais ils n’étaient plus en phase, ils ne vivaient plus en même temps. Leur Corde d’Argent s’était même distendue d’elle-même, pas de beaucoup, mais le fait est que c’était arrivé. Ils n’en parlaient pas. Pas la peine, hein ? Qu’est-ce qu’ils auraient pu se dire ? Que c’était bien dommage ? En plus, ils ne le pensaient même pas.
Donc, Tibère était seul, complètement seul pour une fois. Il était totalement nu, couché sur le canapé. Une feuille blanche, posée sur son ventre, et un crayon dans la main. Il écrivait. Dans son esprit se bousculaient des scènes, des dialogues et des idées, et il les mettait sur papier. C’était bien la première fois qu’il débordait comme ça de cette excitation créatrice, de ces idées. Haletant presque, il se leva et marcha de long en large, balançant les bras et secouant la tête. De temps en temps une parole lui échappait et il se mettait à marmonner. Sans trop réfléchir, il accrocha au mur de son salon une grande feuille blanche et recula pour la contempler.

Dans l’immeuble d’en face, celui où vivaient en colocation Leon et Donnaio, habitait un jeune couple. Leur fenêtre était fortuitement située en face de celle de Tibère l’empereur, de l’autre côté de la place. Cette nuit-là, après s’être consacrés à de nocturnes activités, le jeune couple se retrouva accoudé à la-dite fenêtre et eut ainsi tout le loisir d’observer la scène qui se déroulait en face. Se découpant dans le rectangle éclairé de la fenêtre de son salon, Tibère, complètement nu, s’agitait face à un mur. Il était manifestement en train de s’acharner sur quelque chose hors du champ de vision des deux observateurs, et un liquide rouge sang coulait le long de ses avant-bras. De longues traces noires balafraient son ventre et il arborait une érection de tous les diables. Ayant pris connaissance de ce dernier détail, la fille détourna les yeux et demanda du bout des lèvres :
« Qu’est-ce qu’il fait, à ton avis ? »
« Mon avis, c’est qu’il vaut mieux pas savoir. »
répondit son homme d’un air dégoûté.
Et les deux se détournèrent et regagnèrent leur lit.

Tibère était maculé de peinture des pieds à la tête et dans un état d’excitation considérable. Face à lui, la feuille blanche était striée de noir et rouge en un dessin d’une violence indescriptible. Il avait dessiné l’incendie de l’immeuble, avec la femme qui s’était embrasée, mais les formes étaient fondues, presque méconnaissables. Seule restait la colère, ce déchaînement explosif. Tibère était fier de lui. Baissant les yeux, il examina les traces de peinture qui le couvraient, jeta un coup d’œil à son sexe et ricana.

Même jour, 10h22.
« Héé, c’est toi qui a fait ça ? C’est trop bien ! »

Tibère se redressa en sursaut sur le canapé, les jambes encore entortillées dans sa couette, les yeux tout collés de sommeil. Son pote Donnaio était là, debout au milieu du salon, les yeux fixés sur la feuille peinte qui était encore accrochée au mur. Tibère, en tant que propriétaire des lieux, posa la légitime question :
« Mais qu’est-ce que tu fous là ? »

Donnaio lui fit un large sourire et désigna la porte du pouce.
« C’était ouvert, je voulais voir ce que tu faisais. »

Il ne se troubla pas le moins du monde en regardant Tibère se dégager de la couette, révélant un corps nu barbouillé de peinture séchée. Souriant, il topa dans la main de son ami et le laissa enfiler un bermuda, retournant à la contemplation de la peinture. Même si le support était mauvais (une simple feuille blanche), il était fasciné par elle. Peut-être parce que c’était Tibère qu’il l’avait faite, ou parce qu'il avait le sentiment de quelque chose de plus profond, quelque chose qui touchait à ses sentiments. Mal à l’aise, il finit par se détourner et découvrit Tibère qui le regardait avec un rictus moqueur.

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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Lun 31 Aoû - 16:03

22 août, 15h.
Leon était étendu sur le canapé. Sur ses jambes, la tête reposant sur son ventre, Tibère était absorbé par la télévision, bercé par la main de son amant lui caressant les cheveux. A leurs pieds, Mahalalel dormait. Derrière eux, accrochées sur le mur, des dizaines de peintures faites par Tibère, débauche de couleurs et de formes incompréhensibles et malsaines. L’heure était à la sérénité et au calme, et tant pis si le tableau était cliché.
Leon finit par sortir de sa torpeur pour allumer une cigarette et Tibère releva la tête pour l’observer avec un sourire fin. Ils étaient bien à deux : Leon se foutait de ses conneries et le laissait faire, il était au moins aussi indépendant que lui. Il avait un humour débile mais terriblement rafraîchissant et ne demandait rien d’autre à son petit ami que de l’étonner et de ne surtout pas devenir monotone. Il avait bien trouvé Tibère. Et au moins, ils ne risquaient pas de se retrouver avec un gosse sur les bras, sauf erreur.
Son sourire se troubla et Leon le remarqua. Il se pencha sur Tibère et lui demanda avec gentillesse :
« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Tibère hésita. Finit par cracher avec un rictus :
« J’pensais à Zofia. Et à mon fils. »

Le visage de Leon se ferma. Zofia, la fille qui était là avant, et son fils. Celle qui rattachait Tibère à une autre vie, avant et loin d’ici. Il ne la connaissait pas, mais il la détestait, parfois. Leon avait beau être laxiste, indépendant, tout ce que vous voulez, il tombait salement amoureux de Tibère, et il détestait l’idée qu’il ait aimé une fille avant lui. Et eut un enfant avec. Un enfant, une trace vivante de cet amour, un petit gosse qui ressemblerait à Tibère et à la fille mélangés. Enfoiré de gamin.
Tout ça, c’était des pensées idiotes, mais Tibère lisait sur son visage comme dans un livre. Il se redressa et murmura à Leon :
« Tu les détestes, hein ? »
« Ouais. »


Leon avait presque crié, hostile. Tibère répondit par un sourire satisfait. Si Leon était en colère et s’il se sentait menacé… voilà qui présageait d’intéressants moments, surtout si Zofia descendait à Rome dans les prochains mois.
Il posa sa main sur la nuque du jeune homme et serra, lui arrachant un cri de douleur et un regard affolé. Se pencha sur lui et l’embrassa tendrement avant de lui murmurer à l’oreille :
« Entretiens bien ta colère… de si beaux sentiments ne se laissent pas passer aussi facilement… »
Et de le lâcher avec un éclat de rire.

Il aimait Leon. Juste comme ça, un vrai amour un peu sadique, pas tellement fidèle et plutôt agréable. Il était bien avec lui, à Rome et loin de Sywhaîd.

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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Ven 4 Sep - 15:07

4 septembre, 12h.
Pour ceux qui étaient encore en âge d’aller à l’école, la rentrée avait eu lieu depuis 3 jours. Un peu moins dans les quartiers non sorciers, mais en tout cas… le quartier sorcier était de nouveau rempli. Sillonné par des groupes d’étudiants et de lycéens, les restaurants pas chers étaient pris d’assaut le midi et les immeubles de nouveau remplis. Des jeunes de toute l’Italie affluaient à Rome, précisément dans ce quartier, et il fallait les loger.
A l’école de magie de Rome, les élèves étaient logés à l’école jusqu’à leurs 15 ans. Là, ils avaient la possibilité de loger hors des bâtiments scolaires, d’où la floraison d’immeubles étudiants tout autour de la place principale, la plus animée du quartier. Une longue rue en pente, émaillée d’escaliers, partait de cette place et montait jusqu’à la majestueuse école, un bâtiment construit dans le plus pur style Versailles et visible de tout le quartier. Tout le quartier s’organisait autour de cette place, ces escaliers et cette école. Dans les petites rues au bas du quartier, juste après le pont qui permettait d’y accéder, on trouvait des magasins, des boutiques de souvenirs et un joyeux bordel. Le long de la rue en escaliers, des maisons plus riches, des jardins et galeries. Autour de l’école, un immense parc bordé de prestigieux hôtels et restaurants.

Il était midi et Tibère se trouvait dans un petit restaurant à l’ambiance bon enfant, surtout fréquenté par des étudiants et des élèves. Il retrouvait avec joie cette animation, cette perspective de soirées animées et de journées plus vivantes. Lui au moins n’allait pas en cours, il était tranquille et son seul souci était qu’il allait devoir, dans peu de temps, retrouver un boulot. En parler à Donnaio.
Il était assis à une table ronde et mangeait tranquillement en sirotant un verre de calva quand débarqua dans son champ de vision un jeune type vêtu de l’uniforme de l’école de magie, comme tous les potes qui l’accompagnaient.
« Salut Tibère ! On peut s’asseoir ? Y’a plus de places… »

Passant outre l’air un peu mal à l’aise de quelques-uns de ses amis, le gars s’assit et fut bientôt suivi des autres. Tibère se retrouva entouré. Il cherchait encore le nom du petit mec, tout ça… et l’autre s’en aperçut. Sans sembler s’en offusquer, il précisa :
« Je suis Francisco, tu sais ? Le petit frère de Julio, il était dans ta classe au bahut. »

Ha, oui. Là, ça revenait. Tibère hocha doucement la tête, jeta un coup d’œil aux autres et décida de faire l’effort de se lancer dans une conversation avec Francisco. Ses potes avaient tellement l’air de sombres idiots apeurés que ce serait rendre un service à ce gamin que de lui offrir une vraie conversation. Et puis, ce gosse était sympa. Gentil, pas facilement choqué et d’une intelligence acérée. Tibère savait que depuis son entrée à l’école, il était dans les meilleurs, voire même le meilleur, et ce chaque année.
Au moment du dessert, ils en étaient justement à parler de ses résultats. Fin heureux, Francisco racontait à Tibère la surprise qu’on lui avait faite dès la rentrée :
« Vu que c’est ma dernière année et qu’après ça je me spécialise dans la magie canalisatrice, les profs ont décidé de récompenser mes supers résultats… Et du coup, je suis invité à un colloque, t’imagines ? Ici, à Rome, dans un hôtel genre 28 étoiles, enfin j’vais m’croire à l’Elysée quoi. »
« L’Elysée ? »
« Ouais, la maison du président en France. Parait qu’il a la folie des grandeurs, c’est pour ça que je dis ça. »


Tibère accorda un rire à la blague, laissa du liquide sur la table et se leva en concluant :
« Hé ben, j’espère que tu vas t’amuser avec ces messieurs les scientifiques… Tu me diras ce que donnes la bouffe de ton super hôtel ? »
« Ouaip ! C’est le Kolbe, celui qui est collé au parc du bahut, ça gère hein ? Il paraît qu’il est trop cool, je suis jamais entré dedans ! »

Tibère rit un peu, se détourna et sortit du restaurant, oubliant cette histoire de Kolbe et de colloque.

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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Mar 22 Sep - 17:04

David et Claude avaient filé en Italie dès que la tante de Claude leur avait envoyé de l’argent pour l’avion. Ils n’avaient même pas pris le temps de faire des bagages corrects, avaient filé immédiatement sans se poser de questions.
Les voici donc, sur le pont. En face d’eux, la place étudiante assez fréquentée à cette heure. David n’était pas revenu à Rome depuis deux ans. Il était… effrayé à l’idée de tous les revoir, de débarquer alors qu’il avait tué quelqu’un et que tout le monde le savait. Ils avancèrent lentement. Autour d’eux les regards se faisaient lourds au fur et à mesure que les gens les remarquaient. David pâlissait à vue d’œil et le visage de Claude se durcissait.
Un de leurs anciens camarades de classe se détacha soudain d’une grappe d’étudiants. Marcha lentement vers eux alors que les empereurs se préparaient à n’importe quoi et… serra la main de David avec un sourire et un mot de bienvenue. Immédiatement, l’ambiance se détendit et les deux finirent par arriver à la porte de l’immeuble.

Ils entrèrent sans frapper et sans dire un mot. Tombèrent face à Tibère, seul, couché dans le canapé un grand sourire aux lèvres. Ils se regardèrent un moment, puis dans un même mouvement traversèrent la pièce et s’étreignirent en silence.
Ils restèrent ainsi longtemps.

La suite ne fut qu’une longue discussion, enfin entre eux trois réunis. La nuit tombait dehors, des cris résonnaient sur la place et ils étaient assis dans les fauteuils à fumer et boire en parlant.
Ils parlèrent un peu de leur voyage, du trajet et de banalités. Puis Claude lança :

« Hé, Tibère, tu vois Brise ? La fille qui t’a douché ? »

Il se moquait gentiment.

Tibère : « Hum ouais. Une impératrice, ça fait aucun doute. »
Claude : « Oh ouais… Je l’ai rencontrée au bord du Loch. On s’est tout de suite bien entendus.
David : « Notre ami Claude a pris des libertés avec Léola. »
Tibère, applaudissant : « Bravo ! Enfin un peu d’action du côté de notre petit couple tranquille ! »
David : « Le retour de Claude l’éternel indécis. »
Claude, protestant : « C’est pas que je sois indécis, j’les aime toutes les deux. »
Tibère : « Brise, en plus ! Si c’est pas magnifique… »
David, le coupant : « En parlant de ça, paraît que Zofia sort avec Tancredi. »
Tibère : « Un couple parfait ! »

Il éclata de rire.

Claude : « Et toi, Leon ? »
Tibère : « Il est parfait, lui aussi. Suffisamment jaloux pour que je m’amuse à le faire souffrir, suffisamment lucide pour ne s’étonner de rien et puis… assez amoureux pour me passer tous mes caprices. »

Les deux autres approuvèrent silencieusement sans aller plus loin. Tibère n’était pas amoureux de Leon, ils le savaient et poser la question était inutile. Mais il semblait bien avec lui. Un moment de silence s’installa, jusqu’à ce que Claude relance :

« Au fait, comment t’as tué ma bagnole ? »

Tibère : « J’étais bourré. Je l’ai claqué dans un mur, t’aurais vu l’état de la p’tite R5 ! Je t’avais toujours dit qu’elle était pas solide."
Claude : « ‘Tain sérieux Tibère, t’as déconné, j’adorais cette caisse ! »
Tibère : « Arrête un peu, elle était marrante mais quoi, elle tenait pas la route ! On pouvait même pas aller dans le sud tellement on avait peur qu’elle meure sur le chemin… Maintenant, on a une bonne grosse Volvo bien robuste ! »

Claude se rendit en silence à ses arguments. Ils se servirent du vin et Tibère se leva pour aller mettre de la musique.
[Funky Shit – The Prodigy]

Tibère : « Hé bien, puisque les empereurs sont enfin réunis dans la grande ville éternelle… »

Comme s’ils n’avaient attendu que ça, les regards de tous se mirent à briller.

David : « Allons-y. »

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MessageSujet: Re: Nouvelles de Tibère   Jeu 29 Oct - 21:03

Les deux autres étaient repartis.
Ils étaient inquiets, parce que Tibère avait été assez instable, il avait beaucoup parlé de la liberté et du pouvoir, il avait été un vrai tyran mais… fragile. Il pleurait beaucoup, se cognait dans les meubles et courait se battre à la moindre occasion.

Quand ils étaient repartis, Tibère était tombé dans un mutisme buté, entrecoupé d’éclats de colère. Il avait martyrisé Leon, frôlé l’accident de voiture, fracassé le crâne d’un chien errant, fait n’importe quoi, en gros.

Et voilà, le 18 novembre.

"Un jeune homme de 25 ans a été retrouvé mort dans une rue isolée du quartier sorcier de Rome. Selon des témoins la victime, connue pour déclencher régulièrement des esclandres et s'être rendue coupable de plusieurs actes de vandalisme, s'est violemment empoignée avec un passant. L'homme, âgé de 32 ans, lui a porté plusieurs coups de couteau à la poitrine et l'a laissé pour mort. Appréhendé par la police, il a avoué son crime et sera jugé dans les prochaines semaines."

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