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 Amstramgram(me) d'ecstasy!

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Dim 5 Avr - 12:11

(sorry pour le titre)

Le sol du laboratoire vira au rose, le plafond au jaune. Puis tout frémit à nouveau, avant de revenir à la normale. Une normale un peu trouble, un peu mouvante. Zofia sentit ses muscles se relâcher. Elle reposa un peu brusquement le bol qu'elle tenait sur la paillasse en face d'elle, et d'un coup de pied maladroit, referma le coffre-fort. Le claquement résonna, assourdissant, dans sa tête douloureuse. Elle avait retiré le foulard coloré qui lui couvrait la tête quelques instants plus tôt, découvrant une blessure en train de cicatriser. Ce pour quoi elle était obligée de s'assommer à coup de substances illicites... Enfin, ça, c'était ce dont elle essayait de se convaincre. Sa conscience était la seule personne à laquelle elle ne pouvait que mal mentir. D'ailleurs Kayisa la fixait à présent avec des yeux pleins de colère et de pitié. Mais cela faisait un moment qu'elle avait renoncé à empêcher sa moitié de s'anesthésier l'esprit. Trop de problèmes à gérer en même temps, sentiment d'échec, déceptions accumulées. Elle perdait pieds. Ou avait recours à ce genre de choses pour éviter de perdre pieds, justement. Elle ne savait plus trop, en fait. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'avec un peu de telle ou telle racine mélangée à telle essence de plante, elle se garantissait quelques heures de mieux-être. Au prix de quelques neurones. C'était honnête.

Zofia s'assit sur un tabouret, posant ses pieds sur le barre transversale, et fixa le vide, chantonnant distraitement les premières mesures d'un air de la Flûte Enchantée. Elio était chez Mamie Cathy, qui s'en occupait volontiers. Elle était une mauvaise mère, d'abandonner son enfant comme ça tout le temps. Mais au moins ignorerait-il ses moments de faiblesse.

Elle poussa un soupir de soulagement en sentant le produit se diffuser dans son organisme. Dans quelques minutes, elle n'aurait plus mal au crâne. Et pourrait se plonger tranquillement dans sa torpeur. A moins qu'elle ne décide de travailler? Après tout, elle avait un rapport à rendre dans quelques semaines, et il fallait qu'elle ai des résultats à y inscrire...

(Mary?)

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Marybeth Norton
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Lun 6 Avr - 12:34

[Moi je l'aime le titre ^^]

Chacun sa merde.

C’était à peu près ce que Mary avait eu envie de répondre à Mathys quand, durant une de leurs rares discussions qui ne dégénéraient pas, lui avait dit qu’il s’inquiétait pour Zofia. Après tout, elle en avait à la pelle des ennuis, elle, et elle ne demandait à personne de l’aider. Elle devait gérer Josh, accepter qu’il voie Connor, apprendre à son fils comment agir avec son père, et ce qu’était un père, faire attention que Fred ne se sente pas délaissé dans cette nouvelle cellule familiale, essayer de réparer son couple, soigner Rozen et continuer ses recherches malgré tout. En plus de ça, elle venait de recevoir une lettre de Juliet lui annonçant que Will s’était fait la malle de son hôpital, et lui ordonnant de le dire si elle savait où il était, pour son bien. Sauf qu’elle ne savait pas. Elle était à peu près sûre, même si sa sœur ne le disait pas, qu’il s’était échappé grâce à une de ses lettres, sauf qu’elle n’avait de nouvelle d’aucune des personnes qui avaient accepté de le recueillir en cas de besoin, alors qu’ils lui avaient tous promis de la contacter si Will les appelait. Elle commençait à s’inquiéter. Ca faisait trois jours que Will s’était enfui, s’il n’avait contacté personne, c’était peut-être qu’il avait eu un ennui ou avait fait une connerie. Après des années sans plus avoir la responsabilité d son frère et de sa sœur, ça lui revenait en pleine tronche version trois mille et ça n’était pas fait pour l’aider à compatir aux problèmes des autres.

Mais Zofia était Zofia. Une amie. Depuis longtemps. Et Marybeth avait toujours eu tendance à aider les gens qu’elle aimait, parfois trop, les rendant dépendants, comme pour Will. Alors, elle utilisait les quelques heures qu’elle avait de libre à payer une petite visite à son amie, plutôt qu’à se détendre pour une fois. Elle frappa deux coups et, comme à son habitude, entra directement dans le labo. Elle portait une robe légère, blanche imprimée de fleurs violettes, par-dessus laquelle elle avait enfilé son pull informe gris/marron, long et déformé par sa grossesse et par le temps, qui lui permettait de supporter la fraîcheur écossaise. Elle avait remonté ses cheveux, de nouveau bruns, avec un crayon qui traînait et elle portait de grosses baskets usées jusqu’à la corde.

« Salut ! J’ai apporté du thé et des gâteaux ! » dit-elle sur un ton joyeux.

Elle s’approcha et remarqua rapidement que Zofia n’était pas dans un état tout à fait normal. Quand votre frère carbure aux joints et à l’héro à douze ans, vous finissez par avoir quelques réflexes. Elle ne montra cependant pas ce qu’elle en pensait, elle savait que ça n’était pas comme ça qu’on réglait quoi que ce soit, mais elle ne put s’empêcher de penser à Elio, qui commençait tout de même une vie sous un signe assez déstabilisant : un père fou, une mère qui avait tendance à se shooter… Bienvenue sur terre petit Elio…

« Comment ça va ? » demanda-t-elle tout en déposant ce qu’elle avait apporté (fait de ses blanches mains, pour une fois qu’elle avait eu du temps) sur une table libre.

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Sam 11 Avr - 20:24

Zofia non plus n'avait demandé à personne de l'aider, et elle aurait vraiment détesté que quelqu'un la voit dans l'état où elle était actuellement.

Sauf que paf! Il fallait que le sort s'acharne contre elle. Au moment où elle commençait vraiment à se détendre, quelqu'un entra. Marybeth. Avait-elle frappé? La rouquine ne l'avait pas entendu. C'était le problème, avec ce mélange. Soit elle entendait tout très fort, soit tous les sons étaient atténués. Il faudrait qu'elle bosse là-dessus.

Elle s'efforça de sourire. Le résultat ne devait pas être brillant, car elle ressentait l'exaspération de Kayisa, qui se dirigea vers Marybeth pour l'accueillir, mais trébucha en cours de route, et finalement, décida de ne pas enfoncer davantage sa moitié humaine, et remonta se planquer sur une étagère. Le ton joyeux de Mary faisait mal à la jeune femme. Allez savoir pourquoi. Elle sentait confusément que c'était faux. Ou qu'elle ne l'analysait pas de la bonne manière.

Se lever. Pour accueillir quelqu'un, on se levait. Enfin il lui semblait. A moins que? Non, ses parents lui avaient toujours dit de faire ça. Oui, mais il lui avaient aussi dit de se marier à un jeune homme de bonne famille et de pondre un héritier. Loupé. Bref. Pas le moment. Debout, Zofia. Merde, pourquoi ses jambes tremblaient. Envie d'une clope. Pas grave. Let's go.

« Cool. J'ai faim! »

Et une phrase encore plus stupide, tu n'as pas? Ahlala, faut tout faire toute seule ici. Vlà qu'elle se dissociait, maintenant. Elle allait avoir super mal à la tête quand elle redescendrait. Elle n'avait pas envie. D'avoir mal à la tête? De redescendre? J'sais pas. Les deux. Ou aucun. Mince. Mary lui avait posé une question. C'était quoi, déjà? Comment va? Ah! Merci, Kayisa...

Elle sentait le regard désapprobateur de son daemon posé sur elle. Et Mary, elle allait en penser quoi? La rouquine découvrit qu'elle s'en fichait éperduement. Mary n'était pas sa mère. Elle risquait de la fuir, de la mépriser? Mouai. Là tout de suite maintenant, le mépris lui semblait une notion extrèmement lointaine et abstraite...

Elle avait la bouche pâteuse. Elle s'assit devant la table où la botaniste avait posé son plateau, et essaya de former une phrase construite. Le mélange n'agissait pas aussi fortement, d'habitude. Elle devait être vraiment fatiguée.

« Ca va. Enfin. Relativement. A peu près, quoi. Tu vois... »

Pas de « et toi », pas de sourire. En fait, Zofia avait presque déjà oublié ce qu'elle venait de dire. Elle promena ses yeux sur Mary quelques secondes, sans sembler vraiment la voir, avant de reporter son attention sur les gâteaux, sans pour autant oser en prendre un.

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Marybeth Norton
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Ven 17 Avr - 10:28

L’expérience avait permis à Marybeth de voir d’un simple coup d’œil les traces de la drogue chez son amie… Mais il aurait fallu être un abruti complètement aveugle pour ne pas les voir par la suite. Le daemon qui titube, l’humaine qui n’a pas un équilibre très certain, les réponses décalées et pas vraiment « normales » (en général on renvoyait la question « ça va ? » par exemple) et l’expression un peu… comment dire ? déphasée. Tout ça sentait la drogue à plein nez. Sauf que Marybeth était sûre que c’était pire que ça, que Zofia avait fait son propre mélange. Pourquoi c’était pire ? Et bien, en plus de se droguer, elle était son propre dealeur, ce qui rendait les choses bien plus compliquées… mais aussi bien plus tordues. Se saouler un coup était assez nul comme réaction à un problème, distiller son propre alcool et remplir sa cave était encore pire. C’était pareil pour les drogues. Mary soupira.

Elle avait toujours un sourire sur le visage, mais c’était un sourire fatigué. Elle n’avait pas envie de faire comme si de rien n’était. Elle savait que c’était la solution la plus facile, et peut-être la plus intelligente, faire comme si de rien n’était puis en reparler à Zofia quand elle ne serait plus sous l’influence de la drogue. Elle avait eu assez de disputes avec son frère quand il était dopé pour savoir que ça ne menait à rien. Sauf qu’elle n’avait pas envie de revenir. En fait, elle avait bien envie de s’en laver les mains. Qui l’avait désignée mère de substitution de tout Sywhaîd ? Personne ! Elle pouvait tout à fait laisser Zofia se débrouiller, elle était adulte, merde elle était même plus vieille qu’elle ! Personne ne lui en voudrait si, cette fois, elle ne jouait pas à Super Mary qui gérait tout… Et puis, franchement, elle en avait eu assez des drogués dans sa vie. Elle savait comme c’était dur de gérer ce genre de façons d’agir, elle savait comme on pouvait se sentir impuissant, comme on se mettait soi-même en danger, et n’avait pas envie de retomber là-dedans. Merde, pour une fois, elle ne pourrait pas être un peu égoïste ? Juste un peu ? Après tout, elle avait ses propres problèmes, et elle devait les privilégier, elle devait s’occuper de son fils dont le monde venait d’être complètement bouleversé, ça devait être sa priorité !

Pourtant, elle sortit bien des tasses, et les remplit de thé avec un air un peu las. Si Zofia avait été dans un état normal, elle aurait sûrement remarqué que Mary n’était pas dans son assiette, mais vu comme elle était dopée, ça n’était pas sûr qu’elle voie quoi que ce soit. Mary fit ensuite signe à Zofia de se rassoir et s’assit elle-même. Elle tendit la panière où se trouvaient les petits gâteaux qu’elle avait faits, avant d’en prendre un elle-même. Le thé était un thé fruité, aux fruits rouges, délicieux, et l’américaine trempa tranquillement un de ses petits gâteaux dedans. Elle voulait dire à Zofia à quel point ce qu’elle faisait était « mal », et surtout à quel point ça risquait de bousiller son fils, et faire du mal à ses proches, mais elle ne dit rien, elle n’y arrivait pas. C’était trop dur. S’occuper encore de quelqu’un, se mettre encore en danger… Parce que quand on aidait quelqu’un, on se mettait toujours en danger, c’était toujours comme ça, Mary le savait, d’expérience.

« Où est Elio ? » demanda-t-elle, en essayant de poser la question avec le plus de naturel possible et le moins de sous-entendus et de reproches possibles, ce qui n’était pas évident, mais elle s’en tirait plutôt pas mal en fin de compte…

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Jeu 14 Mai - 16:41

Mary n'avait jamais parlé à Zofia de son frère. En fait, la rouquine avait toujours su que le sujet « famille » était proscrit, et à part ce que son amie avait bien voulu lui dire sur le procès qui l'avait opposé à ses parents, elle n'en savait pas grand chose. De toute façon, dans l'état dans lequel elle se trouvait, et malgré son super cerveau, la française n'aurait certainement pas fait le lien entre ce frère, sa tête à elle, et la tronche que tirait Marybeth tandis qu'elle la faisait s'installer et lui servait du thé et des gâteaux.

La rouquine paraissait s'être reprise, passée la surprise de recevoir de la visite. Elle savait, confusément, que Mary savait. Au fond d'elle, une petite voix lui disait qu'elle était lamentable, pathétique, tout ça, tout ça. Certes. M'enfin là présentement, elle aurait eu du mal à redevenir sobre tout d'un coup. Il y avait bien un sort pour nettoyer le sang, mais ça faisait mal. Et c'était pas vraiment très... ethétique. Un sacré manque de classe, même. Bons, ces gâteaux.

Elio...


« Il est avec Cathy. Elle a accepté de le garder. J'avais besoin d'être seule. Pour bosser. »


Avant qu'elle ait le temps de se mordre la langue, elle s'entendit ajouter, avec un rire un peu triste, un peu grinçant:


« Bon, ok, pas que pour bosser. »


Un léger haussement d'épaules.


« J'suis nulle, hein? En plus je le cache mal. C'pour ça que je préférerais que personne ne sache. »


Elle savait qu'elle pourrait avoir confiance en Mary. Passé les première secondes, la drogue avait un effet relativement doux et diffus. Elle pouvait se remettre à réfléchir un peu. Et le fait de manger et de boire lui faisait du bien, aussi.

« J'dis pas ça pour faire pitié. Tu me connais assez bien pour savoir que c'est le genre de trucs auxquels j'accorde pas beaucoup d'importance. Juste... Pas envie que quelqu'un puisse parler de ça devant le gamin. J'veux pas le traumatiser. Il a déjà son père pour ça. J'ai mes névroses, mais j'veux pas être comme lui. Ce serait... dégradant... »

Elle s'écoutait parler comme si elle avait été un peu « à côté ». C'était bizarre. Finalement elle haussa les épaules, et regarda Mary dans les yeux, avant de déclarer:


« J'suis désolée que tu me vois comme ça. Le grand déballage c'est pourtant pas mon truc ».


Elle avait perdu toute la prestance aristocratique qui caractérisait d'habitude sa manière de parler et d'agir. Pourtant, elle demeurait plutôt maîtresse d'elle-même. Kayisa avait cessé de tituber, et elle-même avait un ton plutôt neutre et détaché. Rien de larmoyant. Juste... décalé.

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Marybeth Norton
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Dim 24 Mai - 12:59

La plupart des gens aurait sûrement éprouvé de la pitié en entendant le petit laïus de la rouquine. Sûrement que ces personnes auraient voulu la rassurer, lui dire qu’ils n’en parleraient pas, et qu’ils étaient là pour l’aider, que ça pouvait arriver à tout le monde de trébucher, et que de toute façon ce qu’elle avait vécu était vraiment dur, que c’était tout à fait compréhensible de déprimer après ça… Certains lui auraient sûrement parlé de dépression, et lui auraient conseillé de « voir quelqu’un ». D’autres lui auraient proposé de s’occuper de son fils quand elle en aurait besoin, juste pour qu’elle puisse souffler… Tous ces bons sentiments auraient certainement été des réponses adaptées au contexte et à la souffrance de l’amie de Marybeth. Seulement, Mary ne réussit à articuler aucune de ces paroles réconfortantes. Elle aurait voulu, vraiment. Mais elle en était incapable.

Soudain, elle se sentit terriblement seule. C’était un sentiment égoïste, surtout dans une telle situation. Au moment où elle aurait dû aider Zofia, elle n’arrivait qu’à penser au fait que c’était toujours sur elle que ça tombait, qu’il fallait toujours qu’elle aide tout le monde et qu’elle soit la plus forte, qu’elle soit forte tout simplement, alors qu’elle n’en avait aucune envie. Alors qu’une de ses meilleures amies avait besoin d’elle, elle réalisait qu’elle n’avait que vingt-et-un ans, qu’elle avait un fils, une sorte de fils adoptif handicapé qui était sûrement plus vieux qu’elle, un petit ami qui ne lui faisait plus confiance et dont elle était bien forcée d’accepter la froideur, un frère junkie en fugue on ne sait où, une sœur qui se faisait tabasser et qui avait témoigné contre elle dans un vrai procès, un ex-petit-ami et père de son fils qui venait de débarquer et qui risquait de bousiller toute sa vie. Elle s’était occupée de Celesta quand elle en avait eu besoin, l’avait surveillée de loin, la laissant vivre sa vie mais étant toujours là si jamais elle avait besoin d’elle, et ça sans jamais penser à elle et à ce que ça pouvait lui coûter. Elle avait été là quand Zelia avait pété les plombs un soir et s’était effondrée alors qu’elles étaient en train de traiter les plantes infestées de pucerons. Elle soignait Rozen, en y mettant beaucoup d’énergie, de temps et d’elle-même, alors que quelques semaines plus tôt cette même Rozen l’avait jugée et traitée d’une façon cruelle. Et tout ça elle le faisait sans penser à elle-même. Merde, elle n’avait même pas eu le temps de pleurer cinq minutes sur le fait que ses parents l’avaient complètement annulée de leur vie, parce qu’elle devait s’occuper d’autres ! Elle n’avait même pas pu essayer de recoller les morceaux avec son daemon, trop occupée qu’elle était à gérer les crises de tout le monde…

Oh bien sûr, elle n’était pas Mère Theresa. Elle était loin d’être une sainte. Elle avait fait des erreurs, parfois en sachant très bien qu’elle déconnait. Elle avait couché avec Josh alors qu’elle était avec Mathys, brisant le cœur des deux hommes en question. Ah ça, elle avait fait fort cette nuit-là ! Et si Nios l’avait quittée, déchirant leur Corde d’Argent, c’était bien parce qu’elle avait déconné plein pot en agissant comme elle l’avait fait en Inde, en refusant que Josh entre dans la vie de Connor, ce qu’il avait fait de toute façon… Mais tout ça n’avait été qu’un pétage de plombs dû justement à toute la pression qu’elle se mettait depuis des années pour gérer tout ce qui lui tombait dessus, et en gros tout ce qui tombait aussi sur ses proches. Ah ça, Marybeth Norton n’était peut-être pas la plus populaire des filles, mais on peut dire qu’elle avait de quoi s’occuper avec les quelques proches qu’elle avait ! Oh bien sûr, Celesta ne lui avait jamais demandé de l’aider, mais elle n’allait pas bien et il fallait bien être là, en retrait, pour si jamais elle trébuchait. Oh bien sûr personne l’avait forcée à prendre Fred sous son aile, mais qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Le laisser tout seul ? Qui d’autre se serait occupé de lui ?

C’est toutes ces pensées qui poussèrent la botaniste à réagir comme elle le fit. Au lieu de compatir, et de dire les choses qu’elle avait pensé dire, du genre « je suis là, je vais t’aider », au lieu de sourire d’un air gentil et de tapoter doucement l’épaule de son amie, Mary prononça, presque tranquillement pour commencer, malgré elle, ces paroles :

« I don’t buy it. »

Elle trempait un des petits gâteaux dans son thé et prit même le temps de manger le biscuit en question, d’une bouchée, avant de tourner finalement son regard sur la rouquine. Le regard qu’elle posait sur Zofia n’avait rien d’un regard plein de compassion. Il était dur. Pas un regard moalisateur, mais un regard qui n’était pas d’accord avec ce qu’avait dit Zofia. Et d’ailleurs Mary ne se fit pas prier pour exprimer sa pensée, d’une voix douce mais ferme.

« T’en as rien à faire de ton gamin. Tu te fiches qu’il soit traumatisé. Autrement tu ne ferais pas ce que tu es en train de faire. Et tu te fiches que les gens le sachent, autrement tu ne serais pas venue à mon cours l’autre jour avec une bonne dose de ce que tu prends, quoi que ce soit, dans les veines. Tu crois être plus intelligente que tout le monde, je connais ça, le syndrome petit génie, et tu penses que tu arriveras à gérer, mais le fait que tu sois venue à mon cours droguée prouve que tu ne gères déjà plus, que ça t’a déjà dépassée. »

Elle ne laissa pas le temps à Zofia d’intervenir, elle voulait finir ce qu’elle avait à dire. Si elle n’avait pas été si à bout, sûrement qu’elle aurait emballé ses paroles dans de jolies fioritures de bons sentiments, mais elle ne le fit pas. Ce qu’elle disait était dur et elle le savait. Mais franchement, ce jour-là, elle avait décidé de s’en foutre. Personne ne la prenait avec des pincettes, personne ne faisait jamais attention à ce qu’elle, elle ressentait. Alors pour une fois, elle allait agir comme tout le monde agissait avec elle depuis toujours. Les gens se gargarisaient toujours d’être francs et honnêtes. Et bien voilà ce qu’était Marybeth Norton quand elle agissait comme eux. Vous aimez ?

« J’ai un petit frère qui s’appelle Will. C’est un garçon adorable. Le plus sensible de la famille… Le plus intelligent aussi, même s’il n’a jamais voulu l’admettre. Je crois qu’il avait onze ans la première fois que j’ai remarqué qu’il était défoncé pendant qu’on mangeait un soir. J’étais la seule à m’en rendre compte, mais sans te faire tout l’historique de la famille, ça n’a rien d’étonnant. Et lui il était persuadé que personne n’allait rien voir. La vérité c’est que personne n’avait rien vu, ça faisait des mois qu’il se droguait. Ouais, je sais, difficile à croire qu’un petit garçon de onze ans puisse se droguer depuis des mois sans que personne ne s’en rende compte. Le truc c’est qu’il est très intelligent, comme je te l’ai dit. Et qu’au début il faisait attention. Au début il ne le faisait qu’avec ses potes, aux fêtes. C’était convivial, rien à voir avec ces junkies qui dépendent de leurs doses. Puis il l’a fait dans sa chambre, quand il n’y avait personne… Et finalement n’importe quand, persuadé qu’on ne le remarquait pas. Les docteurs qu’on a vus nous ont tous dit la même chose. C’est quand le drogué commence à se balader partout avec une dose dans les veines qu’il est vraiment atteint. Ca a pris plus de six mois à mon frère pour en arriver là. » Petite pause. « Combien de temps ça t’a pris à toi ? »

Elle avait dit ça sur un ton différent. Coléreux. Oui, elle était en colère. Elle était en colère parce qu’une des personnes les plus importantes dans sa vie, une des personnes qu’elle aimait le plus au monde, se détruisait. Mais aussi parce que cette personne se conduisait comme la dernière des idiotes. Zofia était intelligente, elle connaissait les effets de la drogue. Mais elle était trop intelligente. Elle était persuadée qu’elle pourrait maîtriser, comme elle maîtrisait tout le reste. Will avait pensé ça aussi au début. Les junkies étaient loin d’être les parodies qu’on voyait dans les films. En général, c’étaient des personnes très intelligentes et très sensibles. Trop pour leur propre bien.

« Si tu crois que ton fils ne s’en rendra pas compte, tu te fous le doigt dans l’œil jusqu’au coude ma vieille. Les enfants savent tout. Ils sentent quand on leur ment. Ils sentent quand on ne va pas bien. Et ils se prennent tout en pleine tronche. C’est comme ça que mon frère est devenu un drogué. A cause des mensonges de mes parents. Et mes parents ne faisaient que mentir sur des petites choses, de jouer au couple et à la famille parfaite. Imagine comment va finir Elio. Tu sais combien d’enfants de drogués s’en sortent ? »

Elle avait élevé la voix. Elle était en colère. Elle n’avait cependant pas du tout le même ton que quand elle passait un savon à Connor parce qu’il avait fait une connerie. Non, sa colère était pire que ça. C’était une colère d’adulte à adulte, une colère noire. Elle en eut du mal à rester assise. Elle triturait la petite cuiller qu’elle avait posée à côté de sa tasse et on aurait pu croire qu’elle allait la briser en deux tellement ses gestes étaient nerveux. Son regard quant à lui était toujours tourné vers Zofia, plus dur que jamais.

« Je ne suis pas un modèle, je suis loin d’être une mère parfaite. Mais au moins, quand je vois toutes les erreurs que j’ai faites, je peux au moins me dire que je les ai faites en pensant faire ce qui était le mieux pour mon fils, la plupart du temps en ne pensant qu’à son bien à lui. Toi tu te conduis comme une gamine égoïste. Et tout ça ne me poserait aucun problème si tu n’avais pas un bébé. Un bébé que tu as choisi de garder, en sachant qui était son père et comme tout ça allait sûrement finir. Alors assume tes choix. Conduis-toi en adulte pour changer et arrête de faire l’autruche. Autrement tu vaudras pas mieux que Tibère. Tu seras même pire, parce que tu as choisi d’avoir ton fils, tu as choisi cette responsabilité. »

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Ven 29 Mai - 8:27

Zofia écouta le discours de son amie sans réagir. Parfois, quand elle devenait vraiment dure, la rouquine détournait légèrement la tête, ou alors un tic nerveux, absolument impensable en temps normal, venait déformer le coin de sa bouche. Mais elle n'avait pas l'air étonnée par le ton employé par Mary. D'un côté, elle savait qu'elle méritait de se prendre des baffes. De l'autre... de l'autre, elle avait une certaine quantité d'un truc pas forcément légal dans le sang. Quand Marybeth eu fini de parler, il y eu un temps de silence. Un temps durant lequel Zofia, mi-choquée, mi-amusée par la situation, laissa s'étirer sur ses lèvres un sourire d'une amabilité presque trop insistante. Bien sûr, ce qu'avait dit la jeune femme était fondé. Sur le fond, elle avait raison. Bien qu'on puisse peut-être lui reprocher un peu la forme. Mais même ça, la jeune femme l'acceptait. Mary avait bon à peu près partout. Elle ne tiqua même pas lorsqu'elle lui reprocha de devenir pire que Tibère. Elle avait aimé ce type, ça faisait d'elle une sorte de monstruosité, non? Cependant, dans la situation actuelle, elle se voyait mal baisser la tête et promettre qu'elle ne recommencerait plus comme une gamine prise en faute. Lorsqu'elle avait essayé de s'expliquer, quelque minutes plus tôt, c'était justement pour couper court à ce genre de laïus interminables sur la morale, Elio et bla bla et bla... Mary n'avait pas compris. Plus, elle se permettait de la juger. Elle, Zofia, qui n'avait jamais émis le moindre avis négatif sur ce qu'elle avait fait. Qui l'avait toujours soutenue et encouragée, de manière discrète mais constante. Certes, elle pouvait sortir les violons, parler de son frère, tout ça. Mais la comparer à un gamin de onze ans? Et puis quoi encore? Zofia savait ce qu'elle faisait. Elle était parfaitement au courant qu'elle se démolissait à petites doses. Merci, elle n'avait pas besoin en plus que Mary vienne essayer de... de quoi, au fait?

« Tu voudrais peut-être que je culpabilise, que je me mette à chouiner et à m'excuser? J'ai pas à me justifier face à toi. Mais je t'en prie, rabaisse moi encore plus, si ça peut te faire plaisir, vas-y... Non, c'est bon? Tu as fini de te défouler? Bien... »

Elle se leva, et s'éloigna légèrement pour aller s'appuyer contre le plan de travail juste derrière elle.

« Je suis pas là pour que tu te défoules sur moi. Ni pour que tu me montres à quel point t'es une mère exemplaire. C'est peut-être vrai. Je sais pas. J'suis pas Connor, je peux pas dire. Mais sur certains points, t'es au moins aussi égoïste que moi... »

La française reste un moment sans rien dire, comme si elle avait perdu le fil de ses pensées. Néanmoins, elle ajouta ensuite, en articulant soigneusement, comme si elle voulait que ses mots se gravent dans l'esprit de Marybeth:

« T'es en train de démolir un type absolument génial. Et tu te rends même pas vraiment compte des dégâts que tu es en train de faire. Alors ne viens pas me faire croire après que t'es un exemple à suivre. Ne viens pas me faire croire que tu es bien placée pour m'engueuler. T'as privé Connor de son père. Tu laisses Mathys s'accrocher à une histoire dans laquelle t'es incapable de t'impliquer, juste parce que ca te paraîtrait une défaite de le laisser partir. Et puis ça doit t'arranger aussi, qu'il s'occupe de ton gosse en échange d'un peu d'affection de temps en temps. Après tout, c'est moins cher qu'une nourrice, et en plus il a une bonne tête. Et avec ça tu voudrais me faire croire que tout ce que tu fais, c'est pour le bien de ton gamin? Très bien. Si tu veux. Mais dans ce cas, on a plus qu'à souhaiter que chaque gosse soit élevé par une ado prétentieuse et fière comme toi. Qui sait, peut-être que l'humanité s'en porterait mieux? »

Elle n'avait pas quitté son masque aimable, et sa voix était douce, calme. Ses yeux ne rencontraient pas ceux de son interlocutrice, mais on sentait que chaque mot était pesé, et si la syntaxe était rendue quelque peu maladroite par la drogue, si certains mots de français venaient se glisser dans ses paroles, le fond, lui, était parfaitement pensé et réfléchi.

« Tu te gargarises du fait d'avoir su faire des choix. D'avoir assumé. Mais tout ça, c'était rien de plus qu'une fuite en avant. Ton mec te met enceinte, tu gardes le gosse. Bravo, merveilleux. Puis tu te barres à des milliers de kilomètres histoire d'encore mieux assumer ta situation, hein. Et puis après, tu revois le type en question, et hop, tu t'envoies en l'air avec... Je sais pas ce qui s'est passé avec Josh, tout ce que je vois, c'est qu'après, au lieu d'assumer, tu t'es bien débrouillée pour le cacher à Mathys pendant plusieurs mois. Comme tes problèmes avec ton daemon. Me fait pas croire que tu es parfaitement équilibrée et que tu te conduis mieux que moi. Si c'était le cas, Nios serait là. Kayisa m'a pas abandonnée, elle. J'assume mes conneries. Oui, parce que je sais que ce que je suis en train de faire en ce moment c'est une connerie, monumentale d'ailleurs. Toi, tu fais semblant d'assumer, et tu te planque derrière ta fierté, en faisant croire que tous les choix que tu as fait son immuables et que t'avais pas d'autre solution. Et quand ça ira plus avec Mathys, quand Josh se sera rapproché de Connor, tu feras quoi, tu iras où? A part te planquer au fin fond de la forêt Amazonienne, je vois pas trop où tu pourrais encore t'enfuir. Et tu pourras pas me convaincre que ce sera pour le bien de ton fils. »

Oui, Zofia en savait beaucoup plus que ce qu'elle montrait. D'habitude, elle ne se permettait pas d'avoir un avis sur la vie de couple de Mary. Mary était son amie, elle n'avait pas à émettre de jugement, et lorsqu'elle donnait des conseils, elle s'arrangeait pour rester neutre. Mais elle avait vu Mathys craquer complètement à plusieurs reprises, au point de se mettre à pleurer et de mettre un bordel monstre dans sa chambre à force de s'agiter. Elle en avait déduit certaines choses, elle en avait observé d'autres. Et si Mary cherchait à lui faire honte ou à la sermonner, elle aussi pouvait le faire.

(Tu me dis si quelque chose ne te va pas?)

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Marybeth Norton
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Lun 1 Juin - 12:24

[Non ça me va très bien XD Ca dépote !]

Sauf que Mary n’avait, au contraire de Zofia, pas du tout essayé de lui faire honte. Elle avait tenté de la secouer, de lui montrer qu’elle n’agissait pas comme il fallait et qu’elle était en train de perdre le contrôle. Oh évidemment, elle ne l’avait sûrement pas fait de la meilleure façon, elle n’était pas en très bon état pour prendre qui que ce soit avec des pincettes ces derniers temps… Néanmoins, elle n’aurait jamais cru provoquer une telle tornade de saloperies en retour. Très vite, elle compris ce qu’elle avait déclenché et ses mâchoires s’étaient resserrées. Cependant, elle resta silencieuse, décidée à laisser Zofia cracher son venin. De toute façon, elle était bien trop énervée pour répondre pour le moment. Elle referma ses poings, et ses ongles entrèrent carrément dans la paume, laissant une douleur désagréable mais qui au moins lui permettait d’avoir de nouveau l’esprit un peu plus clair.

Quand Zofia eut fini de parler, un silence étrange plana dans la pièce. Mais il ne dura pas longtemps. Il fut d’abord brisé par le bruit que fit Marybeth en prenant une grande inspiration. Sa tête lui tournait un peu. Oui, elle avait elle-même été agressive, mais tout ce que Zofia venait de dire prouvait une chose à laquelle elle ne s’était pas attendue : celle qu’elle considérait comme l’une de ses meilleures amies ne la connaissait pas du tout. Elle en était même bien loin. Elle se demanda un instant comment c’était possible. Elle se connaissait, elle ne parlait pas beaucoup d’elle-même, mais tout de même, Zofia et elle étaient amies depuis longtemps, elle lui avait dit des choses intimes, des choses qui en révélaient plus sur elle-même que ce que la rouquine semblait avoir perçu. Elle soupira. D’abord Rozen quelques mois plus tôt, maintenant Zofia, la botaniste allait de déception en déception.

« Les critiques que je mérite, je les accepte. » répondit-elle, sur un ton neutre mais légèrement éprouvé. En fait, elle paraissait lasse, de nouveau. Elle n’avait pas envie de s’expliquer encore, surtout pas à quelqu’un qui était sensé avoir déjà compris. Pourtant, elle continua, sur le même ton. « Mais tu te trompes tellement sur tellement de choses que je ne sais même pas par quoi commencer. »

Elle fit une petite pause, comme pour réfléchir, puis enchaîna, sur un ton dur cette fois, même si elle ne criait pas pour autant, toujours assise, bien qu’elle ait eu terriblement envie de se lever.

« Tout d’abord, je n’ai pas du tout voulu te faire culpabiliser, et encore moins me défouler sur toi. Je n’ai pas essayé de te faire culpabiliser mais de te secouer, parce que franchement si tu te voyais vraiment objectivement, je pense que tu te foutrais des baffes. » Petite pause, puis sur un ton encore plus dur. « Quant à savoir si je suis une mère exemplaire, ça n’a aucun rapport. Je t’ai dit que je n’étais pas un modèle, et je le pense, seulement je crois que t’es en train de faire la plus belle connerie de ta vie, et que c’est ton fils qui va en pâtir. »

Elle avait du mal à rester assise, ses jambes étaient complètement crispées et elle devait se retenir de s’approcher de Zofia. Son ton était dur, tranchant, et ses yeux lançaient des éclairs. Si elle refusait de se lever, c’était parce que si elle le faisait, elle risquait bien de bondir sur Zofia et lui coller quelques claques. La jeune maman avait touché là où ça faisait mal, mais en plus, elle avait déçu Marybeth, par ce que la brunette considérait comme un manque d’intelligence et de finesse qu’elle n’aurait pas attendu d’elle.

« Mais t’as absolument rien compris sur le reste. Alors je vais te mettre les points sur les i. Si tu crois que je reste avec Mathys par orgueil, tu te plantes complètement. Parce que mon orgueil s’en prend plein la gueule crois-moi, à supporter la froideur de Mathys, ses silences et la tension à chaque fois qu’on se voit. Tous les efforts que je dois faire rien que pour avoir un bon moment avec lui, même très court, ça n’est pas mon ego qui me pousse à les supporter. S’il n’y avait que mon orgueil, j’aurais rompu depuis longtemps, ça aurait été plus simple que de continuer, et moins rabaissant. Si je suis avec Mathys c’est parce que je l’aime, et ça je croyais que ça faisait longtemps que tu l’avais compris. Mais apparemment t’es trop bouchée, ou trop centrée sur ta petite personne, pour comprendre ce genre de choses sans qu’on te les dise. Alors je te le dis : je l’aime. Et je ferais tout pour qu’on réussisse à être heureux tous les deux. Et mon orgueil n’a rien à voir là-dedans. »

Elle prit une nouvelle inspiration, principalement pour se calmer un peu. Mais elle ne réussit pas tout à fait, la preuve, elle ajouta, encore plus énervée :

« Et je t’interdis de dire que j’utilise Mathys comme nounou pour Connor. Si jamais tu redis quelque chose de ce genre, je jure que je te ferai fermer ton clapet. Je n’ai jamais utilisé Mathys, et encore moins par rapport à mon fils, je ne voulais même pas qu’ils se voient trop au début, et tu le sais, on en a assez parlé pour que tu t’en souviennes. Jamais je ne resterais avec quelqu’un parce qu’il peut garder mon fils. »

Elle était vraiment en colère. Terriblement en colère. Parce que Zofia venait de lui reprocher des choses qui prouvaient qu’elle ne la connaissait pas du tout, ce qui blessait Mary, et la mettait dans une colère noire

« Quant à comment j’ai réagi quand j’étais enceinte, et par la suite, c’est vrai que je ne t’ai jamais vraiment expliqué tout ça, mais je croyais que tu étais une fille intelligente et que tu avais compris avec les quelques choses que je t’avais dites. Apparemment c’est pas le cas, t’as même pas saisi la moitié de ce qui s’est passé. Je n’ai aucun besoin de me justifier devant toi, et je commence à me dire que je ferais bien de me foutre totalement de ce que tu peux penser, mais il est hors de question de te laisser te gargariser d’avoir eu le dernier mot là-dessus, parce que t’es tellement loin de comprendre que tu serais incapable de le faire même si quelqu’un d’autre te le racontait. »

Cette fois, elle ne put s’empêcher de se lever. Debout, à côté de son tabouret, elle luttait visiblement pour ne plus bouger, parce qu’elle avait encore envie de sauter à la gorge de Zofia. Que quelqu’un à qui elle avait vraiment fait confiance, à qui elle s’était confiée, bon okay, pas autant que la plupart des gens mais beaucoup relativement à son caractère, puisse lui dire toutes ces choses était horrible pour elle. La pire des trahisons. Peut-être pas la pire, mais une trahison tout de même. Et elle réalisait tout juste à quel point. A vrai dire, maintenant, elle n’était plus certaine d’avoir envie d’être amie avec Zofia. En fait, elle n’était même plus sûre d’avoir envie de jamais entendre parler d’elle. Elle se forçait cependant à rester là, à ne pas partir, principalement parce qu’elles avaient été amies toutes ces années, et qu’elle se devait bien d’essayer de clarifier les choses, même si elle avait comme l’impression que ça ne servirait à rien. Zofia pouvait bien parler d’orgueil, elle en était bouffie, et même si Marybeth arrivait à lui montrer les points où elle s’était largement trompée, elle n’était pas sûre que la rouquine s’excuserait pour autant, ou même, admettrait son erreur. Mais elle se devait d’essayer, elle ne voulait pas avoir de regret par la suite, et puis, elle était amoureuse de Mathys, et Zofia était quelqu’un de très important dans la vie de l’artiste, alors elle le devait aussi à son petit-ami, de ne pas tout foutre en l’air sur un coup de tête.

Etrangement, son ton était redevenu plus doux, de nouveau las quand elle raconta la suite. Elle était fatiguée, elle n’avait pas pensé se battre avec Zofia en venant ici, elle n’avait pas pensé qu’elle serait, de nouveau, autant déçue.

« J’avais seize ans quand je suis tombée enceinte de Josh. C’était mon prof, et il avait presque trente ans. Mes parents… Mes parents sont des gens assez terribles. Ils croient à la morale que la religion leur a inculquée, mais savent aussi la contourner quand ça les arrange. En fait la seule chose qui leur importe c’est le regard des autres. Ma sœur, Juliet, ma grande sœur, s’est toujours retrouvée avec des salauds qui la battaient ou qui la harcelaient. Mes parents ont toujours fait semblant de ne rien voir, et quand ma sœur venait, parfois, leur demander de l’aide, ils lui demandaient d’arrêter de mentir, et lui expliquaient à quel point elle avait de la chance d’avoir untel dans sa vie. Plus facile de raconter à tout le monde que le mec de leur fille est génial plutôt que de leur dire que c’est un salaud et qu’ils ont dû la protéger de lui. Mes parents fonctionnent comme ça. Ils mentent constamment, ils se mentent aussi, et font comme si les problèmes n’existaient pas, en pensant qu’ils disparaîtront comme ça. Quand mon frère, mon petit frère Will, est tombé dans la drogue, ils ont ignoré. Et quand ils n’ont plus pu ignorer, ils l’ont mis dans une institution, une sorte de prison, et ont raconté à tout le monde qu’il était en Europe pour ses études. Ils n’ont pas fait ça pour l’aider, ils ne vont même pas le voir dans le centre où ils l’ont mis, non ils l’ont fait parce que ça commençait à jaser dans le voisinage. »

Elle prit une nouvelle inspiration et retourna s’asseoir. Parler de sa famille l’épuisait. Surtout que son frère était dans la nature on ne sait où et qu’elle était terriblement inquiète. Mais elle n’était pas pour autant calmée. Quand elle continua, toujours de cette voix neutre, on pouvait voir des larmes perler dans ses yeux, mais elle n’y fit pas attention et sa voix ne vacilla jamais.

« J’avais seize ans, j’étais à la fac, j’avais couché avec mon prof, dont je n’étais pas amoureuse, mais que j’aimais beaucoup, et je pensais que c’était ce qu’il ressentait aussi. J’avais jamais imaginé pouvoir tomber enceinte. Je veux dire, j’ai pas été éduquée comme la plupart des gens. J’étais un génie, et mes parents m’ont poussée à sauter le plus de classes possibles, alors les flirts et les conversations entre filles sur le sexe, je n’en avais jamais eues, parce que j’étais toujours avec des gens beaucoup plus vieux, et parce que je changeais souvent de classe au milieu de l’année et j’avais des tas d’activités extra-scolaires. Mes parents m’avaient jamais briefée là-dessus non plus, alors quand avec Josh on a commencé à coucher ensemble, j’étais déjà tellement étonnée par tout ce qui se passait entre nous et en moi que j’ai jamais pensé une seule fois à la contraception. Josh se protégeait, et quand un soir on n’avait plus de préservatif, on n’a pas hésité une seconde, moi parce que je ne comprenais pas très bien, et lui parce que… » Elle eut une sorte de petite sourire nostalgique, qu’elle sembla ne pas remarquer. « Parce qu’il était un grand gamin toujours prêt à faire des conneries… »

Elle secoua la tête, comme pour chasser ces souvenirs de son esprit, puis reprit avec cette même expression et ce même ton neutre qu’elle avait utilisé depuis le début de sa « confession ».

« Quand je suis tombée enceinte ça a été une vraie surprise. Et, crois-moi je ne te dis pas ça pour te faire pitié ou quoi que ce soit de ce genre, mais j’étais toute seule. Vraiment seule. Je sais à quel point tu t’es sentie seule toi, quand à vingt-trois ans tu as dû supporter ça, alors que tu avais des amis pour te soutenir et qu’il y avait même toute une communauté derrière toi. Alors imagine comment je me suis sentie, moi. Je n’avais personne. Je n’avais aucun ami, à part Josh, et il était totalement incapable de gérer ça, il était immature, encore plus que moi, et rêvait à l’époque de faire une grande carrière. Merde, j’avais seize ans. Il pouvait aller en prison à cause de moi, surtout qu’il y avait aussi abus de pouvoir, vu qu’il était mon prof. Si ça se savait, même s’il m’épousait, sa carrière serait fichue, il ne serait plus jamais que le prof qui avait couché et mis une élève de seize ans enceinte. Et ma sœur était tellement insecure que je n’ai jamais pu lui demander d’aide pour quoi que ce soit, d’ailleurs j’ai bien fait de ne pas m’adresser à elle vu qu’elle a témoigné contre moi durant le procès. Mon frère était un gamin qui venait de tomber dans la drogue… Et mes parents… » Cette fois, elle eut un sourire mauvais. « Ils m’auraient forcée à épouser Josh. Ou alors, ils auraient porté plainte contre Josh, m’auraient placée dans une institution, et auraient élevé mon bébé, ce qu’ils ont essayé de faire avec le procès. C’était hors de question. Alors la seule solution que j’ai trouvée, qui permettrait à Josh de continuer à vivre comme il le voulait, et que me permettait de ne pas avoir à faire ce que mes parents voudraient me forcer à faire, c’était de gérer ça moi-même. Après avoir compris que je ne voulais pas me débarrasser du bébé, j’ai décidé d’aller loin pour que mes parents ne voient pas que j’étais enceinte. Je me suis inscrite à Tryll, c’était parfait parce que je n’avais alors pas les moyens de rentrer pour les vacances et tout, donc mes parents ne me verraient pas avant que j’ai accouchée, et c’était déjà un délai qui suffisait. Mon but c’était de tenir jusqu’à mes dix-huit ans, histoire de pouvoir légalement assumer tout ça. »

Elle s’arrêta quelques fractions de secondes puis revint sur terre et se tourna vers Zofia pour lui dire, d’un ton dur :

« Alors ne vient pas me reprocher de fuir tout le temps comme si j’avais fui des petits problèmes sans importance. Si j’ai fui, c’était pour que mon fils ne soit pas élevé par mes parents, que son père ne se retrouve pas en prison, ou alors qu’on ne se retrouve pas bloqués dans un mariage malheureux. Oui, j’ai fait des erreurs. J’aurais dû en parler à Josh, du moins j’aurais dû le faire plus tôt, mais j’avais seize ans. Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’attend à ce que j’agisse parfaitement, et je sais pas pourquoi on s’attend à ce que je l’ai aussi fait durant mon adolescence, mais j’étais une gamine et j’étais seule. Je n’avais personne pour me soutenir, je ne connaissais absolument rien à la vie. Quand je suis arrivée à Tryll, j’ai dû cacher ma grossesse pour être sûre que l’Administration n’allait pas me virer. Ca n’était pas drôle du tout, et crois-moi, tout ce que j’avais laissé derrière moi me manquait. Même mes parents me manquaient. Alors ne vient pas me dire que j’ai fui parce que ça m’arrangeait, comme si c’était quelque chose de facile. Etre enceinte dans un endroit où on ne connaît personne, où tout le monde vous regarde comme une bête curieuse, parce que Tryll c’était pas Sywhaîd, les rumeurs allaient bon train crois-moi, ça n’a rien de facile. Rien du tout. »

Elle soupira puis conclut :

« Et quand je suis venue à Sywhaîd, je n’ai pas fui. Non, j’ai protégé mon fils. Je l’ai amené ici pour que mes parents ne puissent pas le récupérer même si le procès tournait en leur faveur. Et je suis allée les affronter, je suis allée au procès, j’ai fait ce que j’avais à faire. Et à ce moment-là j’avais des gens qui me soutenaient. Tu n’étais pas encore là, mais tes lettres m’ont aidée à l’époque. Si j’avais su ce que tu pensais de moi en réalité, je les aurais trouvées moins réconfortantes. »

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Sam 27 Juin - 19:26

Hop, on était reparti pour une tirade. Mary aurait du faire avocate. Zofia écouta sans broncher. Elle haussa juste un sourcil étonné, assorti d'un sourire ironique, lorsque la brunette la menaça de la faire taire. Qu'elle essaye pour voir. Ca pourrait être drôle. Ce n'était pas parce que la rouquine avait perdu la faculté de balancer les gens dans le mur d'un battement de paupière qu'elle était devenue innofensive. Pour preuve, le jour où elle avait littéralement torturé Tibère. Il lui avait fallu tout son sang froid pour qu'elle évite de le massacrer. Alors, sous l'emprise de la drogue, elle aurait pu devenir violente, à sa façon froide et mécanique. Même contre Mary.

Elle écouta son histoire d'une oreille quelque peu distraite. Ce que Mary lui disait là, elle aurait du le lui dire il y a des années. Zofia ne parlait pas beaucoup d'elle, mais les choses importantes, Marybeth les connaissait, elle les lui avait raconté, en avait parlé explicitement. Et là, alors qu'elle s'apercevait de tout ce que ne lui avait pas dit celle qu'elle considérait jusqu'à présent comme sa meilleure amie, le gouffre sans fond de tous les non-dits à cause desquels leur relation était en train d'exploser, un sentiment de trahison montait en elle. Non pas qu'elle pense que pour être amies, deux personnes doivent se dire jusqu'à la couleur de leur petite culotte, mais ça, toutes ces choses que Mary déballait maintenant comme un plaidoyer, elle aurait voulu les savoir avant. Alors, peut-être qu'elle aurait compris.

Un silence s'installa lorsque la jeune femme se tut. Après une hésitation, Zofia se mit à parler, avec un haussement d'épaules, et l'horrible impression de mettre fin à quelque chose qui aurait du se finir autrement, voire ne pas se passer du tout:

« Maintenant que tu as déballé tout ce que tu aurais pu me dire depuis pas mal de temps, je pense qu'on a plus rien à se dire... »

Elle l'avait dit sans froideur ni colère, juste avec une certaine lassitude. Elle venait de découvrir que sa relation avec Mary était basée sur une pyramide d'incompréhension mutuelle, et si la drogue ne l'avait pas maintenue dans un état de griserie, elle aurait pu en pleurer. Elle se contenta de se détourner pour s'approcher d'une étagère, et choisir plusieurs liquides qu'elle mélangea selon des proportions bien précises avec la dextérité conférée par l'habitude, avant d'agiter et d'avaler en une gorgée. Puis, elle se passa une main sur le visage, sentant le liquide faire effet. Il éliminerait progressivement les traces de drogues présentes dans son organisme, si bien que Zofia, au prix d'un sacré mal de ventre et de douleurs articulaires dans les jours à venir, serait clean au bout d'une demi-heure. Une demi-heure trop tard, mais c'était mieux que rien.

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Marybeth Norton
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MessageSujet: Re: Amstramgram(me) d'ecstasy!   Mar 30 Juin - 12:16

« Non. Tu as raison. » répondit Marybeth, sur un ton totalement assommé.

Il faut dire qu’elle l’était, assommée. Elle ne comprenait pas comment elle pouvait perdre une amie aussi rapidement, et même perdre l’amitié qu’elles avaient eu avant, son souvenir. Savoir que Zofia n’avait jamais rien compris, et même rien compris de ce qu’elle avait sous les yeux (sans même parler de ce que Mary ne lui avait pas dit), était un vrai crève-cœur. Savoir qu’il y avait autant de haine dans la rousse n’était pas mieux. La brunette se leva et quitta le labo d’un pas raide. Elle aimait cette endroit, ou plutôt l’avait aimé. Zofia et elle y avaient passé pas mal de temps à discuter et à se montrer leurs recherches respectives. Elle se souvenait de l’émotion qu’elle avait ressentie quand Zofia avait dû fermer le Labo à cause de la naissance d’Elio, et qu’elle lui avait fait un peu de place dans sa serre.

Les deux jeunes femmes s’étaient mutuellement aidées. Enfin, à la naissance de Connor Zofia n’était pas encore assez proche de Mary pour vraiment l’aider, mais depuis Sywhaîd, elles s’étaient soutenues, s’étaient aidées. Et aujourd’hui Marybeth n’arrivait plus qu’à y voir du temps perdu et de l’hypocrisie. Epuisée, elle marcha jusqu’à chez elle sans savoir quoi faire. Elle avait envie de parler, de montrer sa tristesse pour une fois, sa détresse même, mais elle ne pouvait pas aller voir Mathys, parce que Zofia était sa meilleure amie et qu’elle ne voulait pas le mettre dans une telle situation. Elle resta sur le pas de porte de sa chambre cinq minutes avant de repartir, mais cette fois vers chez Celesta. Elle avait besoin de vider un peu son sac. Pas tout, non non, mais juste…. Quelques inquiétudes. A propos de son frère qui avait disparu. A propos de son couple avec Mathys. Et à propos de sa fin d’amitié avec Zofia. Parce que, à vrai dire, ce jour-là, Mary ne voyait pas comment leur relation pourrait un jour s’améliorer. Elles avaient tout détruit, tout saccagé.

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Amstramgram(me) d'ecstasy!

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