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Sujet: Pleine Lune Lun 6 Aoû - 19:11
La nuit était tombée lorsque Berkeley ouvrit enfin les yeux, brusquement. Il fronça aussitôt les sourcils, presque ébloui par la lumière quasiment aussi vive qu'en plein jour. Sous les rayons blanchâtres de la pleine lune, les ruines offraient un spectacle pour le moins fantasmagorique ; il n'était pas étonnant que l'endroit fît l'objet des rumeurs les plus folles sur de prétendus esprits les hantant, la nuit tombée, songeait notre homme, avec un sourire satisfait. Les seules créatures qu'il eût jamais rencontrées ici à la nuit tombée, il les y avait invitées, et, pour tout dire, elles avaient été loin de se montrer farouches.
Un nouveau sourire flotta sur les lèvres de l'apiculteur, tandis qu'il passait une main distraite sur l'herbe écrasée, près de lui. Elle avait quitté les lieux depuis quelques temps, sa conquête du jour, le sol était parfaitement froid. Rentrée à temps pour lire une histoire à son gamin ? Dieu merci, il n'avait pas ce genre de problèmes, mais il était tout de même temps de lever l'ancre ; il avait beau être au mieux de sa forme, ses bons vieux os de quarante ans apprécieraient certainement davantage de se lever, le lendemain matin, dans des couvertures tièdes que sur des buissons de myrtille trempés de rosée.
Berkeley se hissa lentement sur ses avants-bras, mais, avant qu'il ait entrepris de se relever complètement, il se souvint pourquoi il s'était brusquement réveillé : il avait entendu un bruit, un craquement exactement identique à celui qui venait, de nouveau, de parvenir à ses oreilles. Il resta immobile, toujours en appui sur ses avants-bras, aux aguets. Il n'y avait.. aucune raison d'avoir peur, n'est-ce pas ? Il n'était pas, après tout, superstitieux...
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Sujet: Re: Pleine Lune Mer 8 Aoû - 12:10
Les rumeurs qui couraient sur les ruines, particulièrement sur les ruines les soirs de Pleine Lune, n’étaient pas tout à fait infondées. Plusieurs sywhaîdiens avaient croisé des créatures étonnantes aux détours des buissons de myrtilles. L’une d’entre elles, certainement celle qui avait la pire réputation, alors même qu’elle n’avait jamais fait de mal à une mouche, était tout simplement une Banshee qui aimait les nuits de Pleine Lune et la mélancolie qui s’échappait de ce lieu sous l’éclairage de l’astre. Seulement, ce soir, Brogan était déjà repartie. Elle avait croisé sur son chemin une Zephira Wood, qui l’avait saluée d’un sourire et d’un signe de la main, habituées qu’elles étaient à se voir ces nuits là. Pourquoi, mais pourquoi Zephira Wood se baladait seule près des ruines à cette heure de la nuit ? Pour son travail évidemment ! Ou plutôt, pour ses recherches personnelles.
Il avait fallu moins de deux mois à Zephira pour visiter à peu près tous les coins de Sywhaîd. Pendant ces deux premiers mois, le jeune professeur ne s’était pas beaucoup mêlée à ses nouveaux voisins. Elle avait évidemment rencontré les autres membres du Rad, puis commencé à donné ses cours, avec beaucoup d’assiduité et tout en s’adaptant du mieux qu’elle le pouvait aux élèves qu’elle avait maintenant, qui n’étaient plus juste des jeunes étudiants avides de savoir mais des personnes de tous les âges qui avaient souvent plus de connaissances qu’elle dans certains domaines. Pendant tout le temps qui lui restait, elle visitait les environs de son nouveau village. Sywhaîd la passionnait. Elle sentait l’énergie magique qui se dégageait de l’endroit, elle avait vécu sa Quête d’une façon assez difficile d’ailleurs, elle en avait presque eu du mal à contrôler sa propre énergie magique tellement celle de la Brume était forte et imposante. Mais la campagne Sywhaîdienne c’était autre chose. Elle l’avait explorée, pratiquement complètement à présent. Et elle avait repéré certaines choses vraiment passionnantes…
Comme ces Lycanthropes. Non, pas des loups-garous, mais des plantes qui ne poussaient qu’en période de Pleine Lune. En fait, elles n’étaient visible que trois soirs par mois : le soir d’avant la Pleine Lune, le soir de la Pleine Lune, le soir suivant la Pleine Lune. Chacune de ces nuits donnait des qualités légèrement différentes aux Lycanthropes, et Zephira venait en récolter toutes ces trois nuits, tous les mois depuis qu’elle avait découvert ces plantes, qui poussaient près des ruines. Le craquement venait d’elle. Elle avait beau être plus silencieuse qu’une souris quand elle le voulait, une des choses étranges avec Miss Wood, imaginez la voir apparaître à côté de vous alors que vous n’avez entendu aucun bruit, mais là elle n’avait personne à surprendre et elle était trop préoccupée par le fait de cueillir les plantes selon le rituel qu’il fallait utiliser pour qu’elles aient tous leurs pouvoirs. Elle se promit de remercier Marybeth, qui l’avait aidée dans ses recherches à propos des Lycanthropes. La jeune fille était déjà venue avec elle plusieurs fois, mais cette fois elle avait d’autres projets… A Sywhaîd, les Pleines Lunes pouvaient apporter beaucoup de travail à qui savait ce qu’on pouvait trouver ces nuits-là.
Elle ressortit d’un coin d’ombre, caché par un des plus hauts murs des ruines, et par la pente du chemin, quelques secondes après le second bruit que B. avait pu entendre. Elle portait une longue robe pâle, qui paraissait presque blanche, mais qui à la lumière du jour était en fait verte très pâle. La robe était cintrée au niveau de la taille, et n’avait que de fines bretelles qui retenaient le décolleté avantageux de la jeune femme, et finissait en de longs pans de tissus qui tombaient asymétriquement à la hauteur de ses genoux ou de ses chevilles, selon. Elle était pieds nus et ses longs cheveux un peu trop blonds, dont la couleur semblait toujours aussi forte même sous la lumière pâle de la Lune, tombaient sur ses épaules, avec une vitalité qui aurait fait verdir de jalousie n’importe quelle pub pour shampooing. Elle ne portait pas de maquillage et le seul bijou qu’elle avait été un pendentif, qui pouvait passer à première vue pour une pièce d’argent. Quand on la regardait de plus près, on se rendait compte qu’une rune celte était incrustée dans la pièce. Le pendentif reposait sur un long fil, qui brillait sous la Lune. Un spécialiste aurait reconnu un crin de Licorne. Le pendentif tombait dans le creux de sa poitrine, juste à l’endroit le plus échancré du décolleté. Finalement, Zephira tenait dans une de ses mains un panier en bois tressé, du bois de houx. Dedans on pouvait voir des fleurs vertes pâles, exactement de la couleur de la robe de la jeune femme, ce qui n’avait rien d’une coïncidence, ainsi qu’une serpe.
Zephira avançait dans les ruines sans sembler remarquer B. Un peu plus et on aurait pu croire la jeune femme en transe. Ses yeux trop verts ressortaient peut-être encore plus qu’en plein jour, et ils étaient plus verts que jamais depuis qu’elle était arrivée à Sywhaîd. Cette énergie magique était étrange, elle n’était pas certaine que ça lui fasse tout à fait du bien, mais elle sentait qu’elle avait besoin de rester ici, qu’il y avait des choses à découvrir à Sywhaîd, tant sur elle que sur la magie en général. Et Zephira avait toujours été avide de connaissance.
« Bonne nuit B. ? » demanda-t-elle d'une voix un peu absente à l’apiculteur alors qu’elle venait tout simplement s’asseoir à côté de lui, sans attendre d’y être invitée, prenant la place de sa dernière conquête, sans pour autant avoir les mêmes intentions. Tranquillement, elle posa le panier à côté d’elle, sans paraître réaliser l’étrangeté de sa tenue, de son attitude ou même, de sa personne d’une manière générale.
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Sujet: Re: Pleine Lune Jeu 9 Aoû - 15:30
"Exquise", répondit le "dénommé" B., sans quitter Zephira des yeux. Ses pupilles miel s'attardaient sans vergogne sur la jeune femme -apparition eût été un terme plus proche de la réalité- tandis qu'elle s'installait à ses côtés ; non, il n'était pas superstitieux, mais décidément, cela valait le coup de rester éveillé les nuits de pleine lune. Quoi qu'on pût en penser, Berkeley était plutôt du genre animal à sang-froid ; bien qu'il multipliât les aventures -où était le mal ?-, il maîtrisait parfaitement ses pulsions, et n'avait rien d'un don Juan esclave de ses propres désirs. Mais en l'occurrence, il eût été difficile de demeurer de marbre.
Rien n'étant plus insupportable, sans doute, qu'un libidineux en rut, B. conserva une attitude dégagée, courtoise et respectueuse : il ne se jeta pas sur Zephira sitôt eût-elle pris place près de lui. Il ne s'attarda pas longtemps sur le pendentif idéalement situé de la jeune femme, préférant suivre la courbe voluptueuse de son épaule, délicatement sculptée par la lumière de la lune. Le regard était relativement appuyé, mais pas de façon gênante. On eût plutôt dit que B. la contemplait avec le ravissement d'un amateur d'art qu'avec la gourmandise malsaine d'un pervers en manque.
Comme pour confirmer cet état de fait, l'apiculteur reboutonna l'un des boutons de sa chemise, restée presque entièrement ouverte jusqu'alors ; mais à vrai dire, ce geste était curieusement beaucoup plus sensuel que s'il avait entrepris de se mettre complètement torse nu -ce qui n'aurait vraiment pas été correct...
D'ordinaire plutôt beau parleur, B., plus ému qu'il ne le laissait paraître, resta ainsi silencieux quelques secondes, avant de finalement se détendre, adoptant une position plus confortable que le douloureux appui sur avant-bras qu'il avait maintenu le temps de se délecter visuellement de la nouvelle venue. Ce n'était évidement pas la première fois qu'ils se croisaient, mais les circonstances du moment conféraient néanmoins à cette rencontre particulière un charme certain, pour ne pas dire davantage.
"Vous prétendrez encore, après cela, que vous êtes parfaitement humaine ?", souffla finalement l'apiculteur, avec un sourire sceptique ; ce n'était pas la première fois qu'il lui disait ce que beaucoup pensaient tout bas, qu'elle ressemblait à une fée, ou à dieu sait quelle créature surgie du plus profond de la brume.
Il avait assez vite été clair que Zephira n'était pas intéressée par les avances du pourtant assez bel homme, mais celui-ci ne cachait pas pour autant certains sentiments que pouvait susciter chez lui la jeune professeur ; lorsqu'il était en présence de cett dernière, il jouait un jeu à la fois complexe et de son point de vue infiniment plaisant, qui consistait à la poursuivre d'une cour respectueuse, sans pour autant gêner la trop belle jeune femme. La faire fuir sa présence n'était certainement pas le but de l'opération ! Quant au risque d'en faire trop, il était pour ainsi dire inexistant ; il avait beau se considérer comme assez habile parleur, B. lui-même estimait qu'il ne pourrait guère, par de simples mots, exprimer ce qui se dégageait de Zephira Wood.
Il n'avait pas échappé à B. que la jeune femme quittait Sywhaîd à chaque brèche, et que ce n'était pas juste pour faire provision de thé. Mais, voyons, comment était-ce, ce proverbe...? Ah, oui...
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Sujet: Re: Pleine Lune Lun 27 Aoû - 22:34
Si Zephira continuait à garder son regard dans le vague, comme perdue dans ses pensées, elle n’en était pas pour autant moins consciente de ce qui se passait autour d’elle. Cela faisait longtemps que la jeune femme avait pris l’habitude, à l’époque vitale, et encore maintenant souvent salvatrice, d’être toujours sur ses gardes, quoi qu’il arrive. Même alors qu’elle rêvassait tranquillement, tous ses sens étaient encore en alerte et pouvaient lui dire ce que faisait B. à côté t’elle. Elle sentit son regard, elle aurait presque pu dire chaque endroit où ce regard s’était attardé, mais elle ne s’en offusqua pas. Zephira n’était plus une vierge effarouchée depuis longtemps, si elle l’avait été un jour. Elle savait que son physique était attractif, elle savait même se servir de ce physique, quand elle y était forcée, et ça ne la dérangeait pas. Ou plutôt, ça ne la dérangeait plus. Depuis quelques temps, elle acceptait mieux ce qu’elle était, ce qu’elle avait été et ce qu’elle était devenue. Elle avait trouvé une sorte d’équilibre grâce à Patrick Winter, même si cet équilibre était précaire, et cela lui faisait du bien. Etre à Sywhaîd était aussi quelque chose qui l’aidait, mais dans un autre domaine. Cet endroit paraissait avoir été fait pour elle. Son énergie magique ne s’était pas mieux portée depuis qu’elle était ici, et elle sentait qu’elle était entourée d’une énergie encore plus forte.
Elle sourit un peu étrangement quand l’apiculteur reboutonna sa chemise, l’observant du coin de l’œil, cachant aussi peu son regard que l’homme ne l’avait fait quelques secondes plus tôt. En sondant son regard trop vert, on aurait sûrement vu un peu d’amusement, pas mal d’admiration et aussi quelque chose impossible à décrire, quelque chose qui en fait était toujours décelable dans le regard de Zephira si on faisait bien attention. Ce quelque chose était ce qui la rendait si mystérieuse, le mystère Wood n’avait rien à voir avec ses yeux trop verts, son teint trop parfait, son physique de rêve ou ses cheveux qui semblaient avoir une vie propre, en fait, son mystère reposait dans ce petit quelque chose qu’elle avait au fond du regard, un quelque chose qui n’était en général pas présent dans le regard de quelqu’un d’aussi jeune, un quelque chose qui n’aurait dû apparaître qu’à la toute fin de sa vie… Mais un quelque chose aussi qui semblait signifier qu’elle était là, bien vivante, sous cette Lune. Si on fixait un peu trop ce quelque chose, on finissait par se sentir mal à l’aise. Parce que ce quelque chose n’avait rien de naturel, il était dérangeant, il était vivant et moribond à la fois. Ce brillement étrange n’était vraiment visible qu’à certains moments, et peu étaient les gens qui avaient les capacités pour saisir cet éclat plus d’une seconde. La plupart de ceux qui l’avaient décelé préféraient l’oublier. Tout comme on préférait oublier que Zephira, à la première rencontre, ne semblait jamais humaine, et qu’on finissait par s’habituer à sa beauté étrange et à se dire que finalement elle n’était pas si différente des autres.
Les paroles de Berkeley firent s’étirer le sourire de l’étrange professeur. Elle tourna quelques secondes son regard vers lui, fichant ses yeux trop verts et un peu trop pénétrants dans ceux de son interlocuteur, avant de tranquillement recommencer à regarder dans le vide. En réalité, elle voyait bien quelque chose, elle voyait l’énergie magique qui entourait l’endroit. C’était quelque chose qu’elle aimait observer, c’était une des rares choses qui lui rappelaient son passé et qu’elle aimait pourtant. Elle sembla réfléchir quelques instants, comme si la question de l’homme demandait une réponse précise puis elle finit par sourire de nouveau, cette fois d’une façon douce, presque un peu nostalgique, avant de dire, de ce même ton un peu éthéré qu’elle avait utilisé en arrivant :
« Je crois pourtant bien que je le suis…» elle porta sa main à son pendentif et joua avec, pendant quelques secondes ses yeux se troublèrent et le petit quelque chose envahit tout son regard avant qu’elle ne se reprenne. Elle sourit un peu amèrement puis ajouta, tranquillement, comme si elle n’avait pas laissé tomber la façade quelques secondes plus tôt : « Mais si je ne l’étais pas, je ne crois pas que je le crierais sur les toits, même ici… Tout comme vous n’expliquez pas comment vous faites votre miel. Chacun ses petits secrets… Ce pourrait être la devise de Sywhaîd...»
Elle souriait maintenant d’une façon un peu sarcastique, en lançant un regard amusé à l’homme. Son attitude était tellement différente d’un rebondissement à l’autre qu’on aurait pu se demander si elle ne montait pas un petit spectacle en bonne et due forme. C’était peut-être le cas, après tout, Miss Wood n’était pas du genre à se laisser aller aux confidences nocturnes, et laisser apparaître son désarroi à un inconnu n’était pas quelque chose qu’on l’ait jamais vue faire, du moins pas ces dernières années. L’air sarcastique qu’elle continuait de servir à son interlocuteur laissait imaginer qu’elle n’avait fait ça que pour entretenir le mystère qu’il y avait autour d’elle, ou peut-être voulait-elle simplement s’en moquer.
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Sujet: Re: Pleine Lune Mer 12 Sep - 13:42
"Moi qui croyais que vous me vanteriez les mérites d'une fraternité parfaite, d'une solidarité sans faille, fondée sur... la confiance.." répondit avec une fausse ingénuité l'apiculteur. Un sourire poli répondit au regard amusé de sa très destabilitsante interlocutrice. Chaque entrevue avec elle -elles n'étaient pas si courantes- s'annonçait comme un très sympathique jeu du chat et de la souris, mais la souris en question finissait toujours, d'une manière ou d'une autre, par s'échapper des "griffes" de son adversaire. Ce qui ne rendait le jeu que plus agréable.
"Nombre de personnes viennent indubitablement ici pour...fuir...quelque chose", murmura Berkeley, renonçant à laisser fuir son regard vers le pendentif de Zephira, pour le fixer sur son regard trop vert.
Assurément, lui-même avait ses petits secrets, lui aussi ; et certains -certaines, surtout, avaient manifesté une curiosité moins délicate que la jeune femme allongée près de lui. Elle défendait son propre jardin secret avec un tact trop charmant pour qu'un gentleman comme lui pût insister davantage ; son intérêt n'en était pour autant qu'avivé. Il souriait, mais ne le masquait pas : sous les rayons de la pleine lune, ses yeux miel semblaient presque luire d'un appétit qui, une fois n'est pas coutume, n'était pas purement sexuel. Rien de comparable, bien sûr, avec l'éclat surnaturel des iris qui leur faisaient face. L'apiculteur rompit le premier le combat muet, en baissant les yeux vers le panier que portait Zephira.
Il se fichait bien de savoir quelles plantes avaient l'heur d'être par elle cueillies, et écouter les bruits de la nuit constituait une activité trop délicieuse pour être troublée. Aussi Berkeley garda-t-il bouche close.
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Sujet: Re: Pleine Lune Ven 21 Sep - 11:27
Le sourire de Zephira qui accompagna les paroles de l’apiculteur sur la confiance avait quelque chose d’étrange. A première vue, il paraissait amusé et légèrement éthéré, mais tout ce que faisait le professeur ce soir là semblait légèrement onirique, comme si elle n’était pas encore tout à fait sortie du rituel qu’elle avait dû faire pour cueillir comme il le fallait les fleurs qui se trouvaient dans son panier. Mais à y regarder de plus près, il y avait quelque chose de cynique dans cette expression. Zephira était le genre de personnes dont on ne savait jamais tout à fait ce qu’elles pensaient. On pouvait être certain qu’une parole prononcée montrait tel avis et se retrouver ensuite à douter seulement parce qu’on pensait avoir décelé quelque chose qui pourrait contredire l’avis en question. Ce simple sourire suivait tout à fait ce principe. On aurait pu croire qu’elle était seulement amusée par les paroles de l’homme qu’on appelait Buzz mais il était tout à fait possible, si on y faisait plus attention, de se demander si ce sourire était vraiment gentiment amusé ou s’il n’y avait pas quelque chose de plus douloureux qui l’accompagnait. Ou bien était-ce plutôt un sentiment plus féroce ? Cynisme, tristesse ou bien expression légèrement désabusée ? Peut-être rien de tout cela. Ce soir, plus que jamais, Zephira Wood semblait insondable. La réalité était qu’il y avait des paliers différents de compréhension de la jeune femme, et qu’il était très compliqué de tous les lier ensemble. Rares étaient les personnes qui en étaient capables.
Fuir était bel et bien une notion plus ou moins commune à tous les sywhaîdiens. Certains fuyaient des évènements graves, des choses qui les effrayaient ou qui leur avaient attiré des ennuis. D’autres fuyaient leurs contemporains et venaient ici pour s’isoler un peu. Plus nombreux étaient ceux qui se fuyaient eux-mêmes et cherchaient à changer au contact de cette vie si différente de ce qu’ils avaient pu vivre jusqu’à présent. En réalité, Zephira était persuadée que Sywhaîd était le genre d’endroits où l’on ne pouvait venir que pour fuir quelque chose. Evidemment, tout le monde n’avait pas derrière lui un passé aussi trouble que celui de l’étrange jeune femme, et certaines personnes avaient en fait eu une vie tout à fait acceptable jusque là, mais personne n’arrivait ici en étant parfaitement satisfait de ce qu’il vivait jusque là. Parfois, c’était inconscient. Zephira était ici depuis assez de temps pour le comprendre. Ceux qui arrivaient, persuadés de venir ici par choix et non par besoin, étaient souvent ceux qui avaient le plus à fuir mais qui préféraient l’occulter. Sywhaîd était un endroit qui permettait de se remettre à flots. On pouvait s’y faire oublier, ou au contraire y chercher un moyen de se faire connaître, toujours est-il que les gens qui venaient ici n’avaient jamais un parcours « classique ». Particulièrement les personnes comme Zephira… Ou comme B., qui même pour un endroit comme Sywhaîd semblaient encore être marginaux.
Le silence s’installa confortablement entre les deux compagnons. La jeune femme avait bien sûr remarqué que le regard de l’apiculteur avait glissé sur sa cueillette mais elle n’avait pas eu envie d’expliquer quoi que ce soit à ce niveau là. Ca n’était pas si intéressant. Ou plutôt, ça n’était pas tout à fait le moment. Un frisson la parcourut alors que le vent vint faire trembler quelques buissons autour d’eux. L’énergie magique dont était emplie Zephira Wood faisait qu’elle n’avait jamais froid. Mais ce vent n’avait rien de naturel. Il était lui aussi la marque d’une magie, d’une magie bien plus puissante que celle que le professeur avait en elle. N’importe qui, même le moins réceptif des non-sorciers aurait pu le sentir. Les ruines, en cette nuit de Pleine Lune, fourmillaient d’une magie plus ancienne et plus puissante que ce qu’on rencontrait la plupart du temps. Si B. était toujours plongé dans le regard de la jeune femme au moment précis de son frisson, il aurait vu ses yeux devenir encore plus verts, juste l’instant de quelques secondes, avant de revenir à leur couleur habituelle, déjà bien trop verte pour être qualifiée de naturelle.
« Même pour les habitants de Sywhaîd, cet endroit est considéré comme n’étant pas vraiment bon à fréquenter les soirs où la Vieille Magie se réveille… Il paraît que c’est dangereux… »
Sa voix, toujours assez grave et profonde, avait semblé rebondir sur ses paroles, comme si elle avait été prête à se mettre à chanter. Son regard était de nouveau perdu dans le vague. Un peu plus et on aurait pu croire que Miss Wood était possédée par une fée ou quelconque esprit gracieux qui peuplait ce monde.
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Sujet: Re: Pleine Lune Dim 30 Sep - 22:36
Et plus que jamais, Buzz était effectivement persuadé, en dépit de son récent démenti, que Zephira ne pouvait pas être totalement humaine. L'apiculteur n'avait pas croisé le regard de la jeune femme au moment où celui-ci avait lui d'un éclat plus vert encore qu'à l'ordinaire, mais il avait, lui aussi, ressenti un étrange frisson, lorsque les buissons avaient tremblé ; et ce n'était pas juste le vent. D'une certaine manière, allongé si près de lui, il avait eu le sentiment que le corps si exquis de Zephira avait vibré, comme sous l'effet d'une impulsion magique. C'était un phénomène nouveau, même pour un vieux briscard comme lui, et à vrai dire quelque peu effrayant.
Il avait vu pas mal de choses, depuis son arrivée à Sywhaîd. Il avait surtout rencontré beaucoup de monde, surtout dans la gente féminine -allez savoir pourquoi. Brunes lascives, rousses au teint transparent, blondes farouches, elles avaient su le séduire par une attitude, un mot, un regard... Elles étaient toutes uniques, mais jamais autant cet adjectif n'avait semblé adapté à l'une d'elles. Zephira était unique, oui ; il émanait d'elle un aura qui faisait d'elle une créature éminemment fascinante - et éminemment séduisante. Voilà ce qu'aurait pu lui dire Buzz s'il n'avait pas eu le souffle coupé ; comme tétanisé, il écoutait les douces mises en garde de son interlocutrice en songeant qu'il s'était effectivement de sa vie rarement senti aussi vulnérable.
Certaines expériences antérieures à Sywhaîd, d'où il n'avait réchappé que d'extrême justesse, paraissaient maintenant des plaisanteries face à ce qu'il affrontait désormais : au moins, même dans les danger les plus extrêmes, il s'était toujours senti parfaitement maître de lui-même. Il se félicita de n'avoir plus vingt ans, et bénit son expérience, qui lui permit, au prix d'un vigoureux effort sur lui-même, de conserver au moins les apparences à peu près sauves. La clarté de la lune n'avait probablement pas trahi à elle seule la pâleur soudaine de son visage, tandis qu'une certaine partie de son anatomie restait tranquillement endormie entre ses jambes. Dieu sait que le danger, en règle générale, était pour Buzz un puissant excitant.
L'apiculteur n'était cependant pas totalement maître de lui-même, après avoir vu Zephira vibrer sous l'énergie de la lune, telle la corde du violon sous l'archet. La gorge étrangement sèche, et la voix un peu rauque, il réagit presque instinctivement aux propos de la surnaturelle jeune femme :
"Suggéreriez-vous que nous le quittions ?"
Lui qui, d'ordinaire, prenait un tel soin à peser le moindre de ses mots... Il avait laissé ceux-là filer, avec leur flot de sous-entendus, hors de sa bouche, et se surprenait à ne le regretter qu'à moitié. Alors qu'il savait bien qu'il n'aurait pas cette fille-là, et que, pour une fois, il était de moins en moins maître du petit jeu de douce séduction qu'il suggérait, fidèle à son habitude. Etait-ce l'effet de Sywhaîd ? De la pleine Lune ? De Zephira elle-même ? L'apiculteur sentait son esprit dériver lentement, ses pensées tournoyer dans son esprit comme s'il avait trop bu. Jamais, en temps normal, Buzz ne se serait en galante compagnie soucié de sa langue maternelle. Jamais il ne se serait demandé si, en français, il aurait tutoyé ou vouvoyé son interlocutrice.
Nombre de messages: 139 Age: 36 Date d'inscription: 27/06/2007
Sujet: Re: Pleine Lune Mar 2 Oct - 22:04
Etrangement, Zephira Wood avait eu peu de propositions de ce genre dans sa courte, mais déjà bien remplie, vie. Elle était magnifique, elle était pour beaucoup la Femme Parfaite, ou du moins, une Femme Parfaite. Elle savait bien que ça n’avait rien à voir avec son physique. Ou plutôt, que ça n’avait rien de naturel. Adolescente, elle avait été plutôt ronde et plutôt insignifiante. Non, c’était faux. Elle s’était sentie insignifiante alors qu’elle avait déjà du charme et sûrement, sans s’en rendre compte, du sex-appeal. Mais elle était bien trop mal dans sa peau pour le voir et s’était laissée entraînée dans des aventures qui l’avaient irrémédiablement changée, tant au niveau de son caractère qu’au niveau de son physique. Elle s’était d’ailleurs déjà dit que ses parents eux-mêmes ne l’auraient sûrement pas reconnue à présent. Ses formes étaient devenues ce qu’elles n’auraient jamais pu être naturellement, on aurait pu dire très basiquement qu’elle avait tout ce qu’il fallait, là où il le fallait mais c’était encore trop peu pour décrire sa silhouette. Son visage était la version magnifiée de celui qu’elle aurait normalement dû avoir… Et quant au reste, elle dégageait une aura qui ne laissait personne indifférent, femme ou homme, personne n’aurait hésité à la décrire comme belle.
Elle mettait souvent les gens mal à l’aise avec cette beauté extra-ordinaire, et elle les troublait aussi très souvent, mais on lui faisait peu de propositions. Elle intimidait. Elle était, d’une certaine façon, trop belle, comme ses yeux étaient trop verts et ses cheveux trop pleins de santé. Elle ne paraissait pas humaine. Les gens la trouvaient belle mais inaccessible. Un peu froide aussi parfois, bien qu’elle n’ait jamais vraiment voulu l’être. Certaines personnes hésitaient même à lui parler, alors lui proposer un rendez-vous galant… Bon, à vrai dire, ce manque de propositions n’avait justement jamais été un manque. Jusqu’à y a pas si longtemps, Zephira s’interdisait de s’attacher à qui que ce soit, l’Amour, avec majuscule, lui avait déjà causé assez d’ennuis. Mais il y avait fini par y avoir Patrick et depuis, tout le monde la considérait comme prise. Elle ne parlait que rarement de lui, pourtant tout le monde à Sywhaîd semblait avoir compris qu’elle sortait à chaque brèche pour une raison très personnelle. Une fois, une femme avec qui elle faisait une quelconque corvée l’avait même félicitée pour son courage, garder une relation amoureuse avec quelqu’un qui était hors de Sywhaîd était quelque chose de vraiment difficile.
Elle sourit doucement à la proposition de l’apiculteur. Dans un autre temps, dans un autre monde, elle aurait rougi. Mais Zephira Wood ne rougissait plus depuis longtemps, ou du moins jamais sans que ça soit quelque chose de réfléchi. Elle maîtrisait son corps, elle avait été forcée d’apprendre à le faire. Le sourire était un peu rêveur, comme si pendant un instant elle avait hésité à accepter. Jamais elle n’aurait accepté en réalité, Zephira était quelqu’un de profondément loyal. Jamais elle ne trahirait Patrick Winter. Et, de toute façon, jamais elle ne pourrait s’accommoder d’une histoire d’un soir. Elle avait trop vécu pour ça.
« Je crois que vous êtes plus en sécurité ici… »
Elle avait dit ça de cette même voix douce et tranquille que tout ce qu’elle avait dit jusque là. Les paroles étaient étranges et difficiles à décrypter. Pendant quelques instants, elle avait pu paraître gentiment moqueuse, refusant l’invitation d’une façon plutôt gracieuse qui permettait à Buzz de ne pas se sentir trop honteux ou vexé. Mais son regard avait quelque chose d’étrange. Il s’était comme brouillé. D’une certaine façon, il était devenu plus humain. Ce regard était la trace de l’amertume cachée derrière ces paroles. Oui, B. était plus en sécurité tant que Zephira n’entrait pas trop dans sa vie. La jeune femme avait beaucoup trop de cadavres dans ses placards et trop de personnes, soit à sa recherche, soit désignés pour la surveiller, pour pouvoir agir sur une impulsion, toute agréable qu’elle ait pu sembler être au premier abord. Elle ne voulait pas attirer d’ennuis à son compagnon, même si ces derniers temps elle avait pris le dessus sur les personnes qui l’avaient dirigée toute sa vie. Joshua en était encore malade, elle le savait. La façon qu’elle avait eu de prendre son indépendance, d’imposer sa relation avec Patrick, alors qu’elle n’avait absolument aucun droit de le faire…. Elle était passée de manipulée à manipulatrice, et elle jouait avec des gens bien trop intelligents pour risquer d’entraîner de nouvelles personnes dans sa chute. Non, pour le moment, il était hors de question de s’attacher à qui que ce soit, pas profondément. Une personne aussi proche d’elle que Patrick suffisait.
« Et puis, rester enfermé à Sywhaîd est tellement dommage… »
Elle avait dit ça d’une façon encore plus distante si possible, comme si elle avait été complètement perdue dans un rêve ou une vision. Elle aimait ce village et elle ne passait que très peu de temps dans sa chambre ou son bureau. Même ses cours, elle essayait de les donner en plein air. Sywhaîd était un endroit bien trop intéressant pour jouer au pantouflard.
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Don't put your life in someone's hands They're bound to steal it away Don't hide your mistakes 'Cause they'll find you, burn you... If you want to get out alive oh, run for your life...
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Sujet: Re: Pleine Lune Mar 9 Oct - 10:35
Dommage ? Certes, Buzz n'aurait pu lui-même autrement exprimer l'étrange dépit qu'il ressentait, étrange parce que jamais il n'avait réellement pensé que Zephy fût le genre de femme à lui tomber dans les bras -qu'il avait pourtant accueillants. Il avait une suffiamment bonne expérience du beau sexe pour savoir s'il avait ses chances auprès de tel ou tel de ses membres, sans qu'il lui soit besoin de prêter l'oreille aux babillages, ou de surveiller les allées et venues de ses jolies compatriotes durant les brèches. Zephira lui serait apparue comme totalement insaisissable de toute façon, même si aucun Patri(iii)ck n'avait jamais croisé sa route. Les anciennes Amazones de Grèce devaient lui ressembler (poitrine mutilée mise à part) : s'il avait dû les décrire, Buzz aurait déclaré que leur caractère farouche n'était pas forcément visible dans tel ou tel trait, telle ou telle attitude fière, mais qu'il exsudait néanmoins de tous les pores de leur jolie peau.
Etait-il réellement plus en sécurité tant qu'il demeurait là, près de celle qu'il assimilait de façon naturelle à une guerrière de l'Antiquité, mystérieuse et imprévisible ? L'apiculteur en était de moins en moins sûr. L'étrange énergie qui avait fait vibrer le corps de la jeune femme autant que le sien s'était dissipée, mais laissait notre homme quelque peu échaudé, et moins sûr de lui, en dépit des apparences. Terrien, il ne craignait personne sur son terrain, en plein jour, que le soleil lui dorât les bras ou que l'orage fît trembler les murs de bois de sa cabane. Il commençait à comprendre pourquoi son instinct lui avait dicté de plutôt rester chez lui les soirs de pleine lune. Une créature terrifiante, surgir des ruines sur le chemin du retour ? Le même instinct lui murmurait qu'il serait moins en danger face à une horde de leprechauns que s'il demeurait très longtemps, encore, près de sa trop charmante concitoyenne.
Et, bien qu'il lui en coutât, que l'envie de prolonger son supplice encore quelques minutes, secondes, le dévorât littéralement, l'apiculteur se redressa lentement, et constata simplement :
"Ce n'est pas exactement mon discours habituel, mais il est des circonstances où... la raison doit prévaloir".
Il avait parfaitement réussi, maintenant que les énergies magiques s'étaient plus ou moins dissipées, à donner à sa voix son timbre habituel, ordinairement si apprécié. Mais le regard qu'il lança à Zephira en prononçant ces mots était quant à lui assez révélateur.
De nouveau campé sur ses pieds, l'apiculteur était déjà plus à l'aise. S'époussetant les main d'un geste lent, avec une langueur presque féminine, il ajouta simplement, en faisant "non" de la tête.
"La nuit, les abeilles font bien de dormir".
Il était comme ça : il aimait bien conclure ses entretiens correctement ; il lui arrivait de conclure des ébats à l'anglaise, mais c'était parce qu'une certaine délicatesse lui commandait d'éviter à ses partenaires d'un soir l'épreuve douloureuse de matins gênés. Une conversation était autre chose. Il conclut celle-ci par un sourire, avant de s'éloigner vers le sentier d'une démarche traînante. Il n'espérait nullement qu'on le retiendrait, son départ avait bien plutôt des airs de fuite : était-ce une raison pour détaler ventre à terre ? Buzz avait certes une démarche assez sensuelle, presque chaloupée, mais il n'en demeurait pas moins un homme, et un homme qui avait sa fierté.
[Voili voilou ! Merci pour ce joli topic, ce fut un plaisir ! On remet ça quand tu veux !]