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Quête de Kincaid Milroy

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Kincaid Milroy
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MessageSujet: Quête de Kincaid Milroy   Ven 21 Déc - 21:39

Un vrombissement tonitruant se fit entendre, semblant venir de nulle part et de partout à la fois. Un tel vacarme dans un coin aussi paumé, c’était déjà en soi quelque chose d’étonnant. Mais ce qui était véritablement stupéfiant, c’était bel et bien la source de cet infernal boucan. Sur l’un des chemins étroits partants de Kildrummy, un splendide Chopper fendait fièrement la poussière à une allure que de nombreux motards aguerris auraient qualifiée de suicidaire. La bécane filait à travers la campagne et son conducteur ne semblait se soucier ni de l’incongruité de sa présence, ni des dommages qu’il infligeait à sa magnifique monture en lui faisant emprunter des sentiers si mal entretenus.

Sans casque, sans manteau de cuir pour le protéger du vent, du froid et de la poussière, Kincaid tenait fermement le guidon de son incroyable engin, le regard fixe et empli de détermination. Une lueur de satisfaction presque animale dansait au fond de ses prunelles et l’adrénaline inondait son corps tout entier. Il lui semblait n’avoir pas pris un tel pied depuis des siècles. Il ne regrettait vraiment pas de s’être « approprié » cette beauté en passant par Stirling, même si depuis lors, un groupe de sept bikers le poursuivait avec acharnement et la volonté manifeste de récupérer la machine de leur huitième compagnon.

Malheureusement pour les riders, Kincaid les devançait d’une bonne heure et même s’il leur était facile de suivre la trace du Chopper, qui était loin de passer inaperçu, surtout dans ce coin du pays, ils n’avaient pas encore réussi à rattraper leur retard. Bien sûr, le jeune homme aurait pu utiliser la magie pour disparaître complètement aux yeux des sept compères venus d’Amérique, mais sa chevauchée aurait-elle alors eue la même saveur, ce même goût de danger et d’imprévu ? Décidément, Kincaid préférait avoir les larrons à ses trousses. Son parcours s’en trouvait grandement égayé, car rien ne distrayait notre jeune écossais comme les courses poursuites ; elles procuraient généralement des sensations qu’il était difficile de retrouver dans d’autres situations.

Alors qu’il se rapprochait sensiblement de la fameuse Brume qui entourait Sywhaîd, Kincaid ralentit pour la première fois depuis une centaine de kilomètres puis finit par couper le moteur de la moto. Il en descendit sans se presser, sachant pertinemment qu’il avait du temps devant lui avant que les motards en colère ne débarquent avec la ferme intention de lui refaire le portrait. Ils avaient gagné du terrain dans la matinée mais selon ses estimations, le jeune homme ne pensait pas les apercevoir avant un bon quart d’heure. Le temps pour lui de s’en griller une petite et d’observer un peu ce brouillard qui alimentait tant les récits folkloriques de la région.

Négligemment appuyé contre le Chopper maculé de boue et de poussière, Kincaid sortit de la poche de son vieux jean un paquet de cigarettes presque vide, volé lui aussi dans une station service non loin de Stirling. L’air blasé il tapota le paquet écrasé et ne parvint à en extraire qu’une seule survivante, qu’il coinça entre ses lèvres avec un soupir. Fallait espérer que Sywhaîd était souvent approvisionné en clopes. Il alluma la sèche avec une allumette, une miraculée elle aussi, et tira une longue bouffée avec délice.

Cette petite balade à dos d’américaine lui avait bien plu… Difficile après ça de se résoudre à se terrer dans une bourgade dont il ne savait presque rien, sinon qu’il ne pourrait pas en sortir dès que l’envie lui en prendrait. Mais sa décision était prise et il était du genre tenace. Il tenterait sa chance à Sywhaîd, il y était d’ailleurs bien obligé.

Après avoir tiré une dernière fois sur sa cigarette, Kincaid la fit disparaître à l’aide d’un sort simple puis plongea ses poings serrés dans les poches de son jean. Une bourrasque de vent s’engouffra alors dans les pans de sa chemise, ouverte sur un vieux débardeur qui avait été blanc, un jour. Mais le froid laissa le jeune homme complètement indifférent. Depuis des années, il utilisait presque quotidiennement un sort de réchauffement lorsque venait l’hiver, il maîtrisait si bien cet enchantement que plus le temps passait, moins il lui coûtait d’énergie magique. Ce qui le fit réagir et amena un agréable frisson le long de sa colonne vertébrale, ce fut le tapage caractéristique qui annonçait l’arrivée des sept bikers. Ils n’avaient pas tardé, exactement comme Kincaid l’avait prévu.

Ce constat amena un sourire narquois sur son visage. Prévisibles, prévisibles et idiots d’américains ! Refrénant un rire sans joie, le jeune homme embrassa une dernière fois le Chopper du regard puis, du plat de la main, donna une petite claque sur son flanc, comme s’il se fut s’agit d’une belle paire de fesses bien rebondies.

Ce fut au pas de course qu’il s’engouffra dans la Brume, alors que sept impressionnantes bécanes apparaissaient au loin.
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Dim 23 Déc - 21:41

Un sifflement rien moin qu'admiratif vint accueillir l'entrée de Kincaid dans La Brume. S'il baissait les yeux, il ne tarderait pas à en découvrir l'origine: un satyre comme on n'en faisait plus depuis la mythologie grecque. Et comme on n'en avait certainement pas fait à l'époque de la mythologie étant donné qu'il portait une chapka russe semblant venir tout droit de Sibérie, ornée d'un F brodé sur le devant, et qu'une paire de jumelles pendait sur son torse. Visiblement, il avait suivi toute la scène avec les bikers à travers cet engin.

- Bien joué choup' choup'! Magnifique chevauchée! J'avais pas vu ça depuis l'autre là, sur Pégase, j'ai oublié son nom...

Regard pensif puis Fil hocha la tête de droite à gauche comme pour dire que ça n'avait pas d'importance.

- Kincaid, c'est ça? Moi c'est Fil, j'suis ton examinateur désigné. C'est moi qui vais décider s'tu pourras ou non entrer à Sywhaîd.

Le satyre tendit sa main à l'Ecossais et attendit qu'il la serre avant de poursuivre.

- Bon, pour commencer, voyons voir si t'sais t'servir aussi bien d'ta tête que d'ta bécane. Et pour ça... ben... comme j'suis Grec, j'vais t'faire le coup classique d'l'énigme.

Fil se frotta les mains, l'air content de lui.

- Bon, celle-ci est loin d'être grecque, elle a été inventée par un Français. Hugo Victor. Non, l'inverse. Bref. Ecoute bien.

Le satyre s'éclaircit la gorge.

- Mon premier est bavard.
Mon deuxième est un oiseau.
Mon troisième est au café.
Mon tout est une patisserie.


Fil leva vers Kincaid un regard patient et attendit sa réponse.
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Mar 25 Déc - 21:23

Le sifflement qui accompagna son entrée dans la Brume arracha un sourire suffisant à Kincaid, qui haussa bientôt un sourcil, stupéfait et amusé. La créature qui lui faisait face était véritablement étonnante, même pour un sorcier ayant passé ses jeunes années à bourlinguer de pays en pays. Un satyre, s’il ne se trompait pas. Une sorte de créature humanoïde, quelque chose dans ce goût-là ; un type qui, du temps des grecs en jupettes, passait ses journées à mater les Nymphes, les cornes frémissantes d’idées scabreuses, tout en se gavant de vin et de tzatziki. Ce satyre-là cependant, avec sa chapka et sa paire de jumelles, n’avait plus grand-chose de folklorique ou de mythologique. Mais il avait une bonne tête et son accueil flattait la vanité du jeune écossais.

Kincaid ne remercia pourtant pas le dénommé Fil, il se contenta de hocher la tête, avec un sourire en coin, et d’émettre un vague « Ouais » lorsque la créature vérifia son identité avant de dévoiler la sienne. Dans ses souvenirs, les biquettes étaient moins bavardes, moins sympathiques aussi. Après un quart de seconde d’hésitation, il se décida à serrer la main du satyre, avec sa puissance habituelle. Le gars lui semblait honnête, aucune raison de lui refuser une poignée de mains, même si, généralement, Kincaid demeurait plus longuement sur la réserve face à une nouvelle tête.

« J’t’écoute. » Affirma-t-il à l’examinateur cornu avec, dans la voix, un calme plein d’arrogance

Il était loin de penser qu’il serait accepté d’office par la Brume, le contraire aurait été plus exact. Mais il ne craignait pas les épreuves, quelles qu’elles soient, et c’était certainement ce qui lui permettait d’afficher une sérénité si parfaite. Il était imbu de lui-même, bien entendu, et pensait que peu de choses pouvaient lui résister, mais il était surtout dénué de toute peur et c’était ce qui lui donnait cette assurance, cette nonchalance.

Il attendit la fin de l’énigme de Fil avec une patience extrême, sans quitter ce demi -sourire qui irritait tant ceux et celles qui l’avaient côtoyé, les bras négligemment croisés sur son torse. S’il avait pu s’adosser à quelque chose, comme il s’était tout à l’heure appuyé sur le Chopper, il l’aurait fait sans hésiter.

La charade lui était inconnue, tout comme l’œuvre de ce Hugo que Fil avait mentionné. Hugo Victor ou Victor Hugo, peu importait finalement. Kincaid, qui avait pourtant passé quelques temps en France, ne se souvenait pas avoir entendu parler de ce type. Il fallait avouer que les cercles qu’il fréquentait alors se fichaient pas mal de la culture des non sorciers, et de la culture tout court d’ailleurs. Cependant, si le jeune homme était un inculte notoire, cela ne faisait pas de lui un imbécile et, tout en réfléchissant à la solution possible de l’énigme, il ne sourcilla pas une seule fois.

Comme à son habitude, il procéda avec vitesse et habileté. Il fallait se débarrasser du superflu pour se concentrer sur l’essentiel et le fin mot de l’histoire apparaîtrait plus facilement. Il avait trois éléments et une évidence. L’évidence, c’était que le mot qu’il cherchait avait sa place dans un livre de recettes. Les trois éléments cruciaux étaient quant à eux les termes bavard, oiseau et café.

Alors même que cette pensée traversait son esprit, Kincaid effleura la réponse. Bavard. Oiseau. Café. Etait-ce possible ? Etait-ce d’une simplicité si… enfantine ?

« Bavaroise au café ? » Suggéra-t-il après un bref éclat de rire.

Et il haussa un sourcil, comme pour s’assurer auprès de Fil qu’il ne s’était pas trompé. Mais il était persuadé d’avoir résolu l’énigme, c’est pourquoi il se permit d’ajouter après une légère pause :

« J’sais pas ce qu’elles donnent imbibées d’café, mais avec un peu d’bière, les bavaroises sont des douceurs tout à fait acceptables… Un peu balourdes, p’têtre, mais mignonnes comme tout… »

Au sourire grivois de Kincaid, il était évident qu’il n’était plus question de pâtisseries…
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Mer 26 Déc - 17:54

La blague n'étais pas fine mais Fil sembla l'apprécier. Il éclata de rire et se frappa les cuisses de bon coeur. S'essuyant les yeux où quelques larmes avaient perlé, le satyre adressa un grand sourire à Kincaid.

- T'en a là d'dans mon garçon! Si t'en as autant dans l'pantalon, tu dois leur plaire aux gamines! ajouta-t-il avec un coup de coude amical dans les côtes de l'Ecossais et un clin d'oeil grivois.

Fil sembla réfléchir quelques instants, puis, sans se départir de son sourire, il claqua des doigts et ricana en fixant un point situé derrière Kincaid.

- Montre moi comment tu la domptes celle-là!

Quand Kincaid se retournerait, il se retrouverait face à une jeune fille à la beauté absolument renversante, vêtue - euphémisme du siècle - de voiles de mousseline ne cachant rien, et même révélant tout de sa somptueuse plastique.

- J'te présente Daphnée. Fais tes preuves!

La dénommée Daphnée brandit une baguette magique, s'inclina de la façon traditionnelle et pris la pose rituelle des duellistes sorciers. Kincaid n'aurait aucun mal à comprendre le message: il lui faudrait faire preuve d'habileté avec son propre médium. Sauf qu'il ne tarderait pas à découvrir que Daphnée trouvait toujours la parade adaptée et n'hésitait pas à user de ses charmes évidents pour le destabiliser.
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Dim 30 Déc - 19:33

Une fois encore, Kincaid apprécia les compliments de Fil avec une certaine sobriété, son sourire taquin ne quittant pas ses lèvres et son arrogance brillant au fond de ses prunelles. Il commençait véritablement à apprécier le satyre, et pas uniquement parce que celui-ci riait de bon cœur à ses remarques graveleuses et le flattait sur le contenu de ce qu’un homme pouvait avoir de plus précieux, à savoir son esprit et sa virilité. S’il se sentait à l’aise avec Fil, c’était certainement parce qu’il avait l’impression qu’ils étaient de la même trempe. Des types que l’on prenait parfois pour de simples ivrognes, d’imbéciles débauchés, mais qui avaient une cervelle et savaient s’en servir, souvent mieux que la plupart des bonshommes propres sur eux.

Lorsque son examinateur claqua des doigts et émit un ricanement, Kincaid haussa un sourcil et esquissa une moue amusée. L’expression de son visage semblait clairement demander : Qu’est-ce que tu me prépares encore, mon gaillard ? Et il obtint un début de réponse lorsque Fil l’invita à lui faire une démonstration de domptage, tout fixant quelque chose, ou quelqu’un, qui semblait se trouver derrière lui.

Lentement, avec sa nonchalance coutumière, le jeune homme se retourna. Il se retrouva alors face à l’une des plus belles créatures qu’il eût jamais rencontré, une jeune femme aux jambes longues et magnifiquement galbées, aux hanches joliment épanouies, à la taille délicieusement fine, à la poitrine ferme et parfaitement proportionné et à l’interminable et resplendissante chevelure brune. Quant à son visage, il était comme le reste de son corps, il respirait la beauté et la perfection et il était empreint d’une pureté à damner un saint. Or, Kincaid était loin d’être un saint et il se serait volontiers damné pour passer quelques heures dans un motel avec cette splendide fille d’Eve.

« Daphnée… C’est un plaisir… » Susurra-t-il de sa voix la plus langoureuse, un sourire à la fois charmeur et canaille étirant ses lèvres. Il songeait effectivement que rien ne lui ferait plus plaisir que de pouvoir dompter cette donzelle, même s’il pressentait que cela ne ressemblerait nullement à la partie de débauche à laquelle il ne pouvait s’empêcher de penser en posant son regard sur les courbes sensuelles de la jeune femme.

« T’as d’bons goûts. » Reprit-il, à l’intention de Fil cette fois, après lui avoir décoché un clin d’œil complice. « Mais j’vois qu’c’est un cadeau empoisonné qu’tu m’fais, mon vieux… La d’moiselle n’a pas l’air commode, sous ses airs de nymphettes… »

En effet, Daphnée venait de le saluer et de lever sa baguette vers lui, prête, visiblement, à en découdre. Kincaid ne réprima pas l’éclat de rire qui montait en lui. Décidément, cette situation était loin de lui déplaire. Une beauté avec du caractère, il ne connaissait rien de tel pour passer un bon moment… Peut-être que lorsque la donzelle aurait compris qu’il ne servait à rien de lui résister, ils pourraient s’éclipser quelques temps, histoire de donner un petit goût libertin à cette Quête…

Mais l’heure n’était pas encore à la polissonnerie car, malgré son sourire merveilleusement engageant, Daphnée semblait bel et bien vouloir défier Kincaid. Celui-ci lui rendit son sourire, la salua brièvement puis se mit également en position de duelliste. Il attaqua le premier, sans attendre, jetant, à l’aide de sa chevalière, un puissant sort de désarmement. Un sort puissant, certes, mais d’une grande simplicité et que la jeune femme para sans problème, agrémentant même sa parade d’un mouvement de hanches qui capta l’attention du jeune homme durant un quart de seconde.

Se pouvait-il que cette damoiselle soit de taille à lutter contre lui ? En homme profondément orgueilleux, l’écossais en doutait encore. Il avait plus d’un tour dans son sac et des paires de fesses qui cherchaient à l’aguicher, il en avait vu plus d’une, celle-là ne l’empêcherait pas de gagner ce duel !

Au bout de cinq minutes, les doutes de Kincaid avaient disparu. Il utilisait des sorts offensifs basiques, Daphnée connaissait toutes les esquives. Il corsait ses attaques, se montrait plus violent, elle parait ses enchantements avec une aisance contrariante, ponctuant sa défense de rires cristallins et de pas de danse affriolants. Seule une grande expérience des duels magiques permettait au jeune homme de conserver son sang-froid et de ne pas se laisser séduire par l’espiègle donzelle. Durant quelques minutes encore, il tenta de déjouer la défense de son adversaire, en vain. Même ses fameux maléfices d’emprisonnement, qui généralement réduisaient ses adversaires à l’immobilité la plus complète, étaient brillamment évités par l’agaçante beauté brune.

L’égo de Kincaid en prenait un coup, il fallait l’avouer, mais il n’avait pas dit son dernier mot, pas encore. Il avait un principe, prêtant à controverse, certes, mais qui ne l’avait jamais déçu durant toutes ses années d’errances et de galères. Lorsque les combats réguliers apparaissaient perdus d’avance, mieux valait passer à une lutte irrégulière, on avait plus de chances d’en sortir vainqueur, surtout si l’adversaire possédait un grand sens moral… On ne recevait pas d’honneurs après ce genre de victoire, c’était certain, mais on était en vie, une chose qui comptait bien plus aux yeux du jeune homme que la droiture et le respect des règles, sans doute possible.

Abandonnant sa posture de duelliste sans crier gare, Kincaid mit un genou à terre, marmonna une formule incompréhensible entre ses dents serrées, puis, de nouveau sans prévenir, se releva avec une impressionnante vivacité. Il ne laissa pas une seconde à Daphnée avant de lancer, de toute la force de son bras droit, un caillou d’une taille colossale en direction de son médium magique. Son but : désarmer la jeune femme et réduire sa baguette en miettes, ce qu’il espérait bien réussir à faire vu la puissance et la précision de son lancé. Cet acte défiait toutes les règles du duel magique, Kincaid en était parfaitement conscient. Mais jouer au sorcier moral et respectable ne l’avait amusé qu’un temps, son naturel revenait au galop…
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Mar 1 Jan - 21:50

La pierre de Kincaid toucha sa cible. La nymphe perdit sa baguette et le médium tomba sur le sol où le brisa dans un craquement sinistre qui retentit dans le silence. L'espace de quelques secondes, Daphnée braqua sur l'Ecossais un regard meurtrier et le temps sembla suspendre son vol. Et puis, des applaudissements, provenant sans nul doute de Fil, vinrent rompre l'enchantement.

- Bien joué choupi, bien joué! Allez Daphnée, tu remballes!

La sublime brune parut hésiter puis ramassa sa baguette brisée, salua Kincaid de la façon traditionnelle et partit sur un dernier sourire aguicheur, après lui avoir envoyé un baiser.

Fil tira sur la manche de Kincaid jusqu'à ce qu'il lui fasse face (fasse face :p pardon) et désigna du pouce un panneau indicateur.

- Allez, continue ton ch'min! J'te retrouve au bout.

Et il disparut dans un nuage de fumée verte. Le choix de Kincaid était clair: à droite "Le droit chemin" à gauche "Le mauvais chemin". De ce qu'il pouvait voir, le droit chemin semblait paradoxalement sinueux et tortueux, parsemé de ronces alors que l'autre était large et régulièrement pavé.
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Dim 6 Jan - 16:16

Lorsque le caillou qu’il avait lancé entra en collision avec la baguette de Daphnée, la désarmant au passage, Kincaid laissa échapper un ricanement plein d’arrogance et ses yeux pétillèrent de fierté et de contentement. Il soutint le regard de la nymphe sans sourciller, un sourire à la fois charmeur et satisfait étirant ses lèvres. Il avait gagné ; et si l’on se fiait à sa posture décontractée, on aurait pu croire qu’il n’avait pas douté un seul instant de pouvoir remporter la victoire. Ce qui n’était pas totalement vrai, évidemment. Le jeune homme avait bel et bien entrevu la possibilité, l’espace de quelques dixièmes de seconde, que Daphnée dévie son projectile et lui porte le coup final, un coup qu’il n’aurait peut-être pas su éviter vu les connaissances apparentes de la somptueuse créature dans le domaine des sortilèges. Mais, une fois encore, sa réactivité, alliée à son mépris des règles, avait porté ses fruits. Il était vainqueur.

Les applaudissements de Fil firent écho aux pensées de Kincaid, qui se félicitait d’ores et déjà d’avoir su déstabiliser la nymphe. Sa vanité retrouvait rapidement toute la superbe qu’elle avait perdue quelques minutes auparavant, alors que l’écossais ne parvenait pas à créer une brèche dans la défense de Daphnée. Cette dernière ramassa d’ailleurs les débris de la baguette avec laquelle elle avait causé tant de soucis au jeune homme puis consentit à disparaître, le gratifiant au passage d’un baiser lointain et d’un dernier sourire.

« Sans rancune. » Murmura Kincaid avec espièglerie, alors que la nymphe s’éloignait dans la Brume.

La délicieuse jeune femme ayant quitté les lieux, il se tourna vers Fil et lui sourit avec une bonne humeur certaine. Il observa patiemment le panneau que lui indiquait le satyre puis croisa les bras, l’air faussement songeur. Avant que la biquette ne disparaisse à son tour, le jeune homme lança avec une assurance sans faille :

« Ok. A tout d’suite, mon vieux ! »

Puis il fit de nouveau face au panneau indicateur. Un air ironique se peignit alors sur son visage. Il avait donc le choix entre le « droit » et le « mauvais chemin ». Il retint de justesse un nouveau ricanement. Comme si on ne lui avait pas déjà demandé de faire ce choix, comme s’il ne l’avait pas déjà fait, en de très nombreuses occasions…
Résistant à son impulsivité habituelle, il embrassa la Brume du regard puis l’interrogea à voix basse, sans crainte, une note railleuse dans la voix :

« C’est vraiment nécessaire ? Tu n’sais pas d’avance, Toi, c’que j’vais choisir ? »

Secouant lentement la tête, un sourire dénué de joie ornant ses lèvres, Kincaid s’enfonça sans hésiter dans le « droit chemin », un air blasé plaqué sur son visage, qui, après quelques réjouissances, avait retrouvé son inquiétante dureté.

Il n’était pas question pour lui de choisir le « mauvais chemin », s’il représentait uniquement la facilité et si c’était ainsi que la Brume l’envisageait. Dans sa vie, il n’y avait jamais eu de séparation si nette entre ces deux extrêmes… S’il avait commencé à flirter avec l’illégalité et s’il en avait finalement fait une maîtresse constante, ce n’était pas parce que ce mode de vie représentait pour lui l’aisance et la simplicité. C’était tout simplement parce que ce qu’on appelait habituellement le « mauvais » chemin était tout ce qu’il aimait, tout ce qui le maintenait en vie depuis de longues années.

Et cela ressemblait bien plus, dans son esprit, aux sinuosités et aux ronces proposées par le « droit » chemin de la Brume, plutôt qu’à l’allée pavée qui était censée représenter le « mauvais » chemin …
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Lun 7 Jan - 17:36

Au premier détour du "droit chemin" qui n'avait, on l'a bien compris, de droit que le nom, Kincaid fut arrêté dans sa progression par un pan de brouillard un peu plus dense que le reste de La Brume. Plus il s'en approcherait et moins ce brouillard serait flou, prenant peu à peu consistance, jusqu'à matérialiser la plus grande peur de l'Ecossais.

[Hj: cette peur peut être tout à fait concrète, genre s'il a peur des guêpes, c'en sera un essaim etc. mais ça peut aussi être beaucoup plus abstrait, voire même un regret tenace, ou mieux, un grand remord etc. je laisse cela à ton discernement!]
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Dim 20 Jan - 17:12

Les ronces s’accrochaient aux pans de sa chemise, les branches épineuses des arbustes éraflaient sans scrupule la peau découverte de ses avant-bras, une poussière lourde s’élevait tout autour de lui… Pourtant, Kincaid avançait d’un bon pas, le regard fixe, la respiration paisible et mesurée. Une lueur de défi et de détermination brillait au fond de ses yeux bruns et son visage était presque inquiétant à force d’impassibilité. Il marchait sans se soucier de ce qu’il laissait derrière lui, sans regretter son choix une seule seconde.

Bientôt, alors que le jeune homme commençait à ressentir les premiers élans de l’ennui, un rideau brumeux particulièrement dense apparut dans son champ de vision. Il ralentit légèrement l’allure, s’accordant quelques secondes pour observer cette paroi de brouillard qui bloquait sa progression. De là où il se trouvait, il ne put rien distinguer. Il entreprit donc de se rapprocher, sans qu’aucun sentiment d’appréhension n’apparût sur son visage ; seule une certaine curiosité animait ses traits empreints de dureté.

Cependant, plus il approchait de la nappe de brume, plus les battements de son cœur se faisaient rapides et irréguliers. Ce qu’il entrevoyait… Ce qu’il entrevoyait menaçait de lui faire perdre son sang-froid. Il avançait pourtant, se refusant à retourner sur ses pas. Il n’avait que très rarement battu en retraite et ne souhaitait pas faire preuve d’une telle faiblesse aujourd’hui. Son instinct lui disait qu’il allait devoir affronter ce qu’il devinait derrière cet épais brouillard…

Lorsqu’il se trouva à moins d’un mètre du mur fuligineux, un frisson glacé parcourut son échine et il déglutit avec peine. Cela ne pouvait pas être vrai… Kincaid ne pouvait le croire. Méprisant toute prudence, cédant à son impulsivité, il amorça le dernier pas qui le séparait du pan de brume. Ce qu’il vit alors le pétrifia.

Le brouillard avait complètement disparu. Face à lui se tenait à présent Ceit, la petite Ceit, âgée de sept ans à peine. Elle était prostrée au sol, les épaules agitées de sanglots silencieux. Ses petites mains maculées de boue recouvraient son visage, elle ne semblait pas avoir conscience de sa présence. Kincaid demeura un long moment immobile, les lèvres entrouvertes et la poitrine étrangement douloureuse, ne sachant que faire. Ceit ne cessait de pleurer, sans qu’aucune plainte ni aucun gémissement ne franchisse la barrière de ses lèvres enfantines. Si jeune et si fière déjà, si pathétique et si digne à la fois…

Ne pouvant supporter une seconde de plus cet affreux spectacle, son aîné fit un pas puis murmura d’une voix douce, hésitante, qu’il utilisait si rarement qu’elle sonnait étrangement rauque :

« Ceit… »

Entendant son prénom, la petite fille sursauta violemment puis écarta lentement ses doigts, laissant apparaître ses yeux mordorés, si semblables à ceux de son frère. Diverses émotions se succédèrent alors dans son regard, il y eut l’effroi d’abord, qui frappa Kincaid en plein cœur, puis la haine, une haine si profonde et si farouche que le jeune homme en fut comme assommé, enfin, la détermination naquit au fond de ses pupilles, une détermination bien connue de l’écossais.

Lorsqu’elle se releva, dévoilant ses genoux écorchés, sa robe poussiéreuse et son visage que l’on devinait parsemé de bleus et de bosses derrière les mèches de cheveux que les larmes avaient collées sur ses joues, qu’elle serra rageusement ses petits poings et qu’elle leva bien haut son menton, comme elle le faisait encore aujourd’hui, Kincaid n’esquissa pas un geste. Il la regarda, les yeux hagards, le cœur battant la chamade, incapable d’émettre un son. Il aurait voulu aller vers elle, la prendre maladroitement dans ses bras, panser les blessures de son corps et de son esprit, comme seul un grand frère pouvait le faire, comme il l’avait fait quelques mois auparavant. Mais il demeurait immobile, muet.

Et ce qu’il craignait arriva bientôt, les raisons de sa paralysie et de son mutisme éclatèrent au grand jour. Ceit prit la parole. Sa voix tremblait de fureur, de rancœur.

« C’est toi… C’est toi qui m’as fait tout ça ! »

D’un mouvement rageur, l’enfant désigna ses jambes égratignées, son visage tuméfié. Kincaid écarquilla les yeux, observa son œuvre avec effroi, secouant imperceptiblement la tête en signe de dénégation. Non. C’était impossible…

« Si ! Si ! C’est toi ! J’te déteste ! J’te déteste Kincaid ! »

Le jeune homme ne pouvait soutenir le regard à la fois douloureux et féroce de sa cadette, il détourna les yeux, ses épaules s’abaissèrent sous l’accusation.

Elle disait vrai, Ceit ne mentait pas, il le savait. Il ne le savait que trop. Mais comment… Au nom du ciel ! Comment avait-il pu faire ça ? Des choses amorales, des choses illégales, il en avait fait, et pas qu’un peu. Mais sa sœur… Sa petite Ceit… Comment avait-il pu ? Et pourquoi ? Pourquoi ? C’était indigne d’un aîné, indigne d’un homme de s’en prendre à une créature si chétive, si faible, une enfant, sa propre sœur…

Kincaid secoua la tête plus frénétiquement, la gorge nouée par l’angoisse et la terreur. Il ne voulait pas y croire, pourtant il savait parfaitement que c’était la pure vérité. Il reconnaissait chaque bosse, chaque hématome, chaque éraflure… Il était la cause de toutes ces souffrances. Il se souvenait avec une douloureuse netteté de toutes les fois où il avait cherché querelle à Ceit, de toutes les fois où il l’avait poussé, cogné, frappé… Tout cela en riant. Oui. En riant… Il n’était lui-même qu’un enfant alors. Mais avait-il changé ? C’était bien lui, l’homme qu’il était aujourd’hui, que la petite Ceit venait d’accuser.

Le jeune homme chercha de nouveau le regard de sa sœur. Il se heurta à sa haine, à son dégoût et en fut étrangement effrayé. Il ne parvenait toujours pas à bouger et aucun mot ne semblait vouloir franchir ses lèvres. Passif, il vit sa cadette lever lentement son bras éraflé puis pointer un doigt incriminateur vers lui.

« C’est toi ! » Asséna-t-elle sans ménagement, le regard dur.

Vaincu, tremblant d’effroi à l’idée de ce qu’il avait fait subir à sa sœur, Kincaid tomba à genoux et baissa la tête, honteux. Il ne pouvait définitivement pas supporter le regard de Ceit. Contenant avec peine les larmes amères qui menaçaient de le submerger, il déglutit puis murmura d’une voix piteuse et à peine audible :

« Pardon, Ceit… Pardon… »
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Dim 20 Jan - 22:03

Kincaid n'obtint aucune réponse à ses excuses, à part un sourire énigmatique mais chaleureux de la part de l'avatar de sa soeur. Quand il se serait remis d'aplomb et aurait repris sa route, il finirait par croiser une nouvelle épreuve: il se retrouverait en train de vivre son plus grand fantasme, la difficulté serait cette fois d'être suffisamment motivé pour arriver à en sortir et à poursuivre son chemin.
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Lun 28 Juil - 9:59

De longues secondes, plusieurs minutes peut-être s’écoulèrent avant que Kincaid ne pût esquisser l’ombre d’un mouvement. Quelque chose en lui, quelque chose qui ressemblait terriblement au poids de l’épouvante, le clouait impitoyablement au sol. Il n’osait lever les yeux, il n’osait croiser à nouveau le regard accusateur de Ceit. Il était bel et bien saisi, tenaillé, mis au supplice par la peur et ce sentiment avait pour le jeune homme un tel goût d’inédit qu’il ne savait comment lui faire face. Jamais, du moins le croyait-il, jamais il ne s’était senti si faible, si effroyablement vulnérable.

Et Ceit… Que devait-elle penser de lui, de ce grand frère qu’elle avait tant et si souvent redoutée ? Triomphait-elle ? Se délectait-elle du désarroi et de l’ignoble lâcheté de son aîné ?

Non.

La réponse apparut aussi limpide que soudaine dans l’esprit de Kincaid. Non, Ceit ne pouvait se réjouir de sa douleur ou de sa frayeur. Elle ne le pouvait plus. Plus depuis qu’il l’avait arraché aux griffes glacées de son île nordique, plus depuis qu’il l’avait veillé avec tant de tendresse et de patience, les nuits où la fièvre s’emparait de son front.

Fort de cette certitude, Kincaid respira plus librement. Ses membres se détendirent et il commença à se redresser, lentement. Sa sœur ou l’image de celle-ci, s’était enfuie depuis un long moment. Pourtant, au milieu de ce chemin escarpé et poussiéreux, seul entre ces ronces et ces branches épineuses, l’écossais ressentit, l’espace de quelques secondes, une sérénité qui lui était presque aussi étrangère que l’effroi. Un imperceptible sourire, dénué d’arrogance et de sarcasme, s’épanouit furtivement sur ses lèvres tandis qu’un voile de douceur passait brièvement dans ses yeux. Ceit n’était plus là et pourtant, tout cela lui était destiné.

Retrouvant sa détermination, et avec elle ses airs d’impassibilité, prenant le recul nécessaire pour continuer sa Quête, Kincaid reprit sa route. Cette fois encore, il ne se laissa pas ralentir par le chemin accidenté ni par sa végétation agressive. Il progressait avec défi, obstination, prouvant ainsi que, s’il était effectivement possible de percer sa carapace, il n’était cependant pas homme à se laisser anéantir par la première épreuve venue, si rude fut-elle.

Tandis qu’il avalait les mètres d’un pas puissant et dynamique, le jeune homme regardait droit devant lui, recherchait le prochain obstacle qu’il aurait à franchir. Avançant rapidement, les yeux fixes et le visage sombre à force de détermination, il avait retrouvé son aura brutale, inquiétante et presque animale. Lorsqu’une nouvelle nappe de brouillard apparut face à lui, il n’hésita pas une seconde et s’y engouffra. Son assurance coutumière était renforcée par la conviction qu’il avait que rien, rien ne pourrait plus l’impressionner que la scène qu’il venait de vivre.

Peut-être s’était-il trompé… Le mur de brume se dissipa doucement et, avant de pouvoir distinguer quoique ce soit, Kincaid sentit ses pieds s’enfoncer dans un sol meuble, qu’il sentait tiède à travers le plastique défraîchi de ses chaussures. Intrigué, il fit encore quelques pas et le brouillard disparut tout à fait. La vue qui s’offrait à lui laissa le jeune homme sans voix.

Une splendide plage de sable blanc s’étendait devant lui. Entièrement déserte, elle était baignée par la douce et chaude lumière du crépuscule, qui rougeoyait à l’horizon. Une mer calme, chargée d’embruns, étendait paresseusement ses rouleaux surmontés d’écume. Elle montait et se retirait avec une agréable régularité, produisant une apaisante mélodie. Quelques mouettes invisibles poussaient cette stridente complainte qui accompagne admirablement la symphonie paisible des vagues. Le vent, merveilleusement tiède, soufflait avec délicatesse sur ce paysage idyllique, apportant des flots de puissants et enivrants parfums.

Le cœur de Kincaid s’emballa. Il avait bourlingué de pays en pays, de continent en continent, mais il lui semblait n’avoir jamais rien vu d’aussi magnifique. Presque malgré lui, il se déchaussa, puis se remit à avancer, savourant le contact du sable sur la peau nue de ses pieds. L’éclair de sérénité qui l’avait envahi tout à l’heure le submergea cette fois totalement et sans crier gare. Désorienté, le jeune homme s’arrêta et se laissa lentement tomber sur le sable. Il embrassa l’horizon d’un regard ardent et paisible à la fois, comme un amant qui contemplerait une vieille et fidèle maîtresse. Il sentait qu’il pourrait rester ainsi des heures, des jours, une éternité peut-être. Il n’avait jamais connu une telle paix intérieure. C’était finalement peu de chose que ce panorama, de nombreux individus y seraient demeurés insensibles. Et pourtant… Kincaid le rude, l’impétueux et l’insolent, se laissait amadouer par cette mer caressante et ce ciel chatoyant.

Lui qui n’avait connu, depuis sa naissance ou presque et malgré l’amour de ses parents, que tracas et tumulte ; lui qui n’avait recherché, toute sa vie durant, que sensations et situations extrêmes, s’apercevait soudain que sommeillait en lui un réel désir de calme et de sérénité.

Rester assis sur cette plage, toujours… Que souhaiter de plus ? Peut-être que le crépuscule ne finisse jamais et que la mer ne cesse pas un instant de chantonner son doux refrain. Et lui, Kincaid, demeurerait ainsi à admirer le couchant, sans songer à rien d’autre qu’à la paix qui berçait son âme si longtemps tourmentée.

To die, to sleep ;
To sleep : perchance to dream…


Kincaid ferma les yeux. Il inspira longuement, emplissant ses poumons d’air pur. Son cœur battait lentement. L’espace d’une seconde, il se dit qu’il pourrait mourir ici, à l’instant même, sans un regret.

Mais cette pensée, à peine formulée par son esprit, lui fit ouvrir brutalement les yeux. Son cœur battait la chamade à présent. Il se redressa, sauta presque sur ses pieds. Non. Il voulait vivre, il avait toujours voulu vivre, plus intensément que tous. Il voulait encore sentir l’adrénaline inondée son corps, il voulait donner et recevoir des coups, il voulait encore faire l’amour à de jolies femmes qui s’abandonneraient sous ses caresses, il voulait connaître le monde, explorer ses limites… Il voulait entrer à Sywhaîd.

Comprenant enfin que le paysage qu’il avait devant lui n’était qu’une épreuve de plus, Kincaid tourna brusquement les talons, sans se soucier d’abandonner ses chaussures sur le sable. Il ne voulait plus se retrouver face à cette mer splendide, qui invitait au repos éternel, il voulait rejoindre son chemin escarpé, envahi de ronces.

L’air décidé, quoique toujours grandement troublé, Kincaid s’enfonça de nouveau dans la nappe de brouillard…

(Ahhhh ! Ca fait du bien de se remettre à écrire... Very Happy )
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Sam 2 Aoû - 16:40

Le paysage changea une dernière fois ; il n'avait rien d'extraordinaire, à première vue, mais il rassemblait des choses, des personnes, des lieux, auxquelles Kincaid était attachées plus ou moins consciemment ; auxquelles, du moins il était habitué, et à la présence desquelles, sur Sywhaîd, il devrait néanmoins renoncer.

Le message était clair et même assez peu subtil : à chaque pas en avant, Kincaid verrait ces choses disparaître, une à une ; jusqu'à ce qu'il ne reste autour de lui que du vide.

[Evidemment, je ne te demande pas d'énumérer TOUT ce à quoi un Sywhaîdien doit renoncer, mais voilà, tu peux énumérer deschoses personnelles, des détails plus triviaux..., à ta convenance.

Ceci sera le dernier message de ta Quête, have fun !]

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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Mar 19 Aoû - 10:16

Le décor se transforma, une énième fois.

A quoi s’était-il attendu ? Kincaid n’aurait pu le dire clairement. Peut-être avait-il cru, voire même espéré, qu’en quittant la plage il retrouverait le « Droit » chemin, semé de ronces et d’embûches. Mais il n’en fut rien, car passé le rideau de brume qui séparait la plage de ce nouveau paysage, il se trouva confronté à une sorte de grande place qu’encombrait un nombre impressionnant de personnes et d’objets qui lui semblèrent aussitôt familiers.

Ses réflexes, ses instincts les plus élémentaires ayant été bouleversés par les épreuves qu’il venait de traverser, Kincaid s’arrêta malgré lui. S’il avait été en pleine possession de ses moyens, le jeune homme n’aurait pas pris le temps de faire une pause, d’observer ce qui l’entourait. Mais son esprit, à l’instar de son corps, avait souffert des récents évènements et ne réagissait plus comme il avait coutume de le faire, avec impatience et brutalité.

Pieds nus, le visage sombre et fermé, les bras meurtris par le duel et les buissons épineux du « Droit » chemin, les poings serrés, Kincaid promenait un regard dur sur les silhouettes, les ombres et les formes qui lui faisaient face. Ses mâchoires se contractèrent. Que lui avait réservé la Brume, cette fois-ci ? De là où il se trouvait, il ne pouvait rien distinguer avec clarté. Il ne pouvait que sentir, ressentir que tout ce qu’il avait devant lui ne lui était pas étranger, lui appartenait peut-être, en quelques sortes.

A la fois furieux, intrigué, attiré, le jeune homme se dirigea vers le premier groupe d’individus qu’il apercevait. Quelque chose comme de l’appréhension comprimait ses poumons tandis que les silhouettes se précisaient, que les visages apparaissaient. Bientôt, il put reconnaître Piotr, Wilhem, Xander, Pete et Al. Les cinq compères avaient sur leur visage encore jeune un rictus qui leur était propre et qui levait les soupçons que l’esprit défiant de l’écossais aurait pu concevoir. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ses cinq acolytes de toujours était bel et bien là, devant lui.

Bien que de nationalité, de culture, d’âge différents, les six jeunes hommes étaient liés depuis plusieurs années. Ils formaient un clan hétéroclite, dispersé mais redoutablement efficace. Ils évoluaient à des centaines de kilomètres les uns des autres et avaient cependant fait les quatre cent coups ensemble. Entre eux, il n’avait jamais été question d’amitié ou de confiance. Chacun se méfiait des cinq autres, chacun avait pour eux plus de respect que d’estime mais tous se satisfaisaient pleinement de cette situation.

Kincaid céda à l’étonnement l’espace d’une seconde. Pourquoi eux ? Pourquoi ici ? Franchissant les derniers mètres qui le séparaient de ses complices, il les salua froidement, d’un bref hochement de tête. Ils arborèrent tous un sourire goguenard et lui rendirent son salut, sans un mot. Le jeune homme fronça imperceptiblement les sourcils puis entreprit de se détourner. Il n’aurait été d’aucune utilité d’engager la conversation, de leur demander ce qu’ils venaient faire ici. Kincaid savait pertinemment que la Brume était allée chercher leur image dans son esprit, tout comme Elle l’avait fait avec Ceit, un long moment plus tôt. Ce qu’il ignorait, c’était pour quelles raisons.

Il dépassa le groupe d’un pas puissant, fouillant le décor du regard à la recherche d’indices pouvant l’éclairer sur la présence des cinq truands. Il entendit alors la voix de Piotr, qui s’élevait derrière lui.

« On se reverra en enfer, Milroy ! »

C’était sa formule d’adieu favorite. Avec une rapidité confondante, le jeune homme fit volte-face. Piotr, Xander et les trois autres avaient disparu.

Kincaid comprit immédiatement. Un enfant aurait, d’instinct, saisi la teneur de cette nouvelle épreuve. Il allait devoir assister à la disparition de tout ce qui le rattachait à « son » monde et qu’il devait quitter pour accéder à Sywhaîd. Un sourire suffisant étira les lèvres de l’écossais. Il n’était profondément attaché qu’à un nombre infime de choses et il songeait qu’il lui serait plus facile qu’à quiconque d’abandonner derrière lui ce qui lui était familier. Ne plus avoir de contacts avec ses complices ne l’attristaient aucunement, par exemple. Il se fichait de leur devenir tout comme ils se moquaient du sien. Seul l’intérêt et la nécessité les rapprochaient.

Non loin de l’endroit où s’étaient tenus les cinq jeunes hommes se trouvait une table de bois grossier, ronde, bancale, qui ployait sous un amas de bric-à-brac indéfinissable. Kincaid prit la décision de jouer le jeu de la Brume. Elle souhaitait le voir renoncer, devant Elle, à tout ce qu’il s’était déjà préparé à abandonner en venant ici. Eh bien, soit ! Sa sournoiserie serait servie. Son appréhension étouffée par un sentiment de défi et d’arrogance, le jeune homme se dirigea vers la table.

Elle croulait sous le poids de dizaines, peut-être même de centaines, de liasses de billets verts entassées en un savant désordre. Malgré lui, les yeux de Kincaid brillèrent. Il avait toujours été attiré par l’argent, par l’idée d’une fortune imposante amassée sans effort. Il lui était plus d’une fois arrivé d’avoir d’impressionnantes sommes à sa disposition, cela se produisait même de manière régulière. Cependant, il était trop joueur, trop buveur et trop noceur pour conserver longtemps les richesses frauduleusement acquises.

Le jeune homme considéra les liasses quelques secondes puis laissa échapper un ricanement dénué de joie. Renoncer au confort matériel, à l’opulence ? Cela ne le laissait évidemment pas indifférent. Il aimait le pouvoir que donne l’argent, il aimait jouer, plumer, corrompre les plus faibles d’esprit. Cela allait-il le faire changer d’avis, lui faire rebrousser chemin ? Certainement pas. La Brume devrait trouver d’autres arguments.

Kincaid continua donc sa progression, ne cillant pas lorsqu’il vit disparaître plusieurs litres de whisky, lorsqu’il dut renoncer à s’asseoir à une table de poker, lorsqu’une montagne de paquets de cigarettes lui passa sous le nez ou lorsqu’une femme de mauvaise vie lui lança quelques appels aguicheurs.

En pénétrant dans la Brume, il avait déjà prit la décision de délaisser toutes ces choses. Que cela se matérialise devant lui, cela l’aidait à réaliser, au mieux, ou le faisait légèrement grimacer, dans le pire des cas. Pour l’instant, accoutumé comme il l’était à de longues périodes de privation, il ne s’agissait pas pour lui d’une véritable épreuve.

Pour l’instant. Car, en bonne maîtresse du jeu, la Brume avait réservé le meilleur pour la fin. Alors que Kincaid portait une main taquine à son front pour saluer la racoleuse, qui disparaissait lentement, il se retrouva nez à nez avec une autre jeune femme.

Des cheveux dorés qui venaient chatouiller ses reins, un visage d’ange, doux, délicat, laiteux, le parfait écrin pour ses yeux, plus profonds et plus étincelants que des saphirs. Elle était nue. Mais sa nudité n’avait rien d’indécent, de déplacé. Elle était d’une pureté rare, précieuse, d’une beauté inhumaine, aveuglante. Kincaid en fut saisi.

Il n’avait jamais contemplé un être aussi beau, aussi admirable, aussi… absolu. Il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser que la créature l’observait elle aussi, lui souriait même, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Il s’approcha encore, intimidé mais inexorablement attiré. Aucun désir charnel ne l’animait, il était envahi par une autre sensation, plus extraordinaire, plus idéale. C’était indescriptible.

A présent, il pouvait presque la toucher. Il n’en fit rien cependant. Il était tétanisé par ce regard céleste qui ne le quittait pas. Il avait la gorge sèche, l’estomac noué. Comment une telle merveille pouvait-elle lui sembler si familière ? Incapable d’esquisser un geste, Kincaid vit la créature lever une main et il sentit bientôt la pression douce, fraîche et légère de sa paume contre sa joue. Le sourire de la femme s’agrandit, ses yeux se firent caressants. Elle ne prononça que quatre mots, comme un aveu, une évidence.

« Je suis ta liberté. »

Kincaid sentit son corps se contracter tout entier. Sa raison et sa clairvoyance s’évanouirent peu à peu.

Liberté… Sa liberté, délicieusement belle, terriblement pure et infiniment désirable… Que n’aurait-il pas sacrifié pour elle, que ne lui avait-il pas déjà cédé ? Sa vie entière tournait autour d’elle depuis toujours. Il ne pouvait l’abandonner, il ne pouvait renoncer à elle, ne serait-ce que partiellement. Cela lui apparaissait comme impossible.

« Non… » Murmura-t-il, éperdu, tout en se plongeant avec avidité dans la contemplation de ses iris aux reflets d’océan.

Elle sourit, son expression se fit plus tendre encore. Très lentement, elle secoua la tête, en signe de dénégation. Non, il ne pouvait pas la quitter, il ne pouvait pas la laisser disparaître, comme tout le reste. Il était trop épris d’elle.

Cette fois, la Brume avait gagné.

Kincaid demeura immobile durant ce qu’il lui sembla n’être que quelques minutes, mais qui aurait pu être une éternité. Il se perdait dans les prunelles abyssales de la créature, avec une délectation proche du désespoir. Depuis quelques instants maintenant, il pouvait se voir dans les yeux de sa « liberté », pétrifié, frêle, prisonnier de cette munificence bleue.

Prisonnier… C’est ce qu’il était. Prisonnier de sa propre liberté.

Lentement, douloureusement, la raison lui revint. Il perçut de nouveau la course du temps, sentit son cœur cogner à ses tempes. Il cilla, imperceptiblement d’abord, puis de plus en plus largement. Le charme était rompu.

Kincaid se détacha de la créature avec toute la délicatesse dont il était capable. Il avait encore le souffle court et la gorge sèche mais il était sorti de son égarement. Malgré lui, il garda la main de la jeune femme dans la sienne, quelques instants. Elle lui sourit tristement puis la retira d’elle-même. Ses yeux demeurèrent un temps accrocher à ceux du jeune homme puis elle commença à s’évaporer, l’air serein. Avant de disparaître totalement, ses lèvres esquissèrent deux mots : « A bientôt. »

Il se passa encore de longues secondes avant que l’écossais ne puisse envisager de continuer sa route. Ce qu’il venait de vivre était si troublant… Comment en était-il venu à accepter un tel sacrifice ? Il ne parvenait pas à se l’expliquer. Les évènements lui semblaient extrêmement confus. Pourtant, il se sentait paisible, en accord avec lui-même. Il ne pensait pas s’être renié ou trahi. Il avait suivi son instinct.

Kincaid passa un pouce songeur sur sa lèvre inférieure, un tic qui lui était propre. Lentement, il se retourna. Derrière lui, la place était entièrement vide. Tout ce qu’il s’était résolu à abandonner avait bel et bien disparu. Lorsqu’il fit à nouveau volte-face, il remarqua que plus rien ne se dressait devant lui. Il était seul sur cette place entourée de Brume, seul face à ses choix. Mais il se demanderait plus tard s’ils étaient judicieux, l’heure n’était plus à l’introspection.

Tout était calme et terriblement silencieux autour de lui. Etait-ce bon ou mauvais signe ? Il n’avait aucun moyen de le savoir. Alors il marcha, droit devant lui, le visage marqué par l’obstination. Quelles épreuves l’attendaient, combien de temps encore la Brume se plairait à évaluer son droit d’accès à la Noble Lande ? Il l’ignorait.

Mais il était hors de question de rester plus longtemps immobile sur cette place. Son sauve conduit pour Sywhaid, il le gagnerait à la sueur de son front…
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MessageSujet: Re: Quête de Kincaid Milroy   Lun 25 Aoû - 12:26

Mais la Brume en avait visiblement vu assez. Au bout de quelques minutes à peine, Kincaid recroisa Fil, l'ai toujours aussi rigolard, assis sur une souche d'arbre et en train de faire des mots croisés. Quand il aperçut le postulant, le satyre se releva avec un grand sourire et battit des mains.

- Bien joué beau gosse, bien joué... J'espère qu'tu t'plairas à Sywhaîd!

Sur ces mots, il disparut dans un panache de fumée et, à sa place, Kincaid trouva la moto sur laquelle il était arrivé. Le réservoir était presque vide mais il y avait suffisamment d'essence pour arriver dans la Lande et même au-delà.

[Bravo pour cette quête! Kincaid débarque donc dans la lande... Il ne pourra pas utiliser la moto sur Sywhaîd mais pourra s'en servir lors des brèches... Have fun et bienvenue^^]
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Quête de Kincaid Milroy

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