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Veerlkën Nashkyis Ancien Personnage


Nombre de messages: 38 Age: 120 Date d'inscription: 29/10/2007
 | Sujet: Retour aux sources Mer 2 Avr - 15:08 | |
| Le vent balayait inlassablement les flancs blancs du Col d’Yskon – bien qu’ils semblent plutôt bleuâtres en cette heure tardive : l’astre nocturne n’éclairait qu’à peine le chemin tortueux qu’empruntait l’ombre massive d’un voyageur, dont on ne pouvait deviner que les épaules courbaturées sous une peau de bête. C’est ainsi qu’il se protégeait du froid mordant qui régnait en maître en ces contrées verglacées.
La silhouette solitaire marchait du pas sûr, lent mais régulier, que l’expérience de son premier pèlerinage lui avait appris à adopter. Sans interrompre son avancée, elle releva légèrement la tête pour vérifier la position des étoiles, guides de ses nuits sans sommeil, quand quelque chose remua sous son manteau de fourrure. L’ombre fit une pause, baissant les yeux vers deux lumières vertes qui dépassaient de la sombre toison : elles clignèrent un instant, puis disparurent à nouveau pour glisser jusqu’au sol.
Une seconde silhouette, plus petite, apparut aux côtés de la première. Pendant un instant, chacune observa l’autre avec perplexité, sans un son, sans un mot. Seule la brume de leur souffle brûlant indiquait la présence d’une vie sous ces statues de glace.
Mais l’immobilité n’avait jamais été le propre de l’enfance. D’un geste de la main, la courte sur pattes émit un sifflement strident, avant de s’élancer entre les gorges de givre, suivie de près par sa compagne, dont la démarche saccadée se ponctuait d’appels désespérés.
Plus loin, la première bifurqua pour dévaler à toute vitesse une pente raide, mortelle. Un lac en contrebas brillait sous la lune. Toutes deux cessèrent leur course folle au gré d’un plateau enneigé, et la plus grande, bouche bée, vit sa vision se troubler de quelques larmes de joie.
« Knerùl, murmura-t-elle, comme pour répondre à la question silencieuse de l’autre. Gabrielle, c’est ma maison. » |
|  | | Veerlkën Nashkyis Ancien Personnage


Nombre de messages: 38 Age: 120 Date d'inscription: 29/10/2007
 | Sujet: Re: Retour aux sources Sam 5 Avr - 17:46 | |
| Le blizzard battait impitoyablement la plaine désertée qui avait servi de décor à ses souvenirs d’enfance : ici un rocher de forme atypique lui rappelait les cris des jeunes Lurks jouant à se courir après alors que la neige les engloutissait tout entiers au moindre faux pas, là une cavité invoquait la mémoire d’un campement de fortune un jour de tempête, mais Knerùl était déserté de toute présence humaine. Pourquoi ? Pendant longtemps un feu avait brûlé là, dans ce cercle de pierre – pourquoi n’y trouvait-elle plus aucune cendre ? Où étaient passées les tentes de boyaux et de peaux, l’odeur des poissons fumant devant lesquels tout le Clan salivait ? Où se cachaient les armes, les lances, les flèches des prochaines chasses ? La femme épousseta violemment la neige sur le tronc d’un arbre, pour y voir les cicatrices de la saison dernière : les troupeaux avaient laissé la marque de leur passage sur ces terres, mais la trace des hommes, elle, avait définitivement disparues de ces lieux jadis sacrés.
L’enfant suivait, quelques pas en retrait, le parcours de sa protectrice à travers la terre promise abandonnée à elle-même. Elle la vit marcher d’un bon train, dans un premier temps, vérifier les camps des différentes saisons, puis accélérer, retourner en arrière, regarder une seconde, une troisième fois les mêmes lieux, les fouillant avec frénésie. Elle la vit se traînant, secouée de spasmes, jusqu’au lac en contrebas. Elle la vit s’écrouler aux berges givrées de son enfance volée, sacrifiée à une communauté qui n’existait plus.
Durant tout ce temps, l’enfant ne dit mot, adaptant ses petits pas au rythme inégal de l’Aspirante Chamane, sans se plaindre ni geindre. Sans chercher à apporter un quelconque réconfort, non plus. Gabrielle observa de loin la masse inerte qui gisait au bord du lac, le visage fermé, inexpressif. La Mort attendait que cette âme vienne à elle, laissant le désespoir faire son office sans intervention inopportune. Un bruit attira cependant son attention, le son innocent d’un peu de neige qui dégringole du plateau surélevé dont elles étaient venues. Se retournant, l’enfant vit un loup blanc.
Beau et majestueux, il observait l’étrange duo du haut de son perchoir. L’enfant lui rendit son regard avec la même intensité. Le temps semblait suspendu autour de cette scène immobile, et même le vent s’arrêta de chanter, l’espace d’un instant. Jusqu’à ce qu’un son strident ne brise le silence presque mystique dans la vallée de Knerùl.
La femme sortit d’un seul coup de sa torpeur, se retournant vers la frêle silhouette de la petite flûtiste. Bientôt, son regard suivit celui de la fillette, sur les hauteurs qui menaient au Col d’Yskon. Elle entrevit l’image floue du loup qui s’en allait, battant sa queue en signe d’adieu.
« Knerl, murmura-t-elle, puis hurlant dans sa langue maternelle : Knerl, où vas-tu ? Pourquoi… »
Son cœur était plein de questions sans réponses, qui rugissaient en elle sans trouver de résonances. Elle se redressa, fiévreuse, gueulant des paroles incompréhensibles en se traînant laborieusement à travers la plaine. Elle devait savoir ; Knerl savait. Elle devait le voir. Peu en importe le prix : elle savait où se trouvait son antre. |
|  | | Veerlkën Nashkyis Ancien Personnage


Nombre de messages: 38 Age: 120 Date d'inscription: 29/10/2007
 | Sujet: Re: Retour aux sources Sam 21 Juin - 10:20 | |
| Les crocs acérés qui serpentaient le traître sentier ne troublaient en rien la pâle pèlerine sur le chemin des révélations, pas plus, du moins, que les pièges verglacés à l’affût sous la poudreuse. Son œil entraîné repérait de loin les signes avant-coureurs des surprises de son malicieux protecteur, et son pied évitait avec aisance toutes les épées de Damoclès prêtes à l’éventrer. Peu à peu, l’antre de la bête se dessinait à l’horizon.
Derrière elle, la neige crépitait sous le poids de petits pas précipités. Veerle ne se retourna même pas : elle ne se souciait plus guère de cette enfant qui la suivait comme une ombre, tant son cœur battait à l’approche de la vérité.
Enfin, la paume de ses doigts frigorifiés entrèrent en contact avec la douceur de la pierre. Son visage s’en troubla. Le souffle coupé, elle caressa avec tendresse la clé de voûte de son sanctuaire le plus intime, frissonnant sous le réconfort qu’elle lui procurait. Elle finit cependant par s’en détacher – à regret – et, enivrée de cette pureté retrouvée, elle pénétra dans la demeure du Loup Blanc.
Knerl, impérieux sur son trône de pierre, lorgna la visiteuse de ses éternels yeux jaunes. Tels deux brandons dans la nuit polaire, ils perçaient l’âme de sa protégée jusque dans ses tréfonds les plus obscurs, dont certains restaient insoupçonnés d’elle-même.
L’Aspirante chamane ne tarda pas à retrouver les réflexes ancestraux de son peuple, et inclina la nuque pour signifier sa subordination à l’Esprit. Puis, après quelques pas dans sa direction, elle laissa tomber ses genoux à terre. Les mains en croix sur ses cuisses, le regard humblement fixé au sol, elle consentit enfin à briser le silence :
« J’ai mené à bien la première partie de ma mission », annonça-t-elle enfin, sous l’œil critique de son protecteur.
Elle n’en dit pas plus, laissant à Knerl la possibilité de s’exprimer à son tour. En vain.
« Je suis de retour, reprit-elle comme le silence s’éternisait. Je suis plus forte de savoirs qu’aucun des miens ne l’a jamais été, et prête à en découdre avec n’importe quel usurpateur. Pourquoi seul le blizzard répond à mon défi ? »
Sur ces mots, elle releva la tête pour plonger son regard dans les yeux perçants de l’immortel. Petit à petit, ce dernier roula ses puissants muscles pour se redresser, puis sauta de son promontoire. Il était désormais à la hauteur de la pâle pèlerine, qui ne le quittait pas des yeux, même après qu’il ait exhibé les plus belles pièces de sa mâchoire, encore encrassées de son dernier repas. Il se mit alors à tourner autour de la téméraire, mais sa volonté ne faiblissait pas pour autant.
« Voilà bien des générations que nulle chaleur humaine ne fait concurrence au blizzard », grogna-t-il finalement.
Elle se tu, laissant pénétrer la terrible révélation : son peuple, la chair de son éducation, avait quitté la terre de ses ancêtres. |
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