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Les trois empereurs

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Tibère Acciario
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Inscrit le : 13 Oct 2007
Messages : 232

MessageSujet: Les trois empereurs   Ven 28 Déc - 19:46

Tibère s’agita dans son sommeil, se retourna en poussant un grognement digne d’un ours puis se redressa brutalement. Un petit cri retentit à ses côtés mais il n’accorda pas un regard à la fille aux cheveux teints en violet qui venait de le pousser. Il regardait Claude, debout face à lui.
Claude était plutôt fin et nerveux, et il avait sans cesse l’air fébrile. Mais là, c’était pire que tout. Complètement nu, Tibère se leva et fixa d’un air absent son ami.

« … ce soir ! Qu’est-ce qu’on va faire ? »
« Tu ne devrais pas me réveiller comme ça, Claude, c’est mauvais pour mon teint. Je le prends très au sérieux, tu sais ? »

Le dénommé Claude le fixa d’un air furieux et hurla soudain :

« J’m’en bats les reins, de ton teint, Tibère ! Mon père arrive sur Rome ce soir ! Mais qu’est-ce qu’on va faire ? Et puis qu’est-ce qu’il vient foutre à Rome ? »
«Peut-être vérifier si son fils chéri étudie bien à la très chère école où il est inscrit… »


La voix qui venait de retentir appartenait à David qui venait d’entrer lui aussi dans la chambre. David était le plus beau des trois empereurs. Très tranquille, nonchalant, intelligent à l’extrême, travailleur, réfléchi et posé… Tout ça dans une seule personne… Parfois Claude le détestait pour ça. Pas Tibère, mais Tibère était un cas assez… particulier.
Claude se retourna violemment vers David mais ne trouva rien à répondre. Son teint naturellement pâle devint d’une blancheur maladive. Si son père venait réellement pour ça… hé bien, il était dans une merde noire, pour parler franchement.
La fille, toujours couchée dans le lit de Tibère, se releva avec dignité et sortit, aussi nue que Tibère, pour chercher ses habits. Elle les enfila en silence et quitta la pièce sans que Tibère ne prononce un seul mot pour la retenir. De toute façon, il ne savait même pas son nom. Ils avaient encore trop bu hier… Seul un rire léger passa ses lèvres.

« On va devoir juste attendre, parce que je doute qu’on trouve une réponse sans aucun moyen de poser la question à ton père, Claude. » continua tranquillement David.

Et malgré la colère de Claude qui ne savait pas quoi faire, surtout avec en face de lui un David toujours si calme et un Tibère qui ne faisait que s’intéresser à des futilités, ils attendirent donc.

(à suivre =])
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Tibère Acciario
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Inscrit le : 13 Oct 2007
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MessageSujet: Re: Les trois empereurs   Dim 27 Jan - 14:26

Le soir finit par arriver, lentement.
Lorsqu'il fut 18 heures, Claude se rendit de mauvaise grâce à la gare, accompagné de ses deux amis, qui devraient rester discret dès qu'ils auraient repéré le père de leur camarade. Le père de Claude n'appréciait pas beaucoup Tibère. Tibère et sa folie, sa présence envahissante, sa méchanceté parfois. David passait, car il était plus calme, plus travailleur et raisonnable.

Enfin, d'un cri, Claude alarma les deux autres, qui plongèrent sans réfléchir derrière une colonne. Resté seul, le jeune homme s'avança d'un pas décidé vers son père et le salua d'un air renfrogné.
Le père et son fils passèrent devant la colonne où étaient tapis David et Tibère, et le père ne les vit pas. Ils allaient vers l'hôtel où devait loger Pierre, de son doux nom. Les deux empereurs cachés ne purent saisir un mot de la conversation animée entre Claude et son père, et finirent par se décider à retourner au logement d'étudiant qu'ils partageaient.

Là-bas, ils attendirent, un peu anxieux. Parce que si Pierre se rendait compte qu'il payait à prix d'or l'école de qualité dans laquelle il avait inscrit son fils, tout ça pour que celui-ci sèche les cours et occupe son temps à faire la fête, il serait bien capable de le ramener à la maison, et vite fait. Tibère et David n'avaient pas ce problème, étant entrés grâce à une bourse obtenue grâce à leurs excellents résultats. Et n'ayant pas de parents susceptibles de les ramener par la peau du cou, non plus.

Enfin, Claude rentra, très agité.

-"Ce n'était pas pour mes résultats scolaires."

Un soupir de soulagement s'échappa des poitrines de ses amis, vite balayé par la suite des paroles de Claude :

-"Il est venu parce qu'un de ses clients lui a montré un livre volé à la Bibliothèque Vaticane, qu'il avait acheté ici, à Rome. Il veut enquêter."

Le père de Claude travaillait comme libraire, et surtout, était reconnu pour son talent à dégoter des livres anciens et hors de prix. Beaucoup de gens venaient pour avoir ses conseils sur tel ou tel livre, et un idiot avait dû venir le voir à cause de soupçons sur la provenance d'un livre qu'il avait acheté, et désireux de montrer son honnêteté en démasquant un trafic de livres volés. En gros.
Le souci, c'était que les voleurs se nommaient Claude, David et Tibère.
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Tibère Acciario
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Inscrit le : 13 Oct 2007
Messages : 232

MessageSujet: Re: Les trois empereurs   Mer 23 Juil - 23:57

Les deux jeunes hommes restèrent figés, les yeux exorbités.

-« Tu es sûr ? »
-« Il a déjà parlé à l’évêque Lorenzo, et demain à la première heure, il a l’intention d’aller parler à Maria. »


David secoua la tête. Ils n’avaient plus aucune chance de s’en sortir.
Maria, la bibliothécaire, était une vieille fille, très religieuse, effacée et discrète. Elle vivait depuis si longtemps dans l’atmosphère confinée de la sainte bibliothèque que ses gestes semblaient ne plus faire aucun bruit. Mais Maria était tombée amoureuse.
De David.
Et David, dans son insouciance, avait tout balayé sur son passage, ses mots, ses regards, ses sourires. Il avait éclaté de rire et répondu à une Maria tremblante : « Allons, dites pas n’importe quoi. J’ai pris un croquis de Léonard de Vinci, ok ? »
Il avait oublié, comme souvent, que les autres avaient des sentiments, n’avait pas fait attention au fait que Maria était vivante et qu’il venait de lui briser le cœur. Un jour, dans un couloir, elle avait donc attrapé le jeune homme et lui avait murmuré : « Je ne dirais rien à personne, parce que je vous ai aimé, mais je vous jure devant Dieu que si quelqu’un me pose des questions, je le dirais. Je vous le jure. » Devant le visage grave de la bibliothécaire, David avait vu qu’elle était sérieuse et qu’elle dirait tout si on la questionnait, mais les empereurs avaient chassé cette inquiétude sans vraiment s’en soucier. Qui irait poser des questions à Maria Verdi ? Ils étaient discrets, personne ne se doutait de rien parce que Maria était la seule à s’occuper des archives et à remarquer ce qui manquait à la liste.
Mais le père de Claude avait remarqué quelque chose, lui. Et puisqu’il connaissait bien la bibliothèque Vaticane, où il avait étudié longtemps, il savait où ce livre avait été volé, il savait où chercher… et qui interroger.

-« Il ne faut pas qu’il puisse parler à Maria, sinon on est foutus. »

Et sur ces mots, David partit en courant et s’engouffra par la porte, vers la rue.
Puisque c’était lui qui avait blessé Maria et entraîné ce risque, alors ce serait lui qui réglerait l’affaire.
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Tibère Acciario
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MessageSujet: Re: Les trois empereurs   Jeu 24 Juil - 0:32

David marchait d’un pas rapide dans les rues du quartier sorcier, les mains enfoncées dans les poches, les doigts enserrant sa baguette.
Il n’avait pas le choix. S’il ne faisait rien, ce serait les trois empereurs qui plongeraient pour le trafic. Alors que s’il agissait… il pouvait se cacher, attendre que l’agitation retombe. Personne ne saurait rien, Maria se tairait, Claude et Tibère pourraient continuer à vivre tranquillement, tandis que lui attendrait quelques mois, caché, puis reviendrait à la surface. Les flics n’auraient aucune preuve, tout irait bien…
Le romain débordait d’arguments pour se convaincre que ce qu’il s’apprêtait à faire était la meilleure et la seule solution. Peu à peu, il prenait confiance en lui, se persuadant lui-même que ce serait facile, à faire et à régler.
Il avait oublié des tonnes de détails, bien sûr, mais comme toujours, l’insouciance…

Pierre logeait dans un hôtel sorcier, mais heureusement, il avait commandé une chambre à la dernière minute et été forcé de loger dans un hôtel de bas étage. C'est-à-dire, sans sorts de protection vraiment aboutis. Le jeune romain se glissa dans l’escalier par la porte de service et parcourut les couloirs recouverts de moquette en silence. Dans quelle chambre avait dit Claude ? 23, oui, c’était ça.
D’un sort, David ouvrit la porte et entra dans la chambre. Sur le lit, une silhouette recouverte d’un drap léger indiquait que le père de Claude dormait. A poings fermés, puisqu’il ne tressaillit même pas alors que David n’avait pas été très discret dans son entrée.
Rassemblant son courage à deux mains, David pointa sa baguette sur l’homme endormi. Et rien ne se passa. Il avait voulu jeter un sort de mort, un sort Impardonnable, mais c’était dur. Pris alors d’une violente montée de panique devant cet échec, David enfouit sa baguette dans sa poche et se saisit de la carafe de verre posée sur la table de chevet. Il la brisa et, les yeux fermés, assassina le père de Claude.

A partir de cet instant, tout devait changer. Son plan parfait, dans lequel il se cachait et déjouait la police, ne pouvait fonctionner. Merde, il y avait ses empreintes partout sur le verre, et puisqu’il était brisé, inutile d’en chercher les moindres débris.
Sa panique ne retombait pas, s’amplifiant même à mesure que les secondes passaient.
Il s’enfuit à toutes jambes le long du couloir, sortit en trombe et continua de courir dans la rue. Il gagna le quartier non-sorcier et monta dans un bus qui l’emmena hors de la Ville, autre part. De cet autre part, il partit pour les montagnes des Pyrénées et se cacha en France, attendant le moment de revenir.
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Tibère Acciario
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MessageSujet: Re: Les trois empereurs   Dim 17 Aoû - 13:33

Le lendemain matin, Tibère et Claude étaient toujours dans le salon, attendant le retour de David en se consumant d’anxiété. A intervalles réguliers, Claude explosait de fureur et d’angoisse et se mettait à tempêter : « Mais qu’est-ce qu’il fout ? Qu’est-ce qu’il fout, ce con ? Il va faire une connerie, je le sais ! » Et Tibère ne trouvait rien à répondre. Il essayait de faire confiance à David, l’intelligent, le posé et réfléchi David, mais ne pouvait s’empêcher de… douter…
Un pas dans les escaliers les fit se redresser. Enfin !
Mais l’homme qui ouvrit la porte n’était pas leur ami. C’était un homme grand, aux cheveux gris et au regard dur, un homme qui sentait l’autorité, qui puait l’uniforme. Il jeta un regard scrutateur sur les deux jeunes hommes, s’assit sans demander la permission et annonça à Claude la nouvelle de la mort de son père.

Est-il vraiment besoin de décrire en détails les fastidieuses démarches, interrogatoires, refus d’obtempérer, pleurs, soupçons, révélations, qui suivirent ?
Claude refusa jusqu’au bout de balancer Tibère, ce fut sûrement ce qui sauva ce dernier, étant donné la mauvaise impression qu’il avait laissé aux flics. Il avait opposé une résistance farouche aux moindres gestes de la police, même lorsqu’ils lui ramenaient de la nourriture pendant sa garde à vue, avait fait pleurer un lieutenant sortant de dépression qui l’interrogeait, avait été odieux, en un mot.
David était resté introuvable et avait ainsi échappé à la perpétuité, mais par contre, Claude, accablé de preuves sur son implication dans le trafic, avait écopé d’une peine de prison, rapidement réduite à 6 mois par la réputation de sa famille, dont un membre siégeait au gouvernement italien.
Tibère avait vu la police l’emmener, pâle et calme, à la sortie du tribunal, s’était assis sur les marches pour allumer une cigarette en faisant signe à la voiture, et quand celle-ci avait disparu au tournant, avait fondu en larmes. Avait eu l’impression de s’effondrer, tout simplement, de s’émietter de l’intérieur et était resté prostré, silencieux. Avait erré dans les rues, frappé un étudiant avec une rage froide, sans lui dire un mot. Avait beaucoup trop bu, pleuré, s’était jeté dans les murs et finit par s’enfuir avec sa jument.
Direction l’Ecosse.
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